Louvre-Lens, la nécessaire utopie

Petit retour en arrière. Nous sommes en 1966. La cinquième république est en place. Créé depuis quelques années, le ministère des affaires culturelles a été confié à  André Malraux.  En inaugurant la Maison de la culture d’Amiens,  l’écrivain lance une formule qui restera célèbre : « …avant dix ans, ce mot hideux de province aura cessé d’exister en France. »

Décembre 2012.  Le Louvre, sans doute le musée le plus prestigieux au monde, ouvre un nouveau lieu d’exposition dans l’une des régions les plus sinistrées de France, à Lens, Pas-de-Calais. «Un site qui a souffert de toutes les crises, de toutes les guerres» reconnaît  le président du conseil régional Percheron . Et pour cause : déjà entièrement rasée  lors de la guerre 14-18, la ville a connu cinquante ans plus tard un nouveau séisme avec la fin de l’exploitation minière.

Le Musée de Lens. Photo Iwan Baan © Kazuyo Sejima + Ryue Nishizawa / SANAA, Tim Culbert +Celia Imrey / IMREY CULBERT, Catherine Mosbach

Lens,  “petite“ ville de  36 000 habitants, dont 16 % de chômeurs, au centre de l’agglomération «la plus pauvre de France». Même la valeureuse équipe de football  (les « Sang et Or ») est à la recherche de sa gloire passée. Et c’est à Lens, à l’emplacement d’un ancien carreau de mines fermé en 1960, que trois à quatre cents chefs-d’œuvre parmi les plus connus au monde sont  présentés, certains pour quelques mois, d’autres pour quelques années.

Le Louvre-Lens, un projet risqué ? Bien malin qui pourrait le dire. Une nécessaire utopie, en tout cas. Bien sûr, on  pense  à «l’effet Bilbao», cette agglomération du pays basque espagnol qui avait tout pour déplaire jusqu’au jour où l’exceptionnelle architecture de Frank Gehry pour le musée Guggenheim  en fit une destination-phare.

On pense aussi à Metz où l’antenne du centre Pompidou a accueilli, en deux ans, un million de visiteurs. On songe aussi, et surtout,  aux touristes de l’Europe  du Nord et aux visiteurs britanniques qui, régulièrement, se rendent sur les sites des cimetières militaires. Dans tous les cas, on compte sur le «label Louvre», symbole d’excellence.

L’architecture du nouveau musée est à l’opposé de celle du Guggenheim de Bilbao. Nous sommes ici dans l’épure la plus radicale. L’utilisation  du verre et de l’aluminium dépoli confère au bâtiment  une transparence totale. «Nous avons senti tout de suite qu’il existait ici une lumière très spéciale et très douce» disent les architectes japonais de l’agence Sanaa, qui signent une réalisation de grande classe, par sa sobriété, son minimalisme, la pureté de ses lignes. Une esthétique… japonaise ?

Un tout petit peu d’imagination  et l’on  apercevrait presque, derrière le bâtiment, deux  répliques du Fuji Yama…Ce sont les deux terrils de Loos-en-Gohelle, les plus hauts d’Europe.

Aspect de la galerie du temps. Photo: GHG

Cette conception de la transparence n’est pas sans raison. A l’intérieur, la même lumière douce pénètre dans les salles. Rien ne va troubler la contemplation des oeuvres puisque, dans la «Galerie du temps», rien n’est accroché directement aux murs. L’exposition, prévue pour quatre ou cinq ans,  a pour ambition de dérouler le tapis du temps historique et artistique depuis  le IVe  siècle avant J.-C. jusqu’au milieu du XIXe siècle, symbolisé par l’oeuvre fétiche et éminemment symbolique du musée, la fameuse «Liberté guidant le Peuple» de Delacroix.

Au visiteur est ainsi octroyée la plus totale liberté de se promener à travers les œuvres, à travers les époques, à travers les civilisations. Il pourra revenir en arrière, accélérer le pas, prêter attention à une magnifique mosaïque romaine alors qu’il est venu voir un Georges de La Tour ou un Delacroix. Le visiteur devient promeneur, flâneur.  Les œuvres d’art perdent leur caractère sacré au profit de la proximité. Elle entourent le visiteur comme des meubles familiers.

Dans l’autre partie du bâtiment, consacrée aux expositions temporaires, l’accrochage est beaucoup plus classique. Pour l’ouverture du musée, le thème s’imposait : l’époque de La Renaissance (1400-1530). Van Der Weyden, Raphaël, Bellini (entre autres) sont au rendez-vous. Et pour l’occasion, la Sainte Anne de Léonard de Vinci, tout juste restaurée, a fait le déplacement. Son premier voyage depuis François 1er, qui en avait fait l’acquisition.

Louvre-Lens, ouverture le 12 décembre. Tous les jours sauf le mardi, de 10 h à 18 h.

Entrée gratuite à la Galerie du temps jusque fin 2013. Galerie Renaissance : 9 €

Tél. 03 21 18 62 62.

 

 

 

 

Musée du Louvre – Lens – hall d’accueil depuis le parvis Est

 

 

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