Un déjeuner à la consigne, ça c’est du décor

L’inhospitalité caractérise les gares. L’hiver c’est encore plus évident. Les courants d’air glacé traquent celui qui s’attarde ou alors ils attendent à la sortie celui  qui a cru trouver refuge chez un marchand de journaux. La petite angoisse existentielle sinue  tel un serpent amateur de proies en décalage horaire. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est bon de s’y faire attendre par un proche. C’est aussi pour cela qu’il est bien agréable de se faire…

…accueillir dans l’ancienne consigne de la gare de l’Est, devenue une brasserie élégante, que Les Soirées de Paris ont testée deux fois, au petit-déjeuner et au déjeuner. A une certaine époque le mot consigne avait encore une signification chez les voyageurs. Pour les élèves des écoles le mot émarge davantage au registre des sanctions tandis que les bouteilles de verre, de lait ou de vin, cela fait bien longtemps qu’elles ne sont plus consignées. Et lorsque l’on des donne des consignes à un employé, ce n’est pas pour qu’il les conserve ou qu’il  les rende mais pour qu’il les respecte sauf à se voir justement consigné et privé de récré. Le mot est à donc  à usage multiple, il pouvait en supporter un nouveau, celui de brasseur.

Le décor de la brasserie Flo, gare de l’Est. Photo: Les Soirées de Paris

Bref le voyageur  très étourdi qui viendrait récupérer quelques années après sa valise laissée à la consigne de la gare de l’Est y trouverait désormais une brasserie Flo. Seule une enseigne au-dessus du bar vient rappeler l’usage ancien des lieux.

On aime cette sobriété art déco qui donne à l’ensemble un petit air salle d’attente chic du côté de Stuttgart ou de Milan, la faute sans doute à une hauteur sous plafond qui permettrait aisément de consigner un deux mats.

Dans les deux cas, petit-déjeuner ou déjeuner, l’accueil a été agréable ce qui est appréciable de nos jours. On y profite de la vibration romantique des gares ou chacun semble se regarder plus intensément qu’ailleurs puisque c’est bien là que l’on se sépare ou que l’on se retrouve ou encore que l’on se découvre. Sous ces belles lampes comme des tuyaux d’orgues lumineux mais à l’envers, nous nous sommes partagés un filet mignon de veau accompagné de son gratin. Des plus corrects ce filet mignon, ce qui est déjà pas mal dans une gare. Par mimétisme ou affectés par un syndrome de correspondance de quai à quai nous avons également pris l’un et l’autre une double crêpe au chocolat avec ledit chocolat servi dans une généreuse saucière. Pas de vin, donc on ne peut rien dire sur ce point.

En revanche d’un bout à l’autre nous avons été l’objet de la bienveillance d’un personnel aimable, discret, souriant. Cette brasserie de surcroît non bruyante est parfaite pour toutes sortes de rendez-vous . Si bien qu’une épouse, compte tenu du contexte, pourrait très bien se présenter au maître d’hôtel en lui disant, « je viens récupérer mon mari », en tendant son ticket.

 

La brasserie se trouve à l’extrême gauche de la gare lorsque l’on est face à ce bâtiment par ailleurs joliment rénové. On ira pour le décor sans être déçu par l’assiette.

PHB

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