Plongée en apnée dans un tableau de Georges Seurat

L’ivresse des profondeurs gagne le spectateur du Sunday in the Park with George actuellement à l’affiche du Théâtre du Châtelet. Georges Seurat en personne nous y emmène en promenade en bord de Seine au cœur de son célèbre Un dimanche après-midi à l’Ile de la Grande Jatte. Les personnages du tableau s’animent face aux spectateurs ébahis sous la direction du pinceau du pointilleux pointilliste. Attention tout de même, la magie ne dure que le temps du premier acte, le second ne vaut pas son pesant de pigments.


Soit donc une nouvelle page du fabuleux voyage du Théâtre du Châtelet à travers le répertoire de la comédie musicale de nos cousins d’Amérique. Au menu, une pièce encore jeune, elle fête ses trente ans. A la partition clinquante (avec orchestration pour ensemble symphonique en création mondiale, s’il vous plaît), Stephen Sondheim. Au livret fleur bleue, James Lapine. Le merveilleux réside ici dans l’ensemble décors / mise en scène (William Dudley / Lee Blakeley)porté par la technologie CGI (Computer Generated Imagery). Techniquement, cela doit être passionnant, je ne m’y risquerai pas, visuellement, c’est du meilleur effet.

« Sunday in the park with George ». Photo: Marie-Noëlle Robert

Le spectateur participe aux déambulations de Georges Seurat sur l’Ile de la Grande Jatte, il est à ses côtés quand il croque les élégantes, quand il cause avec le batelier, qu’il fait poser sa belle ingénue sous le soleil exactement. Georges Seurat travaille inlassablement, dessine au grand air tout le jour, passe ses nuits dans son atelier face à la toile immense sur laquelle il remet en cause chaque point de couleur. Sunday in the Park with George nous rend témoignage avec délicatesse et sans tapage tant d’une période, la fin du 19e siècle où l’on aperçoit le chantier de la Tour Eiffel, que d’une vie d’artiste, à la fois misérable et idéaliste, mondaine et solitaire. Le peintre est décédé à 31 ans sans avoir jamais vendu une toile.

Patatras, le rêve s’effondre au second acte. Les personnages figés depuis un siècle sur la toile étouffent (une scène parfaitement réussie), et  nous avec. Le scénario pourtant est fort séduisant, l’action se déplaçant dans les années 80, en 1983 date de création de la pièce, à Chicago dont l’Art Institute expose le tableau-vedette.

Un dimanche après-midi à l’Ile de la Grande Jatte, par Georges Seurat

Il s’agit de transposer à notre époque (un peu lointaine au regard des costumes new-yorkais 80’s, genre Starsky et Hutch endimanchés) les déboires de l’artiste. Ce dernier, le comédien qui joue précédemment Georges Seurat à qui on a ôté la barbe, part qui plus est en quête de ses racines, il s’avère qu’il est le petit-fils de la fille naturelle du néo-impressionniste. Mais cela ne prend pas, peut-être certes du fait de la poésie du premier acte que l’on regrette. Après l’exposé si démonstratif de l’œuvre du « nouveau Seurat », une très pauvre projection, et le cocktail brouillon, la pièce s’achève pourtant par un touchant retour sur l’Ile de la Grande Jatte désormais défigurée. Alors on oublie, on pardonne le vernis américain, pour saluer un hommage à la peinture. « Art isn’t easy », est-il ?

Pour suivre les pas de Georges Seurat, par ici.

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2 réponses à Plongée en apnée dans un tableau de Georges Seurat

  1. Philippe Bonnet dit :

    Merci pour ce dimanche après-midi anticipé. PHB

  2. KERDREUX dit :

    Votre texte m’a enchanté ;merci de nous faire rêver.

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