De pas en pas

« Je me souviens du premier article de cinéma que j’ai publié, sur la Règle du jeu… » Gilles Jacob nous invite à le suivre, pas à pas, dans les siens.  Pas perdus qui ne le sont pas vraiment, surtout si l’on se prend au jeu de les suivre, peut-être même de les dépasser. Les histoires de Gilles Jacob que l’on chipe pour mettre les siennes à la place. Une règle du jeu où l’on peut inviter qui l’on veut, il n’y a guère que la fin qui ne peut-être changée. Les Pas perdus, un récit façon tranche de vie écrit sur le mode du Je me souviens de Georges Perec avec ces mêmes moments où l’on oublie que le livre que l’on lit n’est pas celui qu’on croit.

Je me souviens, c’était, une petite chronique cinéma dans le Courrier de l’Ouest, à Niort dans mes années lycéennes. Une semaine j’ai parlé d’un film bouleversant sur des mines de sel en Amérique latine. Araya au Venezuela ? Je ne sais plus. C’était l’époque où les multinationales yankees faisaient la loi sur tout le continent sud-américain. Mon père, journaliste, qui m’avait confié la rubrique m’a dit qu’il avait trouvé le papier très bien écrit

J’ai découvert que Georges Perec s’était lui-même mis dans les pas du poète américain Joe Brainard pour écrire ce livre. Alors pourquoi pas Gilles Jacob ensuite.
« Je me souviens, dans En attendant Godot, de Vladimir et Estragon qui contrairement à ce que l’on pourrait croire n’avaient rien de cuisiniers russes préparant une omelette aux fines herbes. »

Photo tirée des pages du livre de Gilles Jacob. Photo: Les Soirées de Paris

Ce devait être ma première rencontre avec le festival d’Avignon. En attendant Godot de Samuel Beckett était présenté dans la cour du Palais des Papes, la scène était ronde, un arbre au milieu, Michel Bouquet avait une démarche inimitable. Qui jouaient encore ? Georges Wilson bien sûr, Rufus aussi. Qui était le quatrième ? La nuit on dormait à la belle étoile sur les rives du Rhône.

Gilles Jacob ? Peut-être celui le plus en lumière des hommes de l’ombre du cinéma. On le verra pas mal pendant la dizaine de jours du  Festival de Cannes du 15 au 26 mai, un Monsieur cinéma incontesté du festival dont il fut délégué général en 1977 puis Président depuis 2001.
Le ciné, Gilles Jacob connaît, il était déjà critique en 1964 pour la revue Cinéma puis aux Nouvelles Littéraires et à l’Express. Il nous emmène dans les Pas perdus d’une balade d’un enfant du siècle.

« Je me souviens d’une Andromaque plus romantique. Le héros romantique qui ne parvient pas à sortir de son rêve, c’est Gérard Depardieu dans Dites-lui que je l’aime. Gérard brutalise ceux qui l’écartent de Dominique Laffin, la dulcinée de sa petite enfance. Hélas elle n’est pas libre, ni amoureuse de lui… »
J’adorais Dominique Laffin, elle habite au cimetière de Montmartre, non loin de François Truffaut.
« Je me souviens de Jean-Pierre Léaud devant son miroir dans Baisers volés, répétant sur tout le ton : Antoine Doinel,  Antoine Doinel, Antoine Doinel, Antoine Doinel, Antoine Doinel ».
Truffaut est mort alors que j’étais en vacances dans une fermette que j’avais près de Saumur. Je travaillais à l’époque à Nord-Matin. A l’époque il y avait encore des sténos dans les journaux. J’ai dicté un papier depuis la cabine téléphonique du village. Dans Domicile conjugal  l’avant dernier film de la série des Doinel, Christine interprétée par Claude Jade donne naissance à un garçon, qu’elle veut appeler Ghislain, mais qui s’appellera  Alphonse ; c’est sous ce prénom qu’Antoine le déclare à la mairie. Dans la Nuit américaine, François Truffaud  appelle aussi  le personnage joué par Jean-Pierre Léaud Alphonse. Le troisième prénom de mon fils est Alphonse. Il n’aime pas du tout.

Comme dans l’ouvrage de Georges Perec, dans les Pas perdus on se prend d’y croiser sa propre histoire, avec comme toile de fond l’écran blanc des salles obscures.
«  Je me souviens d’un film inconnu reçu par Internet. La caméra est fixe en plongée. Elle filme en fondus enchaînés des chaussures déposées devant une porte en Iran. Le nombre, la taille et l’apparence des souliers nous font comprendre qu’il s’agit de  la vie d’une famille, de ses rencontres, ses unions, ses joies, ses séparations, ses deuils. Cette vie dure une 1 minute 45 et c’est très beau. »

Au département cinéma Paris VIII Vincennes, j’ai vu un film tourné par une caméra en plongée tournant sur son axe filmant des cailloux. C’était très chiant.
Les souvenirs de Gilles Jacob sont là en bribes, en charpies. L’auteur s’interroge. « Quelle odeur, quel son, quelle musique, quelle phrase, quelle madeleine, quel Rosebud  ressusciteront ce moment de vie… »

« Je me souviens d’un titre de film : les Plus Belles années de notre vie. Pourquoi pas celles qui sont devant nous ? »
Ca on verra.
Les Pas perdus par Gilles Jacob/Flammarion 15 euros

Un oeil sur une vidéo.

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2 réponses à De pas en pas

  1. Philippe Bonnet dit :

    C’est une bonne chose d’évoquer Dominique Laffin. PHB

  2. Steven dit :

    D Laffin: 1952/1985

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