Dans la ville de Magritte, les lampadaires portent un chapeau melon

Lampadaires au chapeau melon. Ph. G. GoutierreUne pipe qui n’est pas une pipe, mais qui est quand même une pipe… Le célèbre tableau de 1929 (une huile sur toile de 59 x 65 cm exposée au musée de Los Angeles et dont le véritable titre est « La Trahison des images » ) a singulièrement contribué à la popularité de René Magritte. La publicité et le journalisme se sont emparés de la formule « Ceci n’est pas une pipe » pour l’accommoder à toutes les sauces, jusqu’à l’écœurement. Cette fameuse pipe n’est pourtant pas la seule icône du monde très reconnaissable de Magritte. On pourrait parler également de pommes, de parapluies, de visages masqués, d’une maison éclairée nuitamment devant un ciel de plein jour, ou encore… d’un chapeau melon.

La Belgique ne s’est pas montrée ingrate envers le plus célèbre de ses peintres surréalistes. Pas moins de trois musées lui sont consacrés ! Le plus important, et aussi le plus récent (il a ouvert en 2009) est situé en plein cœur de Bruxelles, place Royale la bien nommée. On y trouve plus de deux cents œuvres, peintures, dessins, travaux de publicité, et une série impressionnante de documents montrant l’importance de l’artiste dans le mouvement surréaliste belge. Le succès est au rendez-vous : 300.000 visiteurs chaque année.

Dix ans ans plus tôt, également à Bruxelles, la maison que le peintre et sa femme Georgette ont occupée de 1930 à 1954, avait été transformée en musée et ouverte au public.

La maison où Magritte passa son adolescence. Ph. G. Goutierr

La maison où Magritte passa son adolescence. Photo: Gérard Goutierre

Mais c’est peut être à Châtelet, à quelques kilomètres de Charleroi, province du Hainaut, que l’on découvrira l’un des plus singuliers parcours urbains consacrés à l’artiste. Magritte a passé une bonne partie de son enfance et adolescence (de 1904 à 1917, entre ses 6 et 19 ans) dans cette ville de 30.000 habitants dont on devine qu’elle fut prospère. C’est à Châtelet qu’il prit ses premiers cours de dessins et qu’il exposa pour la première fois. C’est dans cette ville que son père fit construire une jolie maison bourgeoise, maison restée dans l’état et que l’on visite encore aujourd’hui. Et c’est à Châtelet qu’en 1912 la mère de Magritte mit fin à ses jours en se noyant dans la Sambre toute proche. René avait alors 14 ans. Un événement dont on retrouve des traces par les représentations récurrentes de visages voilés, comme l’ont noté de nombreux critiques.

Le parcours ressemble à un jeu de piste et l’accompagnement d’un guide ne sera pas inutile. Il n’est pas du tout certain par exemple que tous les habitants (les Châteletains) aient remarqué les lampadaires de leur ville : ils sont en forme de …chapeau melon ! De même, il faudra être particulièrement attentif aux pavements des rues : à certains endroits apparaît nettement la bouffarde, tout à fait comparable à la fameuse vraie-fausse pipe de Magritte. Ailleurs, toujours sur le sol, c’est une pomme, ou encore un profil rappelant certains personnages de Magritte – ou peut-être Magritte lui-même.

Après être passé devant l’Athénée qui porte aujourd’hui son nom (son ancienne école, comme le rappelle une plaque) on se rendra obligatoirement rue Gavrelle où la famille vécut entre 1904 et 1917. Au numéro 95, la jolie demeure de style art déco que fit construire son père Léopold en 1911. Grâce à l’ancienne propriétaire, la maison a gardé son caractère de l’époque, et s’il n’y pas de tableaux originaux, les reproductions ou les photos exposées permettront peut-être deviner la présence de celui qui se disait « un dandy cowboy de Charleroi ou de Châtelet ».

Gérard Goutierre

Visite de la maison de Magritte à Châtelet sur réservations seulement : Tél. + 32 (0)71 24 49 26. A Bruxelles, le musée Magritte : +32 (0)2 508 32 11 Le musée maison René Magritte : 165 rue Esseghem, 1090 Bruxelles (Jette) + 32 (0)2 428 26 26

la vraie-fausse pipe dans une rue de Châtelet. Ph. G. Goutierre

la vraie-fausse pipe dans une rue de Châtelet. Ph. G. Goutierre

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