Médiathèque Françoise Sagan : de la prison-hôpital aux ateliers de jeu numérique

Médiathèque Françoise Sagan. Photo: Lottie BrickertUn bel immeuble, un zeste palladien, soigneusement restauré dans une cour calme plantée de palmiers… Des fauteuils design et des poufs moelleux dans lesquels se love un public diversifié, un décor immaculé propice à la sérénité, un toit-terrasse avec vue sur tout Paris… Non, ce n’est pas la dernière auberge de jeunesse tendance de la capitale, c’est la nouvelle médiathèque Françoise Sagan. Située dans le Carré Saint-Lazare, dans le 10e arrondissement, elle est la deuxième plus grande bibliothèque de Paris.

Historiquement, le clos ne s’est pas toujours présenté sous d’aussi bons « hospices ». Au XIIe siècle, alors que les pèlerins et les Croisés rapportent la lèpre de Jérusalem, la France s’équipe d’endroits isolés pour accueillir les malades. Une léproserie royale, confiée aux Hospitaliers de Saint-Lazare, est bâtie dans le carré. C’est aussi – tradition qui a perduré jusqu’à la Révolution – l’endroit où reposent les dépouilles royales durant trois jours avant d’être acheminées vers Saint-Denis. Lorsque la lèpre disparaît au XVIIe siècle, l’endroit devient un hôpital, qui n’aurait eu de « thérapeutique » que le nom car malades mais aussi indigents, prisonniers, libertins et prostituées y auraient été entassés pêle-mêle.

A la Révolution, les ordres religieux sont bannis et l’Hôpital Saint-Lazare devient une prison qui abrite, entre autres people, le peintre Hubert Robert. Prison pour femmes, elle le restera jusqu’en 1927. Des politiques comme Louise Michel ou Mata-Hari y sont internées ainsi que droits commun et des prostituées. Des employés de la médiathèque vivent d’ailleurs avec un petit souvenir plutôt « encombrant«  de cette époque : les barreaux de la prison pour femmes, toujours visibles dans leur bureau ! Puis, la prison devient une maison de santé, notamment spécialisée dans le traitement des maladies vénériennes. En 1955, un service spécialisé de gastro-entérologie prend le relais. Et, en 1998, l’hôpital saint-Lazare ferme définitivement ses portes.

Autant dire qu’il ne subsiste pas grand-chose des édifices d’origine du clos Saint-Lazare. Le bâtiment de la médiathèque est ce qui reste de l’infirmerie de la prison, érigée en 1824 par Louis-Pierre Baltard, père de Victor, et architecte des Halles. Sa rénovation est confiée, en 2012, à l’agence Bigoni-Mortemard et la médiathèque ouvre en mai 2015. Loin des décibels automobiles et de l’agitation urbaine, la nouvelle médiathèque occupe 4 300 m² (dont 2 600 accessibles au public). Entouré d’un jardin de 1 000 m², inspiré des cloîtres méditerranéens, elle étage sur cinq niveaux ses vastes fenêtres en arc de cercle.

Aspect de la médiathèque Françoise Sagan. Photo: Lottie Brickert

Aspect de la médiathèque Françoise Sagan. Photo: Lottie Brickert

Dès le rez-de chaussée, pensé comme un forum – avec hall, salle d’actualités, aire de détente, salle d’animation pour 99 personnes et salle d’exposition de 70 m2 -on est séduit par le concept. Le parti pris est luminosité et blanc, sobriété, esprit contemporain, espaces conviviaux. Nos chères têtes blondes (et brunes) et les générations y et z sont choyés à la médiathèque Françoise Sagan. Deux étages leur sont intégralement consacrés. La médiathèque a d’ailleurs absorbé plus de 80 000 ouvrages du précieux fonds patrimonial jeunesse « Heure Joyeuse », qui réunit depuis le XVIe siècle les publications pour les enfants.

La lecture n’est pas votre tasse de thé ? Sachez qu’ici l’animation ne faiblit pas et que les activités gratuites se déclinent à la pelle. Dans un quartier diversifié, elles doivent favoriser le vivre ensemble et faire en sorte d’éveiller la curiosité : projections, ateliers de conversation pour les personnes apprenant le français, cafés littéraires, ateliers d’écriture, rencontres musicales, lectures à voix haute, heures du conte numériques, séances d’initiation ou de perfectionnement à l’informatique, jeux numériques. Le numérique est d’ailleurs un axe fort du projet. Enfin, la médiathèque accueille trois expositions par an. Eponymie oblige, la première était une exposition de photographies consacrée à Françoise Sagan, dont son fils, Denis Westhoff, était le commissaire.

Et le toit-terrasse qui offre une vue sur Paris à laquelle le centre Pompidou n’a pas grand-chose à envier? Hélas, faute de moyens, il n’est pas encore accessible au public. On attend son ouverture avec impatience avec, pourquoi pas, un atelier selfie sur le toit !

Lottie Brickert

Aspect de la médiathèque Françoise Sagan. Photo: Lottie Brickert

Médiathèque Françoise Sagan. Photo: Lottie Brickert

Médiathèque Françoise Sagan – 8 rue Léon Schwartzenberg, 75010 Paris – Carré historique du clos Saint-Lazare, square Alban Satragne, 75 010 Paris.

Horaires et infos : http://equipement.paris.fr/mediatheque-francoise-sagan-8695

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3 réponses à Médiathèque Françoise Sagan : de la prison-hôpital aux ateliers de jeu numérique

  1. lemonnier dit :

    Voilà une belle découverte en ce matin. merci beaucoup et je vais m’y rendre de suite. Étant doctorant, cela ne peut que m’être profitable. Je ne manque pas de faire communication de votre texte auprès des étudiants de Paris VIII et de Paris I Sorbonne.
    Bien à vous. P.L.

  2. Ethel S. dit :

    Amusante coïncidence… Je lis cette chronique au retour de la projection du film documentaire de Jean-Luc Cesco et Marianne Jaeglé intitulé Tu Veux Ecrire, qui a eu lieu ce soir, je vous le donne en mille, à la médiathèque Françoise Sagan ! L’éclairage apporté par l’article est d’autant plus appréciable, merci !

  3. Raymond dit :

    Une fois de plus, Lottie nous fait partager, de son écriture tout en délicatesse, une de ses découvertes qu’elle a le chic de dénicher au gré de ses promenades parisiennes. Merci pour cet altruisme Et vivement que le toit-terrasse devienne accessible (peut-être avec café-philo?).

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