Un « coin » Apollinaire au musée Picasso

Apollinaire blessé par Picasso. Source image: BnF/GallicaTous les connaisseurs  de Guillaume Apollinaire le savent: Picasso et Apollinaire étaient amis, d’excellents amis. Ce qu’ils ne savent peut-être pas encore c’est que le nouvel accrochage du musée Picasso -qui a pour ambition de nous dresser un portrait intime de Picasso ou encore de confronter figure privée et publique-  consacre une petite salle  à cette amitié entre Picasso et Apollinaire. 

Le cartel nous rappelle que Picasso et Apollinaire se sont rencontrés à l’Austin’s bar à Paris alors qu’ils étaient tous deux très jeunes : respectivement 23 et 24 ans et qu’ils ont nourri très vite tous deux une  amitié très forte.

Apollinaire sera en effet le premier critique à défendre et promouvoir l’œuvre de Picasso.

« On a dit de Picasso que ses œuvres témoignaient d’un désenchantement précoce. Je pense le contraire. Tout l’enchante et son talent incontestable me paraît au service d’une fantaisie qui mêle justement le délicieux et l’horrible, l’abject et le délicat […] et si Picasso est peu religieux  il a dû réserver, je gage, un culte de dulie (culte réservé aux saints ndlr) raffiné envers sainte Thérèse ou saint Isidore. À Rome, au moment du Carnaval, il y a des masques (Arlequin, Colombine, ou cuoca francese) qui le matin, après une orgie terminée parfois par un meurtre, vont à Saint-Pierre baiser l’orteil usé de la statue du prince des apôtres. Voilà des êtres qui enchanteraient Picasso. »

En retour Picasso dessine des portraits d’Apollinaire et beaucoup de caricatures dans lesquels on reconnaît le poète en marin, en académicien, en pape, en employé de banque …avec sa tête caractéristique en forme de poire.

Tous deux partagent la même passion pour les arts africains et océaniens qui sont pour eux, au delà de l’aspect esthétique, autant de défis au puritanisme ambiant.

Apollinaire décrit ainsi l’atelier de Picasso: « des idoles océaniennes et africaines, des pièces anatomiques, des instruments musique, des flacons et beaucoup de poussière » et il surnommait son ami « l’ange du Bénin ».

C’est cet aspect que le musée a choisi de souligner avec la présence de dessins d’inspiration africaine.

Photo de Guillaume Apollinaire présente à l'exposition. Source: Gallica/BnF

Photo de Guillaume Apollinaire présente à l’exposition. Source: Gallica/BnF

Le dernier hommage de Picasso à son ami défunt tardera à se concrétiser faute d’un accord entre le projet de sculpture de l’artiste et les amis du poète: C’est finalement une tête sculptée de Dora Maar qui prend place après moult rebondissements en 1959 soit plus de 40 ans après la mort du poète, dans le square Saint-Germain-des-Prés avec cette annotation « ce bronze œuvre de Pablo Picasso est dédié par lui à son ami Guillaume Apollinaire 1959 ».

Un des biographes de Picasso raconte que dans ses derniers jours, Picasso âgé alors de 91 ans se parlait souvent et doucement  à lui même et que Apollinaire revenait souvent dans ses propos.

Un hommage du musée Picasso qui préfigure et annonce la prochaine exposition du Musée de l’Orangerie consacrée à Guillaume Apollinaire et à la naissance de l’art moderne en mars de l’année prochaine.

Marie-Pierre Sensey

Musée Picasso Paris. Depuis le 20 octobre 2015

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2 réponses à Un « coin » Apollinaire au musée Picasso

  1. de FOS dit :

    On est toujours ravis d’en apprendre un peu plus sur ces génies de la peinture et de la poésie. Merci.

  2. delahousse dit :

    A quand un article sur des peintres comme Georges Braque ou Dupinceau
    ou une table ronde autour d’un verre de beaujolais (nouveau) d’Auteuil …

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