« C’est dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe »

Les Vieux fourneaux. Source image: DargaudLa couverture verte de ce nouvel album des Vieux Fourneaux n’aura pu échapper à votre regard. Depuis la mi-novembre, elle trône en bonne place dans toute librairie digne de ce nom. Une couverture d’un joli vert émeraude avec, au premier plan, un bonhomme ventripotent plus de la première jeunesse, tout de jaune vêtu, qui semble prendre son envol tel un ballon de baudruche et, au loin, deux silhouettes grises qui l’observent, étonnées. Vous les aurez reconnus : eh oui, Mimile, Antoine et Pierrot sont de retour ! Pour notre plus grand bonheur !

Les lecteurs de « Ceux qui restent » (Tome 1) et de « Bonny and Pierrot » (Tome 2) attendaient ce troisième tome des Vieux Fourneaux avec grande impatience. La lecture de « Celui qui part » ne les décevra pas, loin s’en faut. Ce Tome 3 tient toutes ses promesses.

Pour ceux qui ignoreraient de quoi nous parlons, quelques explications s’imposent. « Les Vieux Fourneaux » est une bande dessinée française totalement atypique créée en 2014 par Wilfrid Lupano au scénario et Paul Cauuet au dessin. Elle narre les aventures de trois syndicalistes militants –  deux plus virulents que le troisième tout de même – , septuagénaires avancés et amis depuis l’enfance. Gérontophobes, passez votre chemin, cette BD n’est pas pour vous – à moins qu’elle ne change votre regard sur le troisième âge… –. Chaque tome est centré sur l’histoire d’un des personnages principaux : le premier tome sur Antoine, le second sur Pierrot et le troisième donc sur Mimile. Si l’histoire a bien évidemment son importance – ici il y est question d’œufs de poules, mais pas n’importe lesquels… ceux des poules de Berthe. Et qui est Berthe ? nous direz-vous. Pas celle que l’on croit, en tout cas… – , l’originalité et l’humour relèvent des personnages tous très réussis, principaux comme secondaires, des situations parfois totalement loufoques, des savoureux dialogues et des expressions hautement réjouissantes qui parcourent ces pages joliment dessinées.

Les Vieux fourneaux. Source image: Dargaud

Les Vieux fourneaux. Source image: Dargaud

Ces vieux anarchistes sont accompagnés de Sophie, la petite fille d’Antoine. Celle-ci, vingt-huit ans, mère célibataire, a décidé de prendre un nouveau départ, de vivre à la campagne avec sa petite Juliette et de reprendre le théâtre de marionnettes de sa grand-mère Lucette récemment décédée, « Le Loup en Slip ». Mimile l’a rejointe dans sa maison qui prend l’eau et l’aide à élaborer de nouveaux scénarios et décors pour ses spectacles tout en jouant les baby-sitters attentionnées. Sillonnant les routes de campagne au volant de sa camionnette rouge, Sophie n’est pas la moins conventionnelle des personnages. Tout comme ses aînés, elle n’a pas la langue dans sa poche et son regard sur la génération des trois papys qu’elle affectionne est sans concession. Sa sortie dans le Tome 1 à un groupe de personnes âgées éberluées restera sans aucun doute dans les annales : « Vous êtes inconséquents, rétrogrades, bigots, vous votez à droite, vous avez sacrifié la planète, affamé le Tiers-Monde ! En quatre-vingts ans, vous avez fait disparaître la quasi-totalité des espèces vivantes, vous avez épuisé les ressources, bouffé tous les poissons ! Il y a cinquante milliards de poulets élevés en batterie chaque année dans le monde et les gens crèvent de faim ! Historiquement, vous… Vous êtes la pire génération de l’histoire de l’humanité ! Et un malheur n’arrivant jamais seul, vous vivrez hyper vieux ! ». C’est dit. De l’humour pour faire passer quelques messages bien sentis, voilà la recette de Lupano et Cauuet.

Les situations et les réparties sont on ne peut plus cocasses et la plupart du temps hilarantes. La tendresse est toujours présente. Mais nos vieux messieurs, très attachants, peuvent également se montrer parfois insupportables ou ridicules, tels de vilains gamins, et d’autant plus humains. En tout cas, la vieillesse ne leur fait pas baisser les bras, bien au contraire. Ils sont plus énergiques que jamais car il y a une urgence à vivre les dernières années qui restent et à bien les vivre, le mieux possible en tout cas, sans aller « chez les fatigués » – la maison de retraite, s’entend –. Pour ces anarchistes, le combat et l’aventure continuent, même si les armes ne sont plus les mêmes. Leur vieillesse elle-même devient une arme.

Ainsi dans le Tome 2, Pierrot, militant du groupe « Ni yeux ni maître », organise-t-il un attentat gériatrique dans un bar branché et trop bruyant qui empêche une de ses amies de dormir. Au fil des jours, le lieu n’est plus occupé que par des vieillards qui jouent aux cartes tout en buvant des camomilles et des chocolats chauds. A la question du barman désespéré « Mais qu’est-ce qu’il vous a fait, ce bar ? », ce dernier reçoit pour réponse « Rien, on est là, c’est tout. C’est un attentat gériatrique. Quand un endroit de ce genre devient problématique, on s’y rassemble tous les soirs pendant un certain temps. Ca fait monter d’un coup la moyenne d’âge de l’établissement. Généralement, il ne s’en relève pas. Le vieux est l’ennemi du bien de nos jours. A quoi ça tient, la branchitude, tout de même

Les Vieux fourneaux. Source image: Dargaud

Les Vieux fourneaux. Source image: Dargaud

Le troisième tome est du même acabit que les précédents. Nos trois lascars n’ont rien perdu de leur belle énergie. Il y est donc question des poules de Berthe, mais aussi d’un trésor de pirates et de voyages dans le Pacifique. Sophie ajoute à son répertoire de marionnettiste une nouvelle histoire qui en dit long sur nos trois compères…
Un quatrième tome est annoncé dont la protagoniste principale serait, cette fois-ci, Sophie. Nous l’attendons avec impatience.

Isabelle Fauvel

Les Vieux Fourneaux – Tome 3 « Celui qui part » Edition Dargaud 11,99€

 

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