Les caves de la Fondation Cartier choient Fernell Franco

Aspect de l'exposition Fernell Franco. Photo: PHB/LSDPComme dans toute bonne maison qui sait recevoir ses invités, le meilleur est souvent, comme le vin, logé au sous-sol. La Fondation Cartier a bien fait de réserver tout son niveau moins-un au photographe colombien Fernell Franco. La lumière artificielle y est parfaite pour mettre en valeur les clair-obscur aussi esthétiques qu’efficaces de cet artiste disparu en 2006.

La vie de ce photographe explique assez bien la qualité et surtout l’authenticité qui transparaît de son travail. Il a commencé à travailler à Cali pour le studio photo Arte Italia, d’abord comme coursier à bicyclette. En attendant d’être assistant dans la mode, il fait le fotocinero job hélas disparu consistant à photographier les passants puis à leur vendre le cliché.

Il trime pour les journaux comme reporter et enchaîne sur la photo de mode. Sa personnalité fait qu’il saura se détacher de l’univers des mannequins pour s’intéresser à la vraie vie et c’est là que son talent éclate, d’abord en 1972 à travers un sujet sur les prostituées, viendront ensuite des thématiques comme les paquets de marchandises (amarrados), les vieilles maisons en cours de démolition et d’autres aspects de la vie colombienne.

Image du film sur Fernell Franco. Photo: PHB/LSDP

Image du film sur Fernell Franco. Photo: PHB/LSDP

Son travail, manifestement appliqué, vaut par les scènes intimes qu’il fige pour l’histoire car certaines ont disparu, comme cette série singulièrement réussie de ces salles de billards à l’éclairage incertain. Ailleurs le choix de cet homme en train de se soulager dans urinoir intrigue. Il se dégage de tout cela une poésie à la fois ordinaire et originale. Dans tous les cas il y a une restitution d’ambiance due à une savante captation des contrastes qui rend ses images très attachantes. En couleurs passées, en noir et blanc dont il s’échappe une sorte de jaune diffus, on est là face à une œuvre photographique aussi exceptionnelle que discrète, surtout lorsqu’elle est concentrée dans de petits formats. Un charme certain qui, au passage, tranche avec les propositions quelque peu flashy du Japonais Daido Moriyama, à l’étage au-dessus.

L’exposition présente également un  film de vint minutes à ne pas négliger où Fernell Franco raconte sa vie et notamment son attachement au vélo, l’outil devenant comme un prolongement de lui-même à force de servir. Il en parle comme un mode de transport colombien révélant, tout comme lorsqu’il parle des prostituées ou des joueurs de billard, son empathie et sa curiosité pour ses compatriotes.

Pas de narcissisme apparent chez cet homme, sa focale vise ailleurs et nous lui sommes reconnaissants de ce travail bien fait.

PHB

A la fondation Cartier jusqu’au 5 juin

Aspect de l'exposition sur Fernell Franco. Photo: PHB/LSDP

Aspect de l’exposition sur Fernell Franco. Photo: PHB/LSDP

 

 

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