Le livre à pleine voix

Photo: PHB/LSDPSi vous pensez que le livre audio n’est destiné qu’aux enfants en bas âge et aux personnes mal voyantes ou qu’il s’agit d’une pratique ancienne et dépassée, cet article, espérons-le, vous fera changer d’avis.
Les jeunes enfants, bien évidemment, ont toujours représenté un public de premier choix pour l’édition sonore.

S’ils aiment écouter musique et chansons, ils adorent aussi qu’on leur raconte des histoires, encore et encore. Des contes, il va sans dire : les grands classiques ( Grimm, Perrault, Andersen, Madame Leprince de Beaumont, Alphonse Daudet, Marcel Aymé… ), mais aussi les belles histoires de la comtesse de Ségur et des œuvres plus contemporaines ou venues d’ailleurs. La littérature jeunesse est à lire et à entendre, l’un n’empêchant pas l’autre, bien au contraire. Marlène Jobert, qui a fait une deuxième carrière dans la lecture de contes pour enfants, ne saurait nous contredire.

La littérature pour adolescents n’est pas en reste pour autant : ainsi Bernard Giraudeau a-t-il prêté sa voix avec beaucoup de succès pour une lecture des aventures du plus célèbre des apprentis sorciers, Harry Potter.

Michael Lonsdale lisant. Source photo: Editions Thélème

Michael Lonsdale. Source: Editions Thélème

Et il en est de même de la littérature en général. Écouter un livre est une autre façon de lire, de découvrir ou de redécouvrir un texte, ne se substituant en rien à la lecture personnelle, mais plutôt s’additionnant à elle. La magie de la lecture à voix haute offre une perception différente du texte, souvent plus nuancée, plus subtile. Les poèmes d’Hugo lus par Michael Lonsdale ou ceux d’Apollinaire par Jean-Louis Trintignant sont des moments d’une richesse infinie, convergeant vers des sommets de poésie pure, comme seul le théâtre peut en offrir quelquefois. En faisant appel à l’ouïe, les mots écrits s’enrichissent d’une autre dimension artistique, vivante, et créent un espace imaginaire d’un autre genre, empli d’émotions inconnues. Il s’agit d’une nouvelle rencontre en quelque sorte. Elle permet aussi un rapprochement avec l’auteur, une identification à travers la voix entendue.

Ainsi, pour de nombreux lecteurs, la voix de Saint-Exupéry devint un beau jour indissociable de celle de notre cher Gérard Philipe. En 1954, le comédien enregistrait une version abrégée du chef d’œuvre de l’écrivain aviateur : “Le Petit Prince”. Sa voix chaude et douce devint alors l’instrument rêvé pour porter les paroles emplies de sagesse et d’humanité de l’auteur. Rappelez-vous, cela commençait ainsi : “J’ai vécu seul sans personne avec qui parler véritablement, jusqu’à une panne dans le désert du Sahara, il y a six ans…”. L’auditeur, petit ou grand, captivé par la musique et la beauté des mots, ne pouvait alors détourner son attention du récit, jusqu’à son dénouement final : “Si vous voyagez un jour en Afrique, dans le désert. Et, s’il vous arrive de passer par cet endroit où je tombais en panne, je vous en supplie, ne vous pressez pas, attendez un peu. Si alors un enfant vient à vous, s’il rit, s’il a des cheveux d’or, s’il ne répond pas quand on l’interroge, vous devinerez bien qui il est. Alors, soyez gentils ! Ne me laissez pas tellement triste : écrivez-moi vite qu’il est revenu…” Pour ces auditeurs émerveillés, relire ensuite pour soi, en silence, “ Le Petit Prince ”, c’était entendre Gérard Philipe vous murmurer le texte à l’oreille… Des années plus tard, d’autres voix prirent le relais. Pierre Arditi, puis Bernard Giraudeau lurent cette fois-ci l’intégralité du texte de Saint-Exupéry, sans pour autant faire oublier la lecture mythique de Gérard Philipe qui passa du support vinyle à celui du CD, puis au format MP3, pour le plus grand bonheur de nouvelles générations.

Les auteurs eux-mêmes prirent grand plaisir à enregistrer leurs textes. Ainsi, toujours en 1954 – le hasard des dates –, Albert Camus lisait en personne pour l’O.R.T.F. son célèbre roman “ L’Etranger”. Cette lecture fut reprise par les éditions sonores Frémeaux & Associés et ce titre reste encore aujourd’hui un document-phare de notre patrimoine littéraire et une des dix meilleures ventes de La Librairie Sonore. D’autres écrivains s’emparèrent eux-mêmes de leurs textes, tels Marcel Pagnol avec sa trilogie de souvenirs “ La Gloire de mon père”, “ Le Château de ma mère” et “Le Temps des Secrets”, Maurice Carême avec ses poèmes ou bien encore Jules Romains avec sa pièce “Knock” et “Les Hommes de bonne volonté”, sa suite romanesque composée de 27 volumes qui, adaptée, représente tout de même 14 CD ! Ces enregistrements peuvent être considérés comme des morceaux d’anthologie. Plus récemment, des auteurs tels qu’Yves Bonnefoy, Véronique Ovaldé ou Didier Van Cauwelaert, pour n’en citer que quelques uns au hasard, se sont également pliés à l’exercice.

Le plus souvent cependant, il s’agit de comédiens chevronnés et de renom lisant de grands classiques. “De grands auteurs lus par de grands acteurs”, comme le proclame la devise des Editions Thélème. Ainsi, par exemple, Michel Piccoli, Robin Renucci, André Dussolier, Lambert Wilson, Isabelle Carré, Irène Jacob sont-ils des lecteurs récurrents de livres sonores. De même, certains acteurs de la Comédie-Française tels Guillaume Gallienne, Françoise Gillard, Denis Podalydès, Didier Sandre ou Michel Vuillermoz.

Source image: Editions Thélème

Source image: Editions Thélème

Le fait d’armes des Editions Thélème a été d’enregistrer l’intégralité de “A la Recherche du Temps perdu” de Marcel Proust, chaque tome représentant 5 CD et le coffret intégral, 35 CD.

Par ailleurs, les auteurs contemporains sont de plus en plus représentés avec notamment des auteurs “à Prix” pourrait-on dire, tels Amélie Nothomb, Jérôme Ferrari ou Laurent Gaudé. Mais pas seulement. Ainsi le véritable phénomène de librairie 2015 “Le charme discret de l’intestin” de Giulia Enders a-t-il fait l’objet d’un enregistrement sonore aux Editions Audiolib.

L’évolution des techniques permet désormais de développer cette pratique de lecture qui n’en est peut-être, tout compte fait, qu’à ses balbutiements. Aujourd’hui, les livres peuvent s’écouter à la maison, dans la rue, en voiture ou dans les transports, tout comme la musique et la radio. Ils peuvent être entendus dans notre langue maternelle comme dans une langue étrangère car il existe des audio livres dans de nombreux pays et c’est un excellent moyen d’améliorer son anglais ou son espagnol tout en découvrant une littérature étrangère. Alors, n’hésitez plus, faites le plein de lecture sur votre iPod !

Isabelle Fauvel

http://www.gallimard-jeunesse.fr/Catalogue/GALLIMARD-JEUNESSE/Ecoutez-lire/Harry-Potter-a-l-ecole-des-sorciers
http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD-JEUNESSE/Gallimard-Jeunesse-Musique/Hors-Serie-Musique/Le-Petit-Prince2
http://www.lalibrairiesonore.com/catalogue/philosophie/camus-etranger.html
http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Ecoutez-lire
http://www.editionstheleme.com/s/19706_marcel-proust-en-cd-livre-mp3-et-telechargement
http://www.audiolib.fr/
https://www.brillianceaudio.com/

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6 réponses à Le livre à pleine voix

  1. Colette BLAISE dit :

    TRES TENTEE JE TRANSMETS QUEL PRIX ?

  2. person philippe dit :

    N’oublions pas aussi les aveugles… Et si vous avez du temps, il est possible de rejoindre des associations qui enregistrent des cassettes audios de tous les livres qui sortent et mieux encore des livres scolaires (tâche de bénédictin !)
    Mon beau-père fait ça depuis trente ans et il a enregistré de sa belle voix bénévole des centaines de livres… N »hésitant pas à téléphoner à l’ambassade du Népal ou à un spécialiste de trigonométrie pour prononcer correctement un mot ou rendre par la voix à un symbole inconnu…
    Pendant toute sa petite enfance, mon fils a écouté des cassettes et des CD… Quand il est arrivé en CP, son institutrice m’a dit : je n’ai jamais vu un enfant avec autant de vocabulaire… C’était mieux de lui faire écouter de belles choses que de le mettre à 3 an devant le Disney Channel ou Guli !
    Merci pour votre bel article…

  3. Bruno Sillard dit :

    Partagé entre le désir d’écrire, l’envie des mots des autres et les histoires du monde, parfois aussi champs de bataille de mes douleurs noctambules, souvent ce sont mes propres écrits qui au final m’accompagnaient au travers la nuit. J’en étais arrivé à ne plus lire. Ma fille et sa mère m’ont offert des audio livres, mes nuits sont revenus des havres plus paisibles. En ce moment je « lis » « L’art français de la guerre » d’Alexis Jenni, une construction complexe que domine superbement Philippe Caubère. De temps en temps Guillaume Gallienne m’accompagne de quelques poèmes. Je relis !

  4. Steven dit :

    « A bon entendeur » comme on dit par ici. S.

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