Francesca Woodman, la comète

Oeuvre de Francesca Woodman à la Fondation HCB. Photo: PHB/LSDPLa photographe Francesca Woodman effectue un voyage à Rome en 1981. Elle y achète de vieux cahiers d’exercice dont un est dévolu à la géométrie et singulièrement au théorème d’Euclide. Ce sera la base de son livre intitulé « Some disordered interior geometries ». Un titre qui paraîtra quelques jours avant qu’elle ne se donne la mort, le 19 janvier 1981. La Fondation Henri Cartier-Bresson expose son œuvre sensible jusqu’au 31 juillet.

Le fameux cahier est visible au second étage de la fondation. Il nous apparaît comme quelque chose d’évidemment précieux quand on connaît la suite de l’histoire. On y cherche  sans le trouver le mystérieux message qu’il aurait pu délivrer, l’explication ultime qui fait qu’une jeune femme, à l’aube de sa vie, décide de la quitter brutalement.

La plupart des photographies exposées sont des petits formats. Si l’on souffre de presbytie, il faut impérativement des lunettes. Ces tirages sont intimes autant que dépouillés, expressifs et inspirés. il y a notamment ce « From space » ou le corps d’une femme nue, enveloppé dans du papier peint,  semble se fondre dans un mur. Le décor décati est le seul élément vraiment tangible. Cette photo laisse sous-entendre que l’on a tôt fait, quand l’esprit vagabonde, de glisser du réel dans l’irréel.

Francesca Woodman a joué du piano lorsqu’elle était plus jeune surtout des variations et que « la même chose » se produisait dans « ses images ». Et l’on constate qu’effectivement il n’y a pas de ruptures dans le travail qui est présenté ici, mais une longue et heureuse déclinaison. Le regard va d’une photo à l’autre comme une embarcation, qui fendrait en la troublant à peine, une eau paisible. Il en résulte une singularité très attachante qui nous touche parfois de façon aigüe au lieu de nous heurter.

Oeuvre de Francesca Woodman à la Fondation HCB. Photo: PHB/LSDP

« On being an angel ». Réalisation de de Francesca Woodman à la Fondation HCB. Photo: PHB/LSDP

Certaines sont titrées d’autres pas. L’une d’elle est annotée au stylo de la mention: « On being an angel ». Il s’agit d’une femme nue encore dont il nous est donné à voir que le visage et le départ du buste. Le corps est tendu vers nous comme si nous la regardions juchés sur un escabeau. Il en émane comme un désir, une soif de quelque chose qui manque, mais quoi.

Il y a aussi ce petit film extraordinaire ou une femme est cachée derrière une grande feuille de papier à peine transparente.  Le modèle qui se trouve derrière déchire progressivement ce paravent éphémère. Et nous voilà subjugués par cette performance tout en délicatesse et poésie.

Presque tous les modèles qu’elle utilise sont des femmes. Le travail de Francesca Woodman fait qu’elles habitent l’image et plus encore qu’elles s’en approprient le décor. Les voilà figées alors même que tout a l’air au bord de la disparition. On peut aussi déceler une dose de surréalisme dans certaines mises en scène s’il faut achever de meubler son travail avec des mots.

L’artiste fait également quelques incursions dans la couleur, débouchant là encore sur un résultat réussi. La douceur des contrastes polychromes apporte une variation supplémentaire sur les mêmes thèmes qu’en noir et blanc. Son destin ne lui a pas laissé le temps de nous en donner davantage. Mais ce qu’elle nous a légué pour mémoire est déjà beaucoup.

PHB

Fondation HCB 2, impasse Lebouis 75014 Paris

Réalisation de de Francesca Woodman à la Fondation HCB. Photo: PHB/LSDP

Réalisation de de Francesca Woodman à la Fondation HCB. Photo: PHB/LSDP

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1 réponse à Francesca Woodman, la comète

  1. de FOS dit :

    Quelle poésie dans ces clichés interrogatifs !

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