Une prise d’otages pour se détendre

L'affiche de "Money Monster". Photo: PHB/LSDPPour situer en deux lignes l’histoire de « Money monster », un film signé Jodie Foster, il faut imaginer David Pujadas pris en otage en direct durant le 20h sur France 2. Sauf qu’en l’occurrence il s’agit d’une télé américaine. Lee Gates est un journaliste-présentateur burlesque, complètement vendu au monde la finance. Jusqu’au jour où…

… un jeune coursier d’un quartier populaire de New York débarque sur le plateau de l’émission qui donne son titre au film (Money Monster ), braque Lee gates (George Clooney) et l’oblige à porter en direct une ceinture d’explosifs. Il veut comprendre pourquoi il s’est fait « rincer » toute son épargne en suivant les conseils d’investissement de l’émission. Le suspense est installé d’emblée.

Sur le plateau, à l’abri derrière les écrans de contrôle, il y a Patty Fenn (Julia Roberts) dans le rôle de la réalisatrice. Elle va tenter de reprendre le contrôle de la situation. Bon divertissement typiquement américain malgré quelques longueurs et instants comiques voulus et non voulus, (un peu comme dans Gravity), on peut se laisser attraper par l’histoire si l’on veut bien du moins, adopter la posture « bon public ».

On l’aura compris, l’histoire démarre immédiatement sur les jantes. Ce film met bien en valeur un monde la finance passé à l’information utra-rapide que l’on appelle chez les habitués le « trading haute fréquence » et qui fonctionne à l’aide d’algorithmes aussi complexes que représentatifs d’un monde en dégénérescence exponentielle. Le scénario se fondant de surcroît sur une arnaque boursière d’un patron de société, « Money monster », aurait également pu s’intituler « bienvenue à Wall Street ».

Dans un premier temps c’est l’affolement qui s’installe sauf chez Julia Roberts laquelle, coiffée de son dispositif audio, s’emploie à préserver la vie des salariés du plateau. L’une des astuces qui fait que le scénario fonctionne, c’est le « réveil » de l’animateur qui, sous le coup de la menace pour sa vie, reprend progressivement ses réflexes de journaliste. Il était bien temps.

La toujours attachante Jodie Foster s’est sagement limitée au film de divertissement et c’est bien pour cette raison que l’on se laisse embarquer comme des enfants ravis de l’aubaine facile. Elle a su insérer des anecdotes latérales qui font mouche avec des personnages de second plan qui étayent l’ensemble. Il y a notamment ce personnage, cameraman/preneur de son, qui suit dans Wall Street le duo otage/preneur d’otage, avec la lassitude très bien vue du gars qui continue de faire son métier quelles que soient les circonstances et les intempéries.

Dollar. Photo: PHB/LSDP

Dollar. Photo: PHB/LSDP

On passera avec indulgence sur les éléments déconographiques propres à ce genre de production. L’écran est là pour trahir les exagérations et invraisemblances que l’on ne détecte pas toujours à l’écriture du synopsis. La sauce est parfois un peu épaisse, il y a quelques polypes, mais avec le brin d’humour que Jodie Foster ne manque pas d’ajouter ici et là comme une branchette de laurier sur un ragoût de viande, cela passe finalement mieux qu’une coloscopie. C’est tout dire.

PHB

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4 réponses à Une prise d’otages pour se détendre

  1. Desailly dit :

    Salut Philippe, bravo, tu as presque réussi à me convaincre d’aller voir ce film. J’irai d’autant plus qu’il y a l’esprit, l’humour de Jodie Foster qui sauve sans doute du pire. Bref, sans trop te décevoir, les sollicitations sont fortes pour aller au cinéma avec l’actualité très fraîche de Cannes et de son festival. Ce « Money Monster » arriverait à la 20e place sur la liste de mes films préférés du moment! Ce qui est déjà une belle place. Je te tiens au courant. A quand un remake français avec Taglioni et Delahousse? Merci. Vive le cinéma! Denis D

  2. A vous lire, cher Philippe, je me demande si à choisir, je ne préférerais pas une coloscopie!!!!!!!!!!!!!!! Même s’il y a le beau George….

  3. philippe person dit :

    En France, on a mieux que ça… et Pujadas n’en a pas parlé : C’est « Merci Patron » de François Ruffin… ou comment une bande de joyeux drilles altermondialistes extorquent – sans violence autre qu’une caméra cachée – 40 000 euros et un CDI à un Bernard milliardaire qui a saucissonné un quart du jardin d’Acclimatation pour étaler son mauvais goût de nouveau riche dans le énième hangar construit par l’architecte pompier Frank Gehry…

  4. Marie F. Laborde dit :

    Un film très distrayant, vu hier. Et le coup de poing dans la gueule du trader cynique m’a fait beaucoup de bien!

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