Luminothérapie à l’église Saint-Jacques de Montrouge rénovée

Saint-Jacques de Montrouge. Photo: PHB/LSDPPour un peu on la prendrait pour une médiathèque. La faute sans doute au clocher-porche qui n’a jamais pu être construit en raison de la crise économique des années trente. Après un temps de restauration, l’église Saint-Jacques de Montrouge ouvre de nouveau ses portes. Elle fait de nouveau profiter ses paroissiens et les visiteurs de passage de sa luminosité intérieure singulièrement réussie.

Contrairement en effet aux ambiances gothiques souvent lugubres, cette église consacrée en 1937, par son ambiance apaisante, relèverait presque de la luminothérapie. La couleur et la disposition des vitraux procurent ce sentiment agréable, accentué par l’extrême sobriété des agencements intérieurs. Cité dans une notice disponible à l’accueil, le père Couturier avait dit d’elle en 1938 dans un numéro de la Revue d’art sacré : « Je ne crois pas qu’il y ait ici une seule courbe, ni la moindre recherche de charme, mais les proportions sont justes, la répartition des pleins et des vides est heureuse (…), l’esprit, assez vite s’y repose ». Sauf pour le charme, bien réel, le propos n’a pas besoin d’être réactualisé. Le regard nullement contrarié peut embrasser facilement les vastes perspectives. La restauration des fresques s’achève, il manque encore le nouveau mobilier liturgique. Tout devrait être prêt pour la visite inaugurale de l’évêque Aupetit le 27 novembre.

Il y a toujours eu une église à cet endroit là au moins depuis le treizième siècle. La construction de ce nouvel édifice en béton est venue à peu près en même temps que la mairie voisine en brique rouge. Chacune dans leur style personnalise admirablement ce carrefour par ailleurs très vivant et plutôt agréable à fréquenter.

Les Chantiers du Cardinal avaient requis pour la conception de la nouvelle église l’architecte Eric Bagge et son frère, avec pour modèle l’église du Raincy construite par les frères Perret. Ils avaient donc prévu l’édification d’un clocher-porche lequel, si l’on en juge par les images disponibles sur internet (1) avait quand même une allure tout à fait ambitieuse évoquant un building américain. Le tout aurait culminé à 55 mètres de hauteur conférant à l’église la signalétique religieuse qui lui manque quand même un peu.

Eglise Saint-Jacques de Montrouge. Vue de l'intérieur. Photo: PHB/LSDP

Eglise Saint-Jacques de Montrouge. Vue de l’intérieur. Photo: PHB/LSDP

Elle a été inaugurée tronquée en 1937 mais il a fallu attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour voir apparaître des fresques sur ses parois internes (par de jeunes élèves d’une modeste école de dessin) et le début des années quatre-vingts pour la plaque ainsi que la croix décorative en céramique et pâte de verre qui habille sa façade. Sa structure en béton est issue de la technique alors innovante de Eugène Freyssinet qui avait compris que ce matériau pouvait selon ses procédés à lui offrir une certaine souplesse aux contraintes du poids, du vent et jusqu’au passage d’un train quand il s’agissait d’un pont. L’un des enseignements de la restauration qui se termine est que le béton est aussi à même de vieillir et de se dégrader au contact de certaines matières comme les sulfates.

Ce que l’on peut voir aujourd’hui ne correspond donc pas vraiment à ce qui était prévu ainsi qu’aurait pu être une Tour Eiffel sans sa coiffe. Mais le miracle, dans le cas de Montrouge, c’est que le charme opère quand même.

PHB

Voir le projet avec le clocher sur le site de la ville de Montrouge

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