Bauhaus, de l’essence à l’esprit

Affiche Bauhaus. Photo: PHB/LSDOSur le parcours de la fort copieuse exposition « L’esprit du Bauhaus » se tient une carte qui figure par cercles concentriques, l’essaimage du genre. Et comme une mouche à la surface d’un verre de lait il est mentionné qu’en 1940, un certain Fritz Ertl, participa à l’élaboration du camp d’Auschwitz. Cet ancien élève du Bauhaus expliqua après la guerre sans trop convaincre qu’il n’apprit qu’en 1942 la destination des bâtiments. Ce n’est certes pas le point fort de l’exposition mais il est frappant. Ce document nous explique qu’en autres choses, on doit aussi à l’esprit du Bauhaus, le siège de l’Unesco à Paris, la station de ski située à Flaine ou encore de très nombreux bâtiments édifiés à Tel-Aviv à partir des années trente.

Pour les amateurs du Bauhaus (contraction de « bauen », construire et de « haus », maison) mouvement né au début du vingtième siècle en Allemagne, cette exposition est un festin. Des origines jusqu’après-guerre, les murs du musée des Arts Décoratifs sont constellés de ce style où l’art devait se conjuguer à l’utile, mêlant dans une même scénographie grands maîtres comme Kandinsky ou simples élèves à l’école d’origine. Une telle profusion d’œuvres n’est pas sans rappeler cette remarque que Joseph II fit au jeune Mozart un beau jour de juillet 1782 : « c’est bien cher ami mais il y a trop de notes » !

Cependant, pour qui veut embrasser le sujet dans toute son ampleur, il ne saurait s’en plaindre. Le Bauhaus c’est d’abord une école, la Staatliches Bauhaus, fondée en 1919 par un certain Walter Gropius à Weimar dans les locaux de l’Institut des arts décoratifs et industriels. C’est devenu ensuite un style pour beaucoup architectural où la destination commande la forme, forcément rationnelle, de même que pour les objets allant du cendrier au fauteuil. Le Bauhaus est un genre épuré, souvent élégant mais qui ne réchauffe pas vraiment les sens, ni le cœur, ni le sang. L’ambiance est le plus souvent clinique au point que l’on se croirait en instance d’être opéré.

Affiche de style Bauhaus présentée à l'exposition. Photo: PHB/LSDP

Affiche de style Bauhaus présentée à l’exposition. Photo: PHB/LSDP

Les animateurs de ce style bien à part ont eu le souci d’en faire connaître les qualités. L’utilisation de la couleur sur les revues éponymes nous réchauffe le regard en même temps qu’elle nous fait goûter, par la maîtrise de l’abstraction, ses originalités géométriques. Il y a notamment ce formulaire de devoir rendu par un de ses élèves à Kandinsky qui traduit bien l’ambition de transmission du mouvement. L’enseignement spécifique du Bauhaus visait à casser les héritages académiques et on ne peut que constater que c’était assez efficace. L’idée n’était pas de faire de l’art pour l’art mais de servir et de parfaire un objectif utilitaire. L’une des devises de Walter Gropius était : « L’art et la technique, une nouvelle utilité ».

Cependant, aux prises à des difficultés, l’école devra déménager à Dessau puis à Berlin avant d’être définitivement fermée par les nazis qui y voyaient une forme exceptionnelle d’art dégénéré sans bien se rendre compte au demeurant que les préceptes du style allaient proliférer jusqu’à chez eux.

A l’occasion de cette exposition qui débute cette semaine, un livre fort documenté a été édité, pointant au passage quelques dérives idéologiques d’hygiène et de pureté exprimées par les adhérents et prosélytes du Bauhaus. De cette idée générale d’améliorer la vie en société pour des prix abordables est apparue chemin faisant une vie communautaire quelque peu utopiste, où des couples se sont formés, où des enfants sont nés. L’autofinancement était visé mais le but n’a pas été atteint. Mais l’esprit du Bauhaus lui, parce qu’il voulait précisément s’affranchir du passé, souffle toujours.

PHB

« L’esprit du Bauhaus », jusqu’au 26/02/2017. Musée des Arts décoratifs. 107 rue de Rivoli.

Détail de la carte montrant l'essaimage du style Bauhaus. Photo: PHB/LSDP

Détail de la carte montrant l’essaimage du style Bauhaus.

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6 réponses à Bauhaus, de l’essence à l’esprit

  1. Homeyer Pierre dit :

    Bonjour,
    Pour info :
    Actuellement ce tient au Centre Pompidou Metz, jusqu’au 16 janvier 2017, une exposition sur les travaux et les créations d’Oskar Schlemmer (1888-1943) membre du Bauhaus comme professeur de peinture puis décorateur et scénographe.
    cordialement,

    P.H.

  2. Bruno Sillard dit :

    Si vous passez par Berlin, ne manquez pas le musée de Bauhaus, c’est incroyable tout qui a été apporté, des tiroirs à roulettes des bureaux aux dessertes entre cuisine et salle à manger, des fauteuils au design moderne, ce sont aussi des décors d’opéras, une liste sans fin et on se demande comment une telle intelligence a pu être ainsi balayée.

  3. Pivoine dit :

    A l’origine, avec la collaboration de Henry Van de Velde… Qui a cédé sa place à Walter Gropius… Et transplanté l’esprit Bauhaus à Bruxelles, lors de la création de l’Ecole des Arts de la Cambre… L’autre grande école d’art bruxelloise, la première étant l’Académie des Beaux-Arts // En parallèle à Saint-Luc, plutôt du type cycle court et spécialisée dans le dessin publicitaire, l’illustration et la bande dessinée.

    Le Bauhaus me fait rêver. La Cambre aussi d’ailleurs.

  4. Pivoine dit :

    Il y a eu également une magnifique synagogue édifiée à Plauen, dans l’esprit Bauhaus. On en trouve des reconstructions infographiques sur le Net (et des cartes postales d’époque, avec un peu de chance). La synagogue a bien entendu été détruite en 1938, hélas. C’était une merveille… Pour qui aime l’architecture moderniste, ce qui est mon cas. A Bruxelles aussi, on a quelques bâtiments modernistes, un peu perdus à vrai dire, qui rappellent l’esprit Bauhaus – comme la Brasserie Wielemans, à Forest, aujourd’hui musée / salle d’exposition pour artistes contemporains.

  5. Ce qui me rappelle ce titre d’un essai de Tom Wolfe qui a toujours fait mes délices:
    FROM BAUHAUS TO OUR HOUSE, où il dézingue l’architecture moderne.
    Lise

  6. Marie F. Laborde dit :

    Effectivement l’esprit du Bauhaus souffle toujours. Une de ses richesses a été de s’ouvrir à de nombreuses collaborations d’artistes et d’architectes étrangers et d’être en partie à l’origine du Mouvement moderne ou international. On peut y voir une uniformisation de l’architecture mais aussi une ouverture formidable face aux dictats des Beaux-Arts, de Paris et d’ailleurs . On lui doit aussi une grande influence sur le logement social, le design à portée des classes populaires…
    Ce mouvement de rupture divise toujours beaucoup, entre ceux qui n’ont toujours pas avalé les murs nus (sans sauce, hi, hi…) et des générations d’architectes qui revendiquent encore cet héritage. Mais en architecture comme en cuisine, tout est affaire de finesse.

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