Le petit livre jaune

Moins qu’un livre d’ailleurs, devrait-on dire un fascicule. L’auteur en est Henri de Lescoët. Un homme qui se rappelle à notre bon souvenir chaque automne depuis 1941, lors de la remise du prix Apollinaire (1). Il publie ce très mince ouvrage jaune pâle en 1989 depuis Nice où il réside. À 89 ans cette année-là, il a tenu à rédiger quelques pages à l’adresse d’Apollinaire. On y apprend qu’il a vécu un an rue de Palermo chez ses beaux-parents dans l’immeuble même où Apollinaire s’engagea pour la durée de la guerre. Henri de Lescoët y évoque aussi l’enfance niçoise d’Apollinaire ainsi que le « très attentif ami » René Dalize qui avait dénommé son copain de classe, « le roi de la blague bien fraîche ». S’y ajoutent également quelques illustrations de l’auteur ainsi que son propre portrait exécuté par Cocteau.

Il est établi qu’il est né en septembre 1906 à Anjouan aux Comores mais curieusement un de ses livres, « Le poème fait son poème secret », le rajeunit d’un an en 1907. Peu importe. On sait de lui qu’il a a bourlingué durant durant son enfances aux Indes, à Madagascar ou à Zanzibar. Son père ayant été gouverneur des colonies, ceci explique sans doute cela. Henri de Lescoët commence à publier de la poésie dans la revue « Les Marges », fait la connaissance de Gide et de Cocteau et crée aussi sa plus importante revue, « Profil littéraire de la France ». Et c’est en 1941, après avoir fondé les éditions des Îles de Lérins, qu’il fonde le prix Apollinaire avec un dénommé Joë Bousquet. Dans le petit livre jaune, il laisse aussi entendre qu’il aurait créé le même Prix Apollinaire en Espagne mais nous manquons d’informations à ce propos.

Poète, romancier, artiste, tel était Henri de Lescoët. Le fonds de ses archives est conservé à la bibliothèque universitaire d’Angers. Le descriptif du fonds mentionne qu’à l’initiative du poète argentin Ariel Ferrero, ses œuvres graphiques ont fait l’objet en 1955, d’une exposition itinérante en Argentine, en Uruguay et au Chili. Il a aussi traduit des poètes latino-américains (Ruben Dario, Huidobro, Neruda Undurraga) et a publié pas moins de 22 livres en langue espagnole.

Ce relatif inconnu est décédé en 2001. La remise chaque année du Prix Apollinaire fait que son patronyme se maintient avec le temps. Son affection et son admiration pour Guillaume Apollinaire étaient évidentes. Au point qu’en 1936, dans sa propre maison d’édition, il publie un recueil de poèmes intitulé « Zones » en hommage évident au grand auteur de « Zone » texte qui caractérise le début  « d’Alcools ». Un des rares exemplaires de l’époque, le numéro 14 contient une double dédicace. Sur la page de garde, il dédie en effet son livre à André Salmon, lignes dans lesquelles il prévient l’écrivain et ami d’Apollinaire qu’il trouvera à son intention particulière, un poème de sa main. De cet ouvrage, les spécialistes noteront, hormis le titre, quelques fines influences d’Apollinaire. Sa prose se lit sans déplaisir, ainsi écrivait-il par exemple: « Dans les fleuves, les nuages, le vent/Il renaissait beaucoup de chansons tristes/À l’instant que je découvrais la piste/Peut-être d’un ange dans un tournant. »

C’est avec ce bref éclairage sur Henri de Lescoët que Les Soirées de Paris s’engagent dans le couloir des fêtes de fin d’année. Et reprendront leur cours habituel le lundi 6 janvier. Merci de votre fidélité chers lecteurs.

PHB

(1) Le prix Guillaume Apollinaire a connu différents lieux de célébration (restaurant Drouant, Hôtel Lutetia, café des Deux Magots). Il a été remis cette année à Olivier Barbarant pour « Un grand instant », éditions Champ Vallon

Print Friendly, PDF & Email
N'hésitez pas à partager
Ce contenu a été publié dans Apollinaire, Livres, Poésie. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Le petit livre jaune

  1. philippe person dit :

    Merci Philippe pour ce dernier article de 2019…
    Encore une belle année pour Les Soirées de Paris !
    Je salue tous ceux qui chaque matin se relaient pour m’offrir un peu de ce qu’ils aiment ou connaissent. Je les en remercie et m’en veux parfois de jouer le rôle facile du poil à gratter…
    Qu’ils soient tous remerciés pour leur ferveur à vouloir partager les mets de l’esprit…
    Pour ma part, je suis en train d’écrire sur Bo Widerberg, un cinéaste suédois un peu occulté par l’ombre du géant Bergman dont on réédite la dizaine de films et dont un inédit, « la beauté des choses » sera en salles en janvier ou février…
    « La beauté des choses », quelle belle expression ! Espérons qu’elle sera la marque de fabrique de 2020
    Meilleurs voeux à tous !

  2. Marie-Helene Fauveau dit :

    merci et belle année en poésie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *