Cabaret queer et pop

Hen (prononcer “Heune”), la créature exubérante et transformiste imaginée par Johanny Bert, fait actuellement son show au Mouffetard – Théâtre des arts de la marionnette. Inspirée des cabarets berlinois des années 30 et de la scène performative queer actuelle, cette marionnette altersexuelle se joue avec insolence des images féminines et masculines. Dans un style pop qui lui sied comme un gant, Hen danse et chante sa liberté d’être et d’aimer. Un cabaret déjanté et virtuose !
Sur la petite scène du Mouffetard, un cadre en néon du plus bel effet délimite l’espace scénique. C’est sobre, élégant et efficace. Celui-ci changera de couleur au fil du spectacle. Côté cour, une violoncelliste, côté jardin, un percussionniste. Apparaît alors, manipulée à vue par deux acteurs, une créature faite de mousse, de bois, de métal et de latex, minutieusement sculptée. Parée de cuir, de plumes et de strass, l’extravagante diva s’avère d’une superbe arrogance. Une marionnette subversive, ça existe ? La preuve.

Débordante d’énergie et merveilleusement provocante, Hen semble avoir puisé ses sources d’inspiration parmi des artistes de la trempe de Björk, Brigitte Fontaine, Freddie Mercury ou encore Lady Gaga. Fruit d’une recherche sur les questions d’identité et de genre, ni travesti, ni transsexuel, ni transgenre, Hen est aussi féminine que virile et revendique avec panache le non-genre. “Moi, je suis là / Je suis tel quil, tel quelle / Tel(le?) que le ciel me fit / Il et elle, elle et lui”.
Hors norme, multiple, elle se transforme, grâce à un corps mutant, au gré de ses humeurs et des chansons qu’elle interprète, pour la plupart des créations originales signées Alexis Morel, Prunella Rivière, Laurent Madiot, Marie Nimier, Pierre Notte… mais aussi quelques reprises, parfois des plus surprenantes !
Elle nous raconte sa vie, danse et chante l’amour, les corps, la sexualité en toute liberté, et veut garder espoir, croire en un genre “utopique”. “Je veux créer un morceau d’horizon / Pour des corps toujours prisonniers / que nos yeux soient en ébullition / Quelques soient nos identités”.

Son monde regorge de sensualité. Les mots parlent du sentiment d’aimer et d’érotisme, du plaisir de désirer et du désir de partager le plaisir. Joueuse et effrontée, elle ne manque ni d’humour, ni de dérision, pour nous conter son parcours intime et ses identités variées. “L’amour anatomique”, comme d’autres titres, est un véritable moment de rigolade !
Provocante et crue, Hen peut aussi se monter pudique et romantique. Ses amours ne sont en rien factices. “Je prends plaisir en tout en toi” ou encore “Je t’aime à en crever” sont de belles et émouvantes déclarations d’amour.

Le show se déroule à un rythme effréné, ce qui relève d’une véritable virtuosité, quand on pense que Johanny Bert manipule tout en donnant de la voix ! Saluons ici le talent de ce jeune artiste, tout à la fois comédien, marionnettiste et metteur en scène, et pour l’occasion chanteur, dont le parcours impressionne pour le moins. (1) Son langage théâtral est décidément des plus singuliers !
Ce récit musical, combinant chansons, tableaux visuels et prises de parole, intelligence et excentricité, est particulièrement réussi. Un moment de pur bonheur théâtral !

Isabelle Fauvel

 

 

(1)     A vingt et un an à peine, Johanny Bert crée son premier spectacle dans lequel le langage est déjà une partition visuelle : “Le petit bonhomme à modeler” (2002). Suivront “Les Pieds dans les nuages” (2004), “Histoires Post-it / On est bien peu de chose quand même !” (2005), “Krafff” (2007), “L’Opéra de Quat’sous” (2007), “Les Orphelines” (2009), “L’Opéra du Dragon” (2010), “Le Goret” (2012), “L’Émission” (2012), “L’âge en bandoulière” (2013), “De Passage” (2014), “Elle pas princesse / Lui pas héros” (2016), “Horizon” (2017), “Un qui veut traverser” (2017), “Le Petit Bain” (2017), “Dévaste-Moi” (2017).
Après avoir pris, en 2012, la direction du Centre Dramatique National de Montluçon-Le Fracas, Johanny Bert fut, de 2016 à 2018, artiste associé à la scène nationale de Clermont-Ferrand. Depuis septembre 2018, il est associé pour trois saisons en tant qu’artiste compagnon au Bateau Feu, scène nationale de Dunkerque.

“HEN”, conception, mise en scène et voix : Johanny Bert ; manipulation : Johanny Bert et Anthony Diaz ; musiciens en scène : Ana Carla Maza (violoncelle électro-acoustique) et Cyrille Froger (percussionniste).
Du 22 janvier au 8 février 2020 au Mouffetard – Théâtre des arts de la marionnette. Du mercredi au vendredi à 20h, samedi à 18h, dimanche à 17h

Et en tournée :
– La 2Deuche – Lempdes le 15 février 2020
– La nuit de la marionnette – Théâtre Jean Arp le 29 février 2020
– Les Célestins de Lyon du 20 janvier au 6 février 2021

https://www.theatrederomette.com/creationhen

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