Les données récentes sont étonnantes: grâce aux analyses aimablement fournies par Google, nous nous sommes aperçu que le lectorat chinois des Soirées de Paris, était passé d’une poignée de copains lointains à près de 3000, soit une augmentation de plus de 500% en quelques jours. La Chine passait alors en tête du classement mondial de nos lecteurs. D’ordinaire, c’est le lectorat français qui domine. Après viennent ceux des groupes francophones, des États-Unis ou d’Europe. En tout ils sont huit mille, un peu plus un peu moins, suivant les saisons. Ce chiffre acquis de haute lutte, avait tout à la fois le défaut et l’avantage d’être stable, comme un voilier au long cours porté par vent arrière. Et cette moyenne tenait, constituée de quelques passages à vide et de succès compensateurs. Mais depuis le début du mois de février, la Chine largement réveillée, a tiré nos statistiques vers la barre des 15.000, tandis que la France n’est plus que seconde ou troisième dans les turbulences de la poussée. Ces chiffres hélas, étaient trop étonnants pour être vrais, méritant que l’on sortît la loupe du grand-père afin de mieux comprendre.
C’est une faiblesse somme toute pardonnable de croire au succès. La loupe a en effet révélé ce qui affolait nos courbes: les robots. Ce qui trahit la présence de ces moteurs de recherche devenus intelligents dans les statistiques, c’est le temps de lecture. Alors qu’un lecteur moyen consacre deux minutes et trente secondes pour lire un article, le robot lui, chinois ou brésilien, ne s’attarde pas plus de trente deux secondes. Et encore, durant ce laps de temps, il est susceptible de balayer et de sonder d’un coup, les quelque 3400 chroniques publiées depuis le mois d’octobre 2010. Là où il faudrait au moins quatre jours sans dormir à un humain. Les calculateurs sont imbattables.
On pourrait se sentir désobligés d’avoir tant d’androïdes dans l’assistance. Cependant sur les champs de bataille, les amis et les ennemis sont déjà des robots. Un drone attaque, un autre contre-attaque. Les robots-lecteurs agissent comme des chercheurs, mais aussi comme des précepteurs avec cette intelligence artificielle dont on n’a pas fini d’être gavés.
À part leur présence -modeste- sur les réseaux sociaux, à part une newsletter qui part tous les matins à l’heure du laitier, Les Soirées de Paris n’ont jamais harangué la foule façon crieur de journaux, en vue d’une conquête massive. Tout en se souhaitant à bas bruit une célébrité planétaire (oui une faiblesse), cette revue en ligne se satisfaisait jusqu’à présent de ses quelques milliers de lecteurs, fidèles et exigeants. Un grand club, mais un club quand même, sauf les fauteuils en cuir, les cigares et les glaçons à rafraîchir le martini.
Les robots so smart s’intéressent de plus en plus à notre cas, donnant presque raison à Apollinaire, lequel prédisait dans un poème que les machines se mettraient un jour à penser. Et même à écrire puisque des sociétés, sûrement comme il faut, nous promettent régulièrement par mails interposés, des articles ready made moyennant quelques mots indicateurs et quelques dollars payables en ligne. Céder en rangeant le porte-plume, serait accélérer la fin des temps, mais nous saurons résister et s’il le faut jusque sous notre tente à oxygène, hydratés sous perfusion et intubés jusqu’à l’os.
Les robots ne nous trouvent pas (encore) par goût mais pour deux raisons. D’une part à cause de l’effet iceberg, puisque sous l’article du jour, 3.400 font de la plongée parmi les soupirs des cachalots, suscitant l’appétit et le repérage des dragueurs de hauts fonds. D’autre part en raison des mots-clés que nous parsemons à l’étourdie sans esprit spéculateur. Ainsi tel contributeur ayant un jour de l’an 2017, rappelé qu’Apollinaire ne voulait pas travailler mais fumer (1), ne se doutait pas que les termes allaient servir de balises aussi lumineuses dans le volume dément du monde numérique. Ce qui fait qu’à ce jour, l’article continue inlassablement d’être lu, relu, médité et re-médité. On murmurerait le nom de l’auteur pour le prochain Pulitzer que ce ne serait pas surprenant.
Chaque été avant le départ en vacances, à chaque fin d’année, dans un petit message, nous utilisons le terme, « chers lecteurs ». Il faudra sous peu ajouter « chers robots » afin de se ménager leurs bonnes grâces, surtout le jour où ils frapperont à notre porte en tenue d’ambulanciers pour gens dérangés.
PHB
L’humain s’est toujours dépêtré des diableries techniques qu’il a pu concevoir. Espérons que cela continue…
EXCELLENTEVCOMMUNICATION !
MBT
PS: je ne suis pas un robot .
J’habite en plein PARIS et , ma famille, depuis 130 ans !!!!
Les Soirées de Paris, coqueluche du cyber! Si c’est pour ouvrir les robots à la culture, que restera-t-il aux humains qui n’auront plus qu’à se transformer eux-mêmes en robots pour rester dans la course, et la boucle sera bouclée…
Les robots lisent, ou lissent des mots désarticulés en Tokens en quelques secondes…
« Comme la vie est lente…
Ce qui semble certain en revanche, c’est que tout le sous-texte des chroniques, tout le « non-dit », le « non-exprimé » littéralement, tout ce que nous apportons, tant dans l’écriture que dans la lecture, soit notre conscience qui relie les connaissances, les émotions, les affects, les souvenirs, les réminiscences, les présences d’amis, vivants ou défunts, les plaisirs esthétiques…, tout cela échappe totalement à la machine.
Et l’on ne dira pas que c’est tant mieux parce que cela ne voudrait rien dire. La machine n’est ni notre amie ni notre ennemie. Elle est ce que nous en faisons, et ce que d’aucuns veulent en faire pour ou contre nous.
… Et comme l’Espérance est violente »
Vous devriez cher Philippe tenter un « les soirées d’un robot en Chine », comme article, pour voir si cela fait augmenter vos statistiques…