Sauf à comparer les ADN des pères supposés en allant gratter leur squelette, sauf à tomber sur un écrit certifié que l’on aurait exhumé d’une vieille boîte à chaussures, il reste probable que l’on ne connaîtra jamais l’identité du père de Guillaume Apollinaire. Un livre vient de sortir à ce propos, traquant le mystère en profondeur dans un labyrinthe aux parois flottantes. Intitulé « Le Sphinx et la Nuit », l’ouvrage signé Claude Debon, remet la matière froide sur l’étal des spéculations. Dans les années soixante-dix, elle avait découvert dans les archives d’André Billy, à la bibliothèque de Fontainebleau, une lettre à n’ouvrir qu’après la mort de Jacqueline Apollinaire, l’épouse du poète. Le contenu conférait au premier évêque de Monaco, Monseigneur Charles Theuret (1822-1901), la qualité de géniteur. Ce qui mettait à bas le consensus prévalant jusque-là, prêtant à un certain Francesco Fluigi d’Aspermont, la paternité d’un de nos plus grands écrivains, né à Rome en 1880. Mais dans les deux cas, il y a les éléments qui collent et ceux qui décollent. L’universitaire Claude Debon en fait le tri sans états d’âme, ne cédant pas à la tentation de conclure.
Tout le mérite du livre est d’ouvrir une nouvelle piste et peut-être une seconde. Madame de Kostrowitsky (le vrai patronyme d’Apollinaire) n’avait jamais rien admis sur cette paternité biologique. D’ailleurs avait-elle l’information? Très émancipée, un peu intéressée sur les bords (mais il fallait bien survivre avec deux garçons à élever), la maman connut nombre de conquêtes, au point que le casino de Monaco eût l’occasion de lui faire comprendre que l’établissement tenait à son standing. Dès lors il n’est pas impossible qu’elle-même ait pu nourrir des doutes. Ce qu’il y a de sûr, c’est que la fréquentation de l’évêque fit beaucoup pour la scolarité de ses fils, inscrits dans les meilleurs établissements. Avant que la petite famille ne vînt rejoindre Paris, elle prospéra (ou survécut) sur la Côte d’Azur, entre Nice et Monaco. Apollinaire qui eut l’occasion de revenir dans la région en 1914, avait gardé des bords de la Méditerranée de bons souvenirs, amoureux, olfactifs et gustatifs.
Mais lui-même n’affirma jamais rien sur son père et en souffrit certainement. Notamment parce que sa mère au terrible caractère, dut également se montrer sévère comme peut l’être un papa. Encore qu’elle l’était avec beaucoup de monde y compris avec les amis d’Apollinaire. Ils la craignaient, tout en restant conciliants, car elle savait les nourrir. En tout cas, Claude Debon s’est attaquée au mystère avec opiniâtreté et méthode. Elle note aussi, dans ce livre recommandable (on l’aura compris), que rien dans le visage de l’évêque ne permet de détecter un indice de ressemblance probant.
La seconde hypothèse évoquée dans ce livre a retenu notre attention: celle de François Accica (1854-1933) autre Italien dont le vrai prénom est Francesco, tout comme le Francesco Fluigi d’Aspermont, ce qui nous en fait deux. Cet Accica était chanoine, curé de l’église Saint-Charles à Monaco et collaborateur de Theuret, ainsi qu’il est précisé dans l’annuaire de Monaco en date de 1889 que nous avons consulté. D’après ce que mentionne Claude Debon, c’est Apollinaire qui aurait lâché ce nom lors de son audition en 1911 dans l’affaire des statuettes volées au Louvre. Ment-on devant un juge d’instruction? La question ferait sourire maints avocats. Mais là encore le secret tient, pour Guillaume comme pour son frère Albert. Seule l’identité de la mère est sûre entre les deux.
Afin d’apporter notre grain de sel, nous avons peut-être déniché une photographie de François Accica. Si c’est bien lui, il apparaît dans une photo de groupe sur le site « Des prêtres de l’Ordre de la Mère de Dieu ». La résolution du cliché étant trop basse, nous avons demandé à une IA de se mettre au travail afin d’avoir un gros plan satisfaisant sur un homme ayant atteint un âge probant dans les années vingt à trente. Le texte (en italien) le désigne et son habit est bien celui d’un chanoine, portant la barrette noire. Dire que son visage rappelle celui de Guillaume Apollinaire serait exagéré. Sollicité, le site n’a pas répondu.
Disons que ses arcades, ses pommettes, un côté réfléchi et dans une moindre mesure sa mâchoire, ne sont pas sans chérir l’hypothèse d’une paternité. Sauf qu’à trop chercher on est parfois victime d’hallucinations. Et c’est là tout le bénéfice du livre de Claude Debon: celui de s’en tenir aux faits tangibles.
PHB
The Poet Uncovered
Upon the rocks of St Helena, the Eagle sat in chains,
Empire reduced to mould and wind-swept rains.
Yet whispers echo of a moving shadow,
escape from exile into fading light,
leaving history to record a faux bedridden death,
while the Emperor breathed a free, clandestine breath.
Meanwhile, in the gilded halls of Vienna’s court,
his young son, now Franz, King of Rome, found his freedom cut short.
A reduced captive of his mother’s line,
bound by Austrian design, fearful of his early promise,
the Habsburgs kept the Duke of Reichstadt caged, protected from his father’s name,
lest a martial France should rise again.
Yet blood is a river that walls and lies cannot contain,
and for the fruit of Franz’s secret love,
beyond Austria’s formal glare,
Rome offered its discreet care,
before the next to follow flew,
onward to the grand salons of Paris.
From this hidden, tangled vine, in part the Vatican’s design,
stepped a child of the new century, a man of fierce agility, a poet for the age,
who tore the rules of art apart.
A friend to Picasso and Braque, moving through the avant-garde,
he coined the words of Cubism, a brilliant, untethered bard.
JJM
My late Mother was Jolanta Lew-Ostik Kostrowicka. My understanding of Apollinaire’s origins is reflected in my books:
The Flight of Eagles
Poetry in the blood
A Man of Power and a Lioness of The Cross
JJM