Forcément, lorsqu’il s’agit d’un concours d’élégance, il y a ce qui sied et il y a ce qui dépare. Pour le concours Schlumpf qui devrait avoir lieu en fin du mois à Mulhouse, les organisateurs indiquent sur leur site qu’il n’est pas question d’imposer un dress code mais que l’événement est, comme son nom l’indique, une occasion de se faire plaisir, de louer la distinction en la personnifiant autant que faire se peut. On se souviendra à cet égard du film de Patrice Leconte, « Le parfum d’Yvonne », dans lequel l’excellent Jean-Pierre Marielle emportait un trophée du genre smart grâce à son automobile décapotable de luxe. L’histoire était tirée d’un roman de Patrick Modiano « Villa triste ». Dans ce film plutôt plaisant, contrairement à ce que qu’avaient pu dire à l’époque certains critiques chagrins, il y avait justement cet éloge de la parade du goût, mêlant automobiles, tenues, couples et même chiens de luxe. En vieil homosexuel se prétendant la reine des Belges, Marielle jubilait dans son rôle, enrageant de ne pouvoir nouer sa cravate et disant pour s’excuser: « Il y a des années cher monsieur, où la soie sauvage n’en fait qu’à sa tête. » Le site de la prochaine manifestation à Mulhouse, précise que les choses genre joggings, bermudas et tee-shirts à message ne seront pas autorisées.
Ce qui est le cas également lors de grands prix hippiques, lors desquels les participants sortent le haut-de-forme. Et on sent bien que de leur côté, les participantes n’ont pas improvisé leur tenue vestimentaire le matin au saut du lit. Elles sont coiffées par des créateurs et le chapeau choisi est finement adapté. On y a vu des étourdis en blazer mais en jean-baskets, se faire gentiment refouler ou en tout cas se faire toiser avec un mépris qu’à tout prendre, on trouvera réconfortant.
Ces histoires de parades pour gens non démunis (si l’on parle par litote) seraient historiquement une spécialité française dont la base serait l’exhibition de la plus belle calèche. Mais on peut quand même dire que de tout temps, y compris lorsque César recevait du monde, on veillait à faire repasser sa toge, astiquer le char à deux places et lustrer la robe du cheval-tractant. Toutes les occasions sont bonnes et chacun s’étant déjà fait inviter dans les palais républicains, a pu remarquer que le carton d’invitation comportait aussi un dress code. Sachant qu’il y a encore quelques lieux à Paris où la cravate est obligatoire, bien qu’un certain relâchement a déjà été observé çà et là: le monde craque.
Les concours d’élégance sont répertoriés en France, par un organisme dont l’acronyme est FFVE (Fédération Française des véhicules d’Époque). Laquelle livre un calendrier de 27 événements pour 2026, dont 5 pour les motocyclettes. Les deux catégories ont leur label, en style chic-vintage.
Il est quand même révélateur de n’en compter que 27, dont le seul objectif est une mise soignée, à la différence du dress code fait pour accompagner une soirée ou quelque réunion privée. Vingt sept c’est effectivement peu, la FEVE admettant sur son site que les concours de standing sont « tombés en désuétude ». Le « paraître » a eu ses excès il faut bien le dire et les mirliflores gandins et autres gommeux ont disparu dans le même temps de notre vocabulaire, alors qu’à bien réfléchir, ces dénominations pourraient tout à fait resservir. Les personnes éligibles ne manquent guère.
En revanche, pour tout ce qui est contraire à l’élégance, nous sommes un peu débordés et l’on ne compte plus les compétitions spontanées dans ce domaine. Il n’y a pas lieu d’organiser de concours. Dans le domaine du moche, la course est permanente, les accès sont libres. La grosse différence avec les rassemblements qui nous intéressent, est qu’il n’y a ni gagnant ni remise de prix. Tout le monde est lauréat dans le monde merveilleux où des nantis s’amusent de surcroît à jouer les traîne-patins.
Sur la question de l’élégance, Friedrich Nietzsche (1844-1900) s’était exprimé. Il avait expliqué en l’occurrence, que le contentement induit par le fait d’être bien habillé enclenchait l’imitation, débouchant par enchaînement sur la mode. Lui-même d’ailleurs était d’une époque où le débraillé n’était pas admis, de l’instituteur jusqu’au ministre.
Ajoutons pour finir que le costume et la robe ne sont rien si l’état d’esprit n’est pas assorti. On a vu maints personnages bien habillés, se comporter comme des cuistres phraseurs, des goujats crâneurs ou des bouffons passablement pédants. Il faut non seulement le plumage, le ramage mais aussi le mental. C’est tout un boulot.
PHB
Il y a le plaisir de vous lire, celui aussi du souvenir de ce temps-là quand celui des yeux n’était pas autant perturbé qu’aujourd’hui. Celui de l’élégance des gens modestes bien coiffés dans leurs habits de dimanche. Il y a aussi la détermination de faire autrement dans chacune de mes prochaines vies, elles se devront nombreuses pour atteindre une érudition semblable à la vôtre. Peu nombreux sont ceux qui ont échappé au redoutable continuum qui a format(t)é l’humanité aux saintes et moins saintes écritures et autres endoctrin(n)ements dont celui de la nécessité de perdre leur vie en la gagnant, épuisés au point de ne plus pouvoir se réjouir à la lecture qu »‘il y a des années où la soie sauvage n’en fait qu’à sa tête ». J’ai passé un très bon moment. Merci.