Physionotraces pour mémoire

Comme dans le film « Amélie Poulain » où la protagoniste s’acharne à retrouver l’identité d’un tirage Photomaton, nous avons dû insister un peu pour connaître l’identité de la personne ci-contre. Première surprise, ce médaillon est un physionotrace. Un système qui juste avant la découverte de la photographie via Nicéphore Niepce (1765-1833) et même un peu pendant, a permis de portraiturer toute une série de personnes. Cela ressemblait aux prémices de la photo puisque pour ce faire, le sujet devait poser devant un genre de proto-objectif, sans verre mais avec viseur. Le tout se terminait sur une plaque de cuivre que l’on livrait au client. Celui-là, avec un niveau de certitude élevé, on peut penser qu’il s’agissait d’un certain de Fréminville. Un homme qui avait été trésorier de l’Hôtel des Invalides, de même que son neveu, avant la Révolution. Au verso du médaillon il est d’ailleurs marqué « Mon oncle Frémin… » la suite est partie avec un morceau de papier, d’où une légère incertitude.

Ces renseignements figurent sur un précieux document imprimé en 1932 et hébergé par la BnF. L’auteur, René Hennequin, se présentant comme avocat et secrétaire de la Société académique de l’Aube, avait dressé un catalogue de 1800 estampes gravées de 1788 à 1830 où figurait notre trésorier Fréminville. Sur sa fiche, on y apprenait en outre que l’épouse de son neveu était première femme de chambre de Madame Royale soit Marie-Thérèse Charlotte, fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Il paraît que la reine l’appréciait, selon les renseignements lus sur la fiche.

En tout cas, après avoir ouvert le médaillon, nous avons pu lire sur le pourtour du papier: « gravé par Quenedey, Rue Neuve de Petits Champs no 15 à Paris », la date étant illisible. Ce Quenedey était la référence cataloguée par Hennequin. Coïncidence mais sans doute pas, on apprend par ailleurs qu’Edme Quenedey des Riceys était originaire des Riceys, donc dans l’Aube lui aussi, région par ailleurs bien connue pour son champagne et notamment son rosé, réputé le meilleur du monde ce qui est vrai.

Dans son catalogue qui met en perspective l’invention du physionotrace avec l’invention de la photographie, il est détaillé le fonctionnement mécanique de la reproduction de portraits. Et on y voit surtout Gilles-Louis Chrétien (1754-1811), physionotracé, l’inventeur du procédé et d’une certaine façon, précurseur du selfie. Le système sera copié et même exporté aux États-Unis où l’on croit comprendre qu’il connut le succès en attendant la photographie qui allait progressivement tout balayer. On estime qu’en France, il y en eut entre quatre mille et six mille avec cette difficulté que souvent, il n’est pas commode ou impossible d’identifier le portraituré. Grâce soit donc rendue à toutes ces personnes qui, sur une toile peinte, une sculpture, un physionotrace ou une photographie, avaient compris (et comprennent toujours) l’utilité d’une légende. Même s’il en est des fausses, même s’il y a des erreurs, ce qui fait qu’il est toujours utile de procéder à des ultimes vérifications auprès des ultimes témoins avant qu’ils ne rendent leur dernier soupir.

Figure aussi dans ce catalogue le portrait d’Edme Quenedey. Intéressante figure dans la mesure où sans apprêts, elle se distingue des autres, sans les codes de la bourgeoisie distinguée, révolutionnaire ou pas. Il y est marqué qu’il s’est dessiné lui-même et qu’il a fait appel à un graveur nommé Soliman Lieutaud. Peut-être s’agissait-il d’un essai. La Fayette, Stendhal, Madame de Staël ou Cherubini sont passés devant lui. La valeur historique de l’ensemble ayant figé les acteurs d’une époque, connus ou banals, constitue un trombinoscope exceptionnel.

Sur le remarquable portrait ci-contre mais cette fois hébergé par le ministère de la Culture, on découvre un homme à l’air aimable, sérieux, mais le sourire n’est pas loin. Digne mais affable, il regarde de la droite vers la gauche. Et on ne sait pas qui il est. La fiche (2) du ministère se contente de recopier la légende, « Portrait au physionotrace représentant un homme en buste de profil ». Pas de date mais une dédicace: « À l’amitié ».  Voilà un homme qui, en plus d’être élégant, avait quelque valeur. Faisons lui ce crédit, les anathèmes partent tellement vite ces temps derniers. Tant d’archers en effet courent les rues prêts à diffamer et à tuer tant de gens sous la bannière de n’importe quelle bonne cause.

                                                              PHB

(1) Voir le catalogue

(2) La fiche du portrait «  »À l’amitié »

Photo: (1) ©PHB (2) Ministère de la Culture

 

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