En avril 2026, comme près de 800.000 visiteurs annuels du monde entier, je me suis rendue à environ 50 km de Séoul pour visiter la DMZ (zone démilitarisée). Depuis 1953, elle sépare Corée du sud et Corée du nord, le long du 38e parallèle. Large de 4 kilomètres, soit 2 km de chaque côté de la ligne de démarcation, la DMZ traverse le pays d’est en ouest sur 248 km. Poste d’observation sur le voisin du nord pour les militaires, c’est aussi un site historique majeur et une aire présentant une biodiversité rare. Ce tracé n’est pas sans rappeler le Rideau de fer coupant l’Allemagne en deux en 1949 et la curiosité qu’il suscitait côté ouest où familles allemandes se rendaient au bord de ce no man’s land émaillé de barbelés, de barrières et de miradors. La réunification de la RFA et de la RDA eut lieu en 1989. Un espoir pour la Corée? Bien que la reprise de la guerre de Corée ait pu être évitée malgré les échauffourées qui ont eu lieu au fil du temps le long de la frontière, on peine à l’imaginer. Kim Jong-un, « petit prince rouge » et grand dictateur, a qualifié, début 2026, la Corée du Sud d’«État ennemi le plus hostile», alors que le président sud-coréen appelait à reprendre le dialogue. Kim a également supprimé de la dernière version de sa constitution la clause mentionnant que la Corée du Nord « se bat pour réaliser l’unification de la mère patrie ».
Si la visite de la Zone démilitarisée est faite dans une optique de « voyeurisme », autant le dire d’emblée, il n’y a rien à voir à la DMZ. Aucune trace de vie décelée côté nord depuis le poste d’observation. Les longues-vues de son toit-terrasse permettent à peine aux touristes de distinguer une ville fantôme qu’on dit n’être là que pour faire croire à la richesse et au bonheur nord-coréen. La JSA (Joint Security Area), seul endroit de la DMZ commun au nord et au sud et lieu de signature de l’armistice et des pourparlers entre les deux partis, est fermée aux visiteurs depuis des années en raison d’incidents. C’était la seule occasion de voir des soldats nord-coréens de près.
Rappelons qu’en 1945 après la reddition du Japon, la Corée est divisée en deux à hauteur du 38e parallèle. En 1948, la République de Corée et la République populaire démocratique sont créées respectivement au sud et au nord de la DMZ. Le 25 juin 1950, une attaque surprise du nord débouche sur l’occupation de la quasi-totalité de la Corée du sud à la mi-juillet. Conflit hautement idéologique de la guerre froide! Intervention condamnée par l’ONU qui constitue une force multinationale pour revenir à la frontière initiale. Victorieuse, la force multinationale poursuit vers le nord jusqu’à la frontière chinoise. Cela provoque en octobre, l’entrée en guerre massive de l’armée de volontaires chinois qui repousse à nouveau les troupes de l’ONU sous le 38e parallèle et ainsi de suite. Le conflit devient alors une guerre de positions autour du 38e parallèle. Des négociations sont initiées et débouchent sur un armistice en juillet 1953, armistice jamais suivi d’un traité de paix.
Il n’y a rien à voir à la DMZ, pourtant la visite de ce lieu symbolique est un point marquant de tout séjour en Corée. Elle permet de mieux concrétiser les divisions politiques qui régissent toujours le monde. Les photos sont interdites? Vous pourrez photographier des stèles mémorielles et la locomotive à vapeur, criblée de traces de balles, d’un train qui livrait du matériel militaire pendant la guerre de Corée. Vous pourrez fouler le tronçon sud-coréen du « Pont de non-retour », utilisé pour l’échange de prisonniers après l’armistice en 1953. Son nom vient de l’ultimatum donné aux prisonniers de guerre prêts à être rapatriés: tout retour était impossible après la traversée du pont.
Enfin, vous pourrez parcourir le 3e tunnel d’interception creusé profondément dans la terre sous la DMZ. En 1974, un transfuge nord-coréen avait averti du début de construction par la Corée du nord d’un tunnel d’invasion militaire de la Corée du sud passant sous la DMZ. En 1978, ce tunnel put être localisé par la Corée du sud et grâce à un tunnel d’interception de 1,6 km qu’il fallut trois mois pour construire, on put rejoindre la portion de 265 m du tunnel d’invasion déjà construite côté DMZ-sud et le boucher.
Si les échanges entre le Nord et le Sud sont aujourd’hui au point mort, des événements dramatiques ont pu pousser la Corée du nord à s’ouvrir. Lors de la famine de 1994 à 1997, elle a demandé de l’aide internationale pour la première fois de son histoire. Les Sud-Coréens soucieux de leurs familles du Nord se sont particulièrement mobilisés. Ainsi Chung Ju-yung (1915-2001), président-fondateur du groupe Hyundai, qui a participé grandement à cet effort de réconciliation. Né en Corée du nord, Chung Ju-yung s’était enfui à Séoul adolescent en vendant une vache qu’il avait volée à son père. En 1998, il a financé à la DMZ la construction du Pont de l’unification et a franchi la frontière avec un troupeau de 1001 vaches à offrir à ses voisins du nord pour s’acquitter de la dette qu’il avait envers son père.
Lottie Brickert

Il y a une vingtaine d’années, j’avais pu rendre visite à un diplomate suisse et un diplomate suédois qui travaillaient dans la DMZ : après l’armistice entre les deux Corée, 4 représentants diplomatiques y résidaient, 2 pour le bloc de l’Ouest et 2 pour le bloc de l’Est (Pologne et Tchécoslovaquie de mémoire). Puis le bloc de l’Est avait explosé. Qui pour succéder à ses représentants du maintien de la paix ? Pour passer le temps, ces diplomates tapaient des balles de golf et observaient la nature… près de la DMZ il y avait une gare flamboyante en prévision d’un possible raccordement ferroviaire, financée et inaugurée par George Bush. Elle ne servait à pas grand-chose
Merci Lottie, très bonne narration de l’esprit qui règne autour de ce mur sinistre!
Suzy
Ignorant de l’histoire ancienne de la Corée, j’avais pleinement profité du précédent récit de voyage au royaume du Silla.
On se demande où en sont les traces humanistes quand on plonge dans la DMZ quelques siècles plus tard. Avec un froid dans le dos quand on réalise que les ingrédients du conflit pèsent toujours sur l’actualité. Merci Lottie. Tu as su terminer chaleureusement avec le geste qui honore Chung Ju-yung.
Bonjour Lottie! J’ai eu un peu froid en lisant ton récit, mais les 1001 vaches m’ont réchauffée.
J’adore lire tous tes récits de voyage.
Regina