La scène de crime était presque parfaite

9 décembre 2001, Durham en Caroline du Nord, Etats-Unis. Dans une villa très chic vit  un couple connu et respecté. Kathleen Peterson est cadre dans une grande entreprise américaine, son mari Michael est un écrivain réputé, engagé dans la vie politique locale.

Un appel dans la nuit aux Urgences. «Venez vite, elle est tombée dans l’escalier ». «Calmez-vous monsieur»/«Envoyez-moi des secours»/«Calmez- vous, une ambulance est partie, dites-moi si la personne respire encore 

Kathleen Peterson git comme un pantin désarticulé au pied d’un escalier étroit, il y a du sang partout, sur les murs aussi. Accident, meurtre ? Que s’est-il passé ? Michael Peterson clame son innocence, il sera arrêté puis jugé en 2003.

Un journaliste français, Jean-Xavier de  Lestrade va filmer le procès jusque dans ses derniers rebondissements. Un film en sortira, «Soupçons, la dernière chance» qui va être diffusé en prime time le 30 janvier sur Canal + (et disponible  à la vente le 6 février chez Montparnasse édition). Un regard passionnant sur la justice, mais aussi sur l’homme, que la prison va user, affaiblir mais peut-être aussi lui donner  davantage d’humanité.

Ce «polar du réel» commence comme  un thriller classique, Un notable inculpé pour le meurtre de sa femme. Au fil de l’enquête,  on le découvre traînant sur des sites de rencontres gays. Et surtout on apprend que 17 ans auparavant sa compagne de l’époque, Liz Ratliff avait aussi trouvé la mort après une chute dans un escalier… Deux morts si semblables cela fait beaucoup,  pour un seul homme … même si les filles de Liz ont été adoptées ensuite par Kathleen ! Et puis il y a ce sang qui macule la cage du petit escalier et quatre blessures atroces que l’autopsie va découvrir une fois le crâne de Kathleen Peterson rasé. Pour l’accusation, les faits sont là, elle a été frappée avec un pic-feu.

La caméra de Jean-Xavier de Lestrade, filme sans prendre parti, montre cette famille recomposée et soudainement décomposée par le drame.

10 octobre 2003, le jury revient dans la salle, son verdict est sans appel, Michael Peterson est condamné à la prison à perpétuité sans possibilité de libération. Pour lui va commencer l’enfer carcéral, 28 détenus sur des lits superposés  et deux WC pour une même salle. A l’extérieur, ses avocats vont d’appel en appel toujours déboutés, lui dans sa prison élabore ses petites stratégies de  vie au quotidien, se lever à cinq heures pour chier tranquille avant la débandade de six heures quand tout le monde se précipite aux latrinex, un exemple comme un autre, et avec comme seule perspective, l’éternité du néant  devant lui.

Coup de théâtre, en 2010 un homme qui a passé 17 ans en prison, Greg Taylor vient d’être innocenté par une commission en révision. Un agent du SBI (l’équivalent du FBI pour la Caroline du Nord), Duane Deaver l’expert de la police scientifique est convaincu d’avoir manipulé les résultats de ses analyses à charge pour l’accusé.

Or Duane Deaver était responsable de la police scientifique qui a enquêté sur l’affaire Peterson. Enfin une brèche à travers laquelle, les avocats peuvent enfin se précipiter. La justice va-t-elle enfin pouvoir se prononcer sur l’opportunité d’un nouveau procès ?

Décembre 2011, La cour pendant quatre jours va se pencher sur ce qui ressemble fort au procès des experts. Sur les vidéos on voit ainsi comment la police scientifique va s’acharner sur le short de Michael Peterson pour pouvoir  y reproduire les traces relevées après le crime. On les voit frapper une éponge imbibée de sang ! Un expert de la défense remarquera que toute éponge frappée violemment ne peut que faire des éclaboussures. On verra même un agent du SBI esquisser un pas de danse après avoir réussi à reproduire une trace convoitée. Les «experts» ne cherchent pas des indices nouveaux pour comprendre ce qui s’est passé, ils reconstituent ce qu’ils voient.

Si Duane Deaver se réclame de l’expérience de 200 dossiers, on va découvrir que ladite expérience ne se limite qu’à 36 dossiers entre 1987 et 2003, et encore, ne  s’est-il déplacé que 17 fois sur les scènes de crime.

La séance va reprendre, le juge prend place.  Va-t-il renvoyer Peterson  mourir en prison, ou va-t-il décider la tenue d’un nouveau procès ? Auquel cas Peterson sera libéré sous caution. Et après ? L’accusation pourra laisser  tomber les charges, ce sera alors un non lieu (comme ce fut le cas pour DSK). Le procureur peut décider de rejuger le crime mais sachant que l’accusation  sera affaiblie par  les expertises du SBI qui ont été invalidées. La Cour pourrait enfin proposer à Michael Peterson de se déclarer coupable d’une mort sans intention de la donner, une mauvaise dispute que les huit ans de prison passeraient en pertes et profits, et l’affaire se terminera ainsi…La justice à l’américaine ! 

Le FBI  a mené une enquête sur la section scientifique dont  le résultat est affligeant. Mais au-delà du déni de justice Jean-Xavier de Lestrade dans un entretien qui suit  le film, pose la vraie question, la pierre angulaire de l’enquête judiciaire reposait sur l’obtention des aveux or le développement de la police scientifique ne se substitue-t-il pas à tous le reste ? Sauf que les experts sont aussi des hommes avec leur faiblesse leur carriérisme, l’envie de prestige ou pire encore possédés par une mission dont ils pourraient se croire investis.

La salle se  plonge dans un pesant silence. Le juge va prononcer son  verdict…

Soupçon la dernière chance/Un film de jean-Xavier de Lestrade/Diffusé le 30 janvier 2013 sur Canal +/DVD des Editions Montparnasse/A partir du 6 février

A signaler : du même auteur /Un coupable idéal  (2000)/Oscar du meilleur documentaire/Une femme est abattue d’une balle dans la tête,  un jeune noir de 15 ans s’en allait postuler pour un boulot. Il sera le coupable idéal/www.editionsmontparnasse.fr

 

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4 réponses à La scène de crime était presque parfaite

  1. Bruno Philip dit :

    Nous respirons encore

  2. marie j dit :

    Et quand on n’a pas Canal +, on fait comment pour savoir la fin ??????

  3. anchorage dit :

    In awe of that answer! Really cool!

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