L’infra-ordinaire au bon air de Ménilmontant

C’est lui qui fait l’affiche de l’exposition d’art contemporain en cours au Pavillon Carré de Baudouin jusqu’au 19 mai. De loin c’est une grosse tache ronde sur le mur du premier étage. De près ce sont de fines particules de crayons de couleur fixées directement sur le mur. Il s’appelle Mathieu Roquigny et expose trois de ses œuvres dans cette belle maison du 18e juchée tout en haut de la rue de Ménilmontant.

Avec l’art contemporain on s’ennuie rarement, c’est une constante plaisante. Les matériaux utilisés par les artistes réunis sous l’enseigne « tout est là » sont parfois si minimalistes qu’il est possible de passer à côté d’une œuvre. Celles de Mathieu Roquigny sont curieuses et drôles par les matériaux employés et finalement, pour deux d’entre elles, convaincantes. Après celle utilisant les particules fines de crayons à papier, cet Amiénois d’origine a longuement mâché du chewing-gum pour l’insérer en étoile ou en en circuit dans ce qui ressemble fort à des plaques d’asphalte.

Oeuvre avec chewing-gum de Mathieu Roquigny. Photo: LSDP

Amusant, mais moins lorsqu’il a fait glisser des glaçons sur une surface verticale attendant qu’ils fondent et qu’ils sèchent pour fixer l’œuvre. Le résultat est moins probant, décidément. Avec des escargots peut-être…

Cette exposition -gratuite- permet de se distraire agréablement parce que l’on s’y promène de surprise en surprise. On passera vite devant la grande feuille bleue de papier froissé de Michel François. Il paraît qu’elle vient d’une série plus « vaste » qui, « loin de se cantonner au papier, fige le mouvement de compression et décompression manuelle de la feuille de dans du plâtre ou encore dans du caoutchouc ». D’accord c’est noté.

Le monolithe de Estrella Estevez. Photo: LSDP

On préférera nettement le monolithe noir recouvert de poudre de charbon de Estrella Estevez. Originaire d’Argentine mais vivant  Paris, elle livre ici, en direct de sa série de menhirs, un clin d’œil au monolithe mystérieux de « 2001, l’Odyssée de l’espace », le film de Stanley Kubrick. Comme dans le film d’ailleurs il en impose dans cet ensemble hautement contemporain qui occupe tout le deuxième étage.

Rien de moins ostentatoire en revanche que les fins découpages d’itinéraires prélevés à partir de cartes Michelin et mis en scène par Charles Lopez. Comme pour les particules de crayons de Mathieu Rocquigny, il faut avoir le nez dessus pour réaliser qu’il s’agit bien d’une œuvre, assez originale par sa démarche. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que le commissaire de l’exposition, Pauline Guelaud fait allusion à la notion de « infra-ordinaire » jusqu’au principe de « l’infra-mince » cité par Marcel Duchamp dans ses Notes. Une fameuse référence. Pour sa conclusion, Pauline Guelaud se sert également des termes « utopie » et « humour » deux termes précieux en ce qu’ils permettent de visiter cette exposition avec une décontraction utile.

Retenons nous de tout dévoiler pour ménager des surprises à ceux qui feraient le déplacement (ils auraient raison), mais, mentionnons tout de même herman de vries  (sans majuscules) qui ouvre l’exposition avec cette oeuvre attachante baptisée « from earth, mont plaisir, mahé ». C’est presque un monochrome car il y a des nuances, il a été réalisé par frottage de terre sur papier. Là aussi, la simplicité a guidé l’artiste, conférant à l’œuvre un charme certain. Il est permis d’être plus dubitatif sur un brin de paille traversant un cadre sur fond blanc. A chacun de faire ses comptes.

Le pavillon Carré de Baudouin. Photo: LSDP

Tout cela se situe donc au Pavillon Carré de Baudouin, à l’angle de la rue des Pyrénées et de la rue de Ménilmontant. Un bien bel endroit pour (parfois) de belles ou étonnantes rencontres plastiques. Toujours instructives néanmoins.

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