Jusque dans le lit de Picasso

Il y a quelques tendances lourdes dans la série de bande dessinée consacrée à Picasso. Sur les trois albums désormais sortis, le poète Max Jacob est omniprésent. Il l’est au moins autant qu’Apollinaire dans le deuxième album sous-titré « Apollinaire » et aussi dans le troisième album qui vient de sortir en librairie. Les deux amis (ce qui fait trois avec Picasso) apparaissent généreusement sur pratiquement toutes les pages et ceci bien que le dernier opus s’intitule « Matisse ».

Cette série de « Pablo » signée Julie Birmant et Clément Oubrerie a le gros avantage de nous transporter dans cette époque formidable, de nous inviter à leur table, de nous mettre dans leurs pas et quelquefois dans leur lit…

Oui dans leur lit avec Fernande Olivier, modèle et amante de Picasso, ce dont on ne saurait se plaindre tant elle est joliment dessinée.  C’est une série vraiment bien racontée avec une mise en images qui nous fait basculer dans l’action. Nous y sommes lorsqu’un après-midi d’hiver, Picasso et Fernande Olivier croisent Apollinaire au volant d’une voiture avec sa mère à ses côtés.

Extrait du troisième album « Pablo ». Photo: LSDP

« Montez les enfants » leur dit Apollinaire qui les emmène alors dans cette villa du Vésinet aujourd’hui disparue. Sa mère faisait partie de ces marquises, comtesses et autres baronnes plus ou moins authentiques qui pullulaient à cette époque fantasque et rigolote. Dotée d’un fort caractère « c’est vrai, ta mère te mets encore des baffes ? » demande Picasso à Apollinaire, elle faisait tourner son monde à la baguette et impressionnait jusqu’à l’inhibition les amis de son fils.

Encore une fois c’est tout l’intérêt de ce dernier album que de nous emmener par exemple dans cette maison du Vésinet (presque un palais) recréée à la plume et à au pinceau mais aussi de nous faire débarquer à dos de mule dans un village perdu d’Espagne où Picasso et Fernande Olivier s’étaient retirés un temps. Lorsqu’ils y sont à table, le talent des auteurs fait que nous jouons les convives invisibles.

L’ensemble des personnages est très réussi avec une mention spéciale évidemment pour le protagoniste dans ses années de jeunesse, affamé de nourriture, de sexe et de peinture. Son génie indiscutable, bête insatiable, est parfaitement restitué avec ce regard à part qui lui fait dire « je vois tout » tandis qu’en légende les deux auteurs ont inscrit : « Picasso se sentait devenir chaman ».

La série des trois « Pablo » en vitrine d’une librairie. Photo: LSDP

Finement calculé à seize euros et quatre vingt quinze centimes, ce troisième volet est presque meilleur que les deux premiers car l’on sent que l’histoire va bientôt atteindre sa vitesse de croisière. Il serait d’ailleurs temps que hôtesse et stewart nous apportent un petit plateau car toutes ces aventures, y compris les nuits d’amour, ça creuse.

 

Chez Dargaud. Relire l’article sur le numéro un.

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3 réponses à Jusque dans le lit de Picasso

  1. jmcedro dit :

    L’ogre Apollinaire et la bête Picasso sont peut-être un peu bruts. Mais la série vaut aussi par tous ses personnages secondaires, petits maîtres et rimailleurs, collectionneurs (dont les Stein, tout de même) et marchands, le populaire de la butte… Et par dessus tout sans doute, Max Jacob, dont la fantaisie touchante vole la vedette par instants aux deux géants…

  2. Catherine Frémiot dit :

    merci pour l’info! je ne savais pas que des BD étaient sorties sur Picasso et cette période!

  3. Ping : Les 26 faces de Guillaume Apollinaire | Les Soirées de Paris

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