Picasso encore et encore

Picasso portrait intime. Photo: Les Soirées de ParisIl y a des histoires dont on ne se lasse jamais. Celle de Picasso a beau avoir été peinte et repeinte de nombreuses fois par l’écrit, la photographie, la bande dessinée et très au-dessus de tout par ses œuvres, à chaque fois on marche. Comme le disait en substance sa compagne Françoise Gilot dans un interview à Paris Match en 2012, on pourra dire ce que l’on veut de Picasso mais ce n’était pas quelqu’un de «médiocre». Une évidence.

Arte Editions et Albin Michel viennent de publier un ouvrage sur l’homme, « Picasso portrait intime », rédigé par son petit-fils Olivier Widmaier Picasso. Quelque 300 pages qui peuvent se dévorer dans la journée.

Le livre est divisé en plusieurs chapitres, sur ses femmes, la politique, la famille, l’argent, la mort et l’éternité. Il est en outre jalonné par ses nombreuses œuvres et des photographies. Parmi les femmes de l’artiste figure Marie-Thérèse Walter dont il aura une fille, Maya, mère de l’auteur Olivier Widmaier Picasso. Il l’aborde au mois de janvier 1927 alors qu’elle sort des Galeries Lafayette. Cette relation avec cette femme «mince et sportive ce qui est exceptionnel  à l’époque» écrit l’auteur, débute dans une clandestinité que seule la peinture trahira.

Le livre présente en pleine page un portrait de «Marie-Thérèse au béret rouge» réalisé en 1937, une merveille dont il est notable que Picasso la déstructure à peine.

Portrait de Marie-Thérèse Walter extrait de "Picasso Portrait Intime". Arte Editions et Albin Michel. Photo: Les Soirées de Paris

Portrait de Marie-Thérèse Walter extrait de « Picasso Portrait Intime ». Arte Editions et Albin Michel. Photo: Les Soirées de Paris

Olga, Dora Maar, Jacqueline Roque, Françoise Gilot entre autres, seront une source d’inspiration extraordinaire mais les portraits d’enfants, (Paulo, Maya, Paloma, Claude…), frappent également par leur stupéfiant résultat. «Claude dessinant, Françoise et Paloma», une peinture réalisée en mai 1954, laisse bouche bée par la mise en scène, le cadrage, la sobriété, la juxtaposition si juste et si osée des aplats.

Se replonger ainsi dans l’univers artistique de Picasso est, comme à chaque fois, singulièrement revigorant. On a beau avoir déjà fait le voyage, la croisière délivre toujours des détails que l’on ne connaissait pas ou que l’on avait oubliés. On aime cette peinture généreusement offerte dans le livre et beaucoup aussi ces photographies dont celles de David Douglas Duncan (1) et celle aussi merveilleuse que célèbre prise par Robert Capa sur la plage de Juan les Pins où l’on voit Picasso abriter une Françoise Gilot rayonnante sous un parasol.

Ce livre qui, c’est une litote bien sûr, ne déparera pas la bibliothèque de son acheteur, vaut pour ce qu’il promet, l’intimité de l’artiste. C’est vrai pour l’imposant chapitre consacré à ses compagnes et aussi beaucoup pour celui logiquement mêlé de sa vie familiale.

Avec l’argent ou la politique qui complètent l’ensemble, l’envoi est plus anecdotique et même refroidit un peu l’ardeur enthousiaste du lecteur face aux histoires d’héritage, de dation, de disputes successorales. Encore que dans le domaine trivial de  l’argent, le caractère farceur de Picasso allège un peu la note. Ainsi cette anecdote de l’artiste retouchant quelque peu un tout niveau billet de cinq cents francs et déclarant dans la foulée que désormais il en valait le double.

Détail du portait de Paulo. Extrait de "Picasso Portrait Intime". Arte Editions et Albin Michel. Photo: Les Soirées de Paris

Détail du portait de Paulo. Extrait de « Picasso Portrait Intime ». Arte Editions et Albin Michel. Photo: Les Soirées de Paris

Ce n’est qu’à la fin que l’on réalise ne pas être tout à fait rassasié. Bien qu’ils apparaissent ça et là, il manque au livre un autre aspect -majeur- de ce Picasso « intime ». Ce sont ses amis, à commencer par Guillaume Apollinaire que l’on voit cependant photographié par Picasso, Max Jacob et beaucoup d’autres. Il est vrai que ces grandes amitiés remontent aux années Montmartre et Montparnasse. En 1973 lors du décès de Pablo Picasso et pire encore en 2013, tout cela est peu lointain. Mais leur présence, trop fugace dans les pages, donne l’impression qu’ils manquent à l’appel. On attend d’Olivier Widmaier Picasso qu’ils s’attelle à un deuxième tome où les amis de son grand-père auraient la même place que ses compagnes. Il suffirait de rajouter un « s » à intime et le tour serait joué.

(1) Relire à ce propos l’article de Gérard H.Goutierre sur le photographe David Douglas Duncan et Picasso.

 

 

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Une réponse à Picasso encore et encore

  1. Mario dit :

    Pour illustrer ce mot de Picasso :
    « Si l’on sait exactement ce qu’on va faire, à quoi bon le faire ?  »
    mais aussi celui-là :
    « Tout acte de création est d’abord un acte de destruction.  »
    Je me suis amusé à réaliser ceci :
    http://www.youtube.com/watch?v=x3Y0b7mk9GA

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