Namana ou les treize béatitudes de Richard Razafindrakoto

oneOn nous dit que ce disque a été conçu dans un garage arrangé en studio dans une lointaine banlieue ouest. A l’écouter et même à le réécouter, rien n’est moins sûr. Richard Razafindrakoto, éminent pianiste de jazz d’origine malgache, l’aura plus sûrement conçu dans l’azur avec juste une double paire de nuages pour dresser un cadre, ce qui serait davantage cohérent avec le contenu de Namana (prononcer namane). Un disque sorti le 27 janvier qui nous avance la preuve incontestable que non seulement le paradis existe mais qu’il en tombe parfois des échantillons.

Quel disque de jazz extra. Impossible de l’écouter la première fois en faisant son repassage. Il sort des enceintes un son qui vous assoit et vous apaise durant une heure pile. On songe à Eroll Garner qui fut l’un des musiciens ayant influencé Richard Razafindrakoto, Razaf pour faire plus simple. Le même bonheur sort de chacune des 13 créations.

L’une des originalités de cet ensemble est d’y avoir mêlé des airs malgaches à la sonorité tout orientale. Sur le morceau Tso Bato, il y a même de l’oud, un instrument à cordes pincées très répandu dans les pays arabes et dont le mot signifie « bois ». La délicatesse avec laquelle il intervient sous les doigts de Pierre Baillot pourrait être qualifiée d’enchanteresse si tout le disque n’était pas déjà enchanteur.

Le casting est des plus simples : Outre Richard Razafindrakoto au piano, on compte Rémi Chemla à la contrebasse et deux batteurs, Thierry Tardieu et Benoît Raffin, et on l’a dit, Pierre Baillot à l’oud.

Les arrangements opérés par Richard Razaf sont une leçon d’équilibre et de distribution technique. Son dosage est savant tant c’est le groupe qui apparaît dominant et non tel ou tel en particulier. Personne n’y est au service de quiconque mais participe bel et bien à la constitution d’un ensemble à l’efficacité redoutable. Si le piano et le pianiste sont bien au cœur de cet ensemble, les accompagnements à la contrebasse et à la batterie ne sont nullement marginaux mais partie intégrante. Les évasions de la contrebasse laissent rêveur et son instrumentiste qu’est Rémi Chemla avoue aujourd’hui qu’il ne serait pas certain de pouvoir refaire certaines échappées exceptionnelles par ce qu’elles apportent de feutré, de douceur et de rythme.

Le soutien apporté par la batterie et les deux batteurs conduisent l’auditeur à ôter moralement son chapeau pour saluer ce dosage. Certaines séquences apportées par la batterie tiennent de la ponctuation céleste, d’une finesse et d’une délicatesse difficiles à dépasser.

Richard Razafindrakoto. Photo: Philippe Bonnet

Richard Razafindrakoto. Photo: Philippe Bonnet

Mais c’est bien parce que, dans Namana, de bout en bout, tout est au sommet. Grâce soit rendue à ce Richard Razaf d’avoir composé ce disque magistral. Depuis ses études au Conservatoire National de Région de La Réunion, ce pianiste a davantage été connu comme un « sideman » mais ceux qui le connaissaient déjà pour l’avoir écouté accompagnant des chanteuses comme Myriam Bouk Moun ou Monica Shaka se doutaient bien qu’un jour, il finirait par faire quelque chose.

Allez donc lui taper sur l’épaule durant une pause dans l’un des bars parisiens où il se produit et vous constaterez qu’en outre, sa gentillesse et sa disponibilité n’ont d’égales que son talent et sa créativité mélodique.

Ce disque est un don de lui. Une vraie thérapie. Si l’on prend le morceau intitulé pique-nique par exemple. Son piano s’y transforme en orgue façon Rhoda Scott. C’est à la fois le septième morceau et, pourrait-on dire par facilité, le septième ciel.

L’écrivain James Patrick Donleavy avait écrit, dans ses « Béatitudes bestiales de Balthazar B »,  quelque chose de fameusement poétique à propos d’un pique-nique et qui disait ceci, qui se passe de traduction : « On that picnic afternoon we kissed as we walked and walked and kissed again ». Eh bien le morceau de Richard Razaf vous offre la même béatitude, le même décollage amoureux.

Namana en malgache signifie, traduit par Razaf, « l’ami, le vrai, celui qui est prêt à traverser les flots avec toi, les jours de grandes tempêtes ».

 

Cet enregistrement en est la preuve par treize.

 

Chez Plaza Mayor Company. Neuf euros au téléchargement ce qui est absolument « nothing » on en conviendra.

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4 réponses à Namana ou les treize béatitudes de Richard Razafindrakoto

  1. J’aime bien cet album de Richard, c’est un coup de grâce et unique en son genre: « Son et arrangement sont très harmonieux ». De plus, des albums Jazz malgache à ce niveau n’existe pas. Donc, avis aux amateurs de Jazz qui veulent écouter du vrai Jazz.

  2. Steven dit :

    Difficile désormais de résister à l’idée de l’acheter au plus vite!

  3. Bruno Razafindrakoto dit :

    As a elder brother, I can’t be more proud to invite everyone to the world of Richard Razaf full of talent, inspiration and adventure for another level of jazz music including Malagasy rhythm, feeling and world richness culture.

  4. On ne se lasse pas de ce disque, vraiment. PHB

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