Musées au bord de la crise de nerfs

L'article du Monde en date du 21février. Photo: Philippe BonnetIl se passe de toute évidence quelque chose à la tête de certains musées français. Dans son édition du 6 janvier, Le Monde publiait un article fort intéressant, à propos d’Alain Seban, « l’homme de fer à la tête du Centre Pompidou ». A partir de nombreux témoignages entrecoupés d’intertitres révélateurs (« arrêt de travail pour dépression », « une tentative de suicide », « la rue de Valois lance une enquête »), le moins que l’on puisse dire c’est qu’Alain Seban n’en sortait pas grandi, avec des syndicats pointant « la brutalité du management », la mention d’un chauffeur personnel « en dépression » ou en encore « une politique d’expositions consternante » sur fond de relations tendues avec les conservateurs.

Un mois plus tard, dans l’édition du Monde datée du 21 février, les deux mêmes journalistes, Roxana Azimi et Harry Bellet,  publient une autre enquête édifiante sur les méthodes de Guy Cogeval, patron d’Orsay. L’article est titré « Guy Cogeval mène le Musée d’Orsay à la baguette » et son sous-titre pointe la brutalité de la gestion humaine. Ce deuxième article fait d’ailleurs référence au premier. Ce n’est pas illogique puisqu’en gros le feu des critiques sur le second se fonde sur des témoignages équivalents dans le précédent: courroux syndical, conservateurs qui découvrent « les joies du placard » etc…. Dans le cas de Guy Cogeval il est également fait allusion à son exposition objectivement contestable Masculin/masculin. On peut relire à ce propos l’article de Guillemette de Fos dans Les Soirées de Paris, laquelle n’avait pas à proprement parler été emballée par le sujet, comme le Pont Neuf en son temps par Christo.

Il n’y pas lieu de remettre en cause ces deux (bonnes) enquêtes qui donnent la parole aux personnes concernées (quoique Alain Seban  a préféré déléguer ses réponses à son responsable de communication), pas plus que de contester les témoignages recueillis. Dès lors, on ne peut que s’étonner des méthodes dénoncées.

Les deux articles du "Monde". Photo: PHB

Les deux articles du « Monde ». Photo: PHB

L’époque c’est ainsi, est favorable au management indélicat, ce qui, à la lecture des articles, s’y apparente jusqu’à plus ample informé pour le Musée d’Orsay et le Centre Pompidou. La chance, toute relative pour les personnels de ces établissements, est d’appartenir à la sphère culturelle qui se caractérise par la présence en son sein de nombreux « relais d’opinion ». C’est comme cela que l’on dénomme en général les journalistes ou tous ceux à même de faire en sorte qu’un sujet soit mis sur la place publique. Dans nombre d’entreprises « normales » hélas, on ne compte plus aujourd’hui les roitelets qui confondent impunément la production de risque psychosocial avec une bonne partie de bilboquet.

On ne peut ignorer bien sûr que derrière tout cela ne puissent se tramer des guéguerres successorales dans le chaudron des jalousies variées, mâtinées d’ambitions bridées. Mais enfin les musées ne sont pas des défouloirs et leurs personnels ont sans aucun doute le droit de travailler dans la sérénité. Etat d’esprit qui selon les témoignages publiés dans le quotidien du soir, fait défaut dans ces établissements. C’est tout à l’honneur du Monde d’en faire apparaître la nécessité.

Lire l’article du Monde sur Alain Seban. Et celui sur Guy Cogeval.

L’article des Soirées de Paris sur Masculin/masculin par Guillemette de Fos

 

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5 réponses à Musées au bord de la crise de nerfs

  1. Flourez BM dit :

    Ce phénomène est hélas un grand classique, assez fréquent dans ce secteur de la direction / gestion / administration culturelles, dans les entreprises publiques et privées – le point particulier du public étant que nous avons notre mot de contribuable à dire -. Il y a l’époque, certes, d’un management de plus en plus sauvage, mais l’époque n’est pas toujours la cause, elle n’est parfois que le terreau. Dans ce secteur, les névroses, jalousies, complexes, ambitions (vaines par nature), et besoin pathétique de reconnaissance des « administratifs » sont en effet courants. Fort heureusement, il n’existe pas encore le Musée des directeurs de musées… mais pour combien de temps ?

  2. person philippe dit :

    Hum… Attention à la manipulation…
    Soyons méfiants… Avant le pouvoir d’État était brutal avec ses « grands commis » (culturels ou pas), s’ils n’étaient pas ou plus dans la ligne, on les faisait sauter à la corde. Mais, du coup, effet boomerang, les victimes de son ire apparaissaient comme des victimes – même quand elles avaient des choses à se reprocher…
    Aujourd’hui, le pouvoir est plus subtil, pratique les coups tordus… Il joue l’air de la calomnie, utilise des journaux à qui il fournit des dossiers clés en main. Un ex-grand journal qui a perdu tous ses repères moraux à force d’être expurgé de ses vrais journalistes, et qui est financièrement dépendant de la manne publique, n’est pas très regardant sur ce qu’on lui apporte…
    Donc, je suis circonspect quand le même genre d’affaires se reproduit deux ou trois fois dans les médias, dans les institutions culturelles… À moins que les pouvoirs précédents n’aient nommé que des psychopathes, des mégalomanes, des incompétents, j’y vois un mode de gestion des indésirables…
    Par nature, quand on est à la tête de quelque chose d’aussi important que Beaubourg ou Orsay, on doit évidemment faire des envieux et des erreurs, et sans doute comme on dit « péter des cables » de là à être des affreux jojos vivant dans des bunkers symboliques entouré de courtisans et prêts à tout… Hum…
    Quoi qu’on pense politiquement, il faut convenir que l’ère Filipetti à la culture est délétère…

  3. Steven dit :

    Il y a eu un patron français un jour pour dire quelque chose comme: « ne traitez pas les gens comme vous n’aimeriez pas être traité ». Un principe bien simple à mémoriser. Y compris par les subalternes du reste. S.

  4. de FOS dit :

    A tordu, tordu et demi, bigre ! Le monde du privé serait-il moins impitoyable que la sphère publique ?

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