La tour TDF proche du vide

Tour TDF des Lilas. Photo: Les Soirées de ParisElle fait partie du paysage parisien qu’elle domine à près de trois cents mètres d’altitude si on additionne le plateau de la commune des Lilas et sa hauteur propre. Ce champignon géant, qui a été construit au début des années quatre-vingts, contrôle les signaux de télévision et de radio aux côtés (distants) de la Tour Eiffel. La centaine de salariés qui l’occupe s’apprête néanmoins à la quitter pour rejoindre le sol à l’horizon 2016.

D’ici deux ans, l’important édifice posé au sein du Fort de Romainville, ne verra plus déambuler ses techniciens dans les salles du sommet, duquel leur est offerte une vue habituellement réservée aux dieux. Les économies liées aux édifices de grande hauteur sont suffisamment substantielles pour que la décision ait été prise.

Responsable de la « gestion des sites tertiaires de Romainville », Jean-Claude Marces raconte que la construction de la tour TDF a nécessité quelques acrobaties architecturales. La clé du bâtiment c’est son fût, ou encore son cylindre porteur, qui repose sur une fondation à peu près équivalente aux plateformes qui en constituent le faîte. Ces plaques géantes ont été acheminées vers le sommet par l’intérieur du pied au moyen de rails verticaux avec leur mobilier technique déjà fixé. Une s’est même coincée en route et il a fallu pas moins d’un mois pour la récupérer.

Le sommet de la tour TDF. Photo: Les Soirées de Paris

On y grimpe par des ascenseurs et un capteur électronique compte les usagers de façon à ce que la barre des cent ne soit pas atteinte. A raison de trois mètres secondes, la machine dépose le visiteur au pied des antennes qui toisent le ciel de leur pointe. Et de là, cette tour TDF conçue pour remplacer l’antique bâtiment des Buttes-Chaumont offre un spectacle fort, à condition toutefois de ne pas porter de pacemaker, tellement les champs électromagnétiques dus à la fonction de la tour sont au-dessus de la moyenne.

On ne voit pas tout de même pas les côtes anglaises, mais l’étendue de l’agglomération parisienne est captivante avec la basilique Montmartre qui se découpe sur La Défense, l’aéroport du Bourget, les tours jumelles de la Porte de Bagnolet, la frangine de Montparnasse, aucune pièce ne manque à l’appel. Fascinant paysage pour un parisien qui ne circule qu’en eaux basses,  dans les trop profonds couloirs  des immeubles haussmanniens.

Il est plus rare de s’intéresser aux fondements des monuments modernes. Outre la coupole de soutènement, il y a là quelques aspects techniques qui méritent de filer l’anecdote. Tels ces deux immenses générateurs de 12 cylindres chacun, baptisés Bibi et Kiki par quelqu’un de bonne humeur. Comprendre que quand Kiki flanche, c’est Bibi qui prend le relais. Tout comme les acheteurs par ailleurs qui se se suivent au chevet du groupe  TDF, depuis que cette pièce de notre patrimoine a quitté le giron de l’ORTF en 1974.

La tour TDF suit donc la même logique que les phares côtiers désormais automatisés. Avec son personnel bientôt délocalisé au sol, ses salles d’opérations et de contrôles sont vouées à un avenir incertain, peut-être au stockage, il n’y pas d’information à ce sujet.

Plus personne, à part quelque agent de sécurité, ne sera plus là pour jouir de l’altitude, tel un skieur distingué à Gstaad.  Très compliquée à détruire en tout cas, elle n’a pas fini d’indiquer le plein-est à tous les navigateurs du périphérique parisien.

Vue de la tour TDF, par temps brumeux. Photo: Les Soirées de Paris

Vue de la tour TDF, par temps brumeux. Photo: Les Soirées de Paris

La Tour TDF vue de l'ouest. Photo: Les Soirées de Paris

La Tour TDF vue de l’ouest. Photo: Les Soirées de Paris

 

 

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10 réponses à La tour TDF proche du vide

  1. Bruno Sillard dit :

    J’aime beaucoup l’idée d’éclairage ainsi de monuments urbains. Et en plus je le vois de chez moi. C’est vrai quoi vous autres avec vos vues sur la Tour Eiffel, pfff … et en plus mon image télé est très bonne. Quoi ça n’a pas de rapport, c’est la box qu’est branchée sur le téléphone ? D’abord mon téléphone, il n’a pas de fil .

  2. VAM dit :

    Passionnant… ! Et dire qu’elle est tellement fondue dans le paysage depuis toutes ces années que je ne la remarquais même plus. Merci de faire revivre des pièces d’architecture aussi insolites.

  3. Witt dit :

    Pourquoi ne pas organiser des visites le week end ?

  4. Desailly dit :

    Merci Philippe de redonner un dernier coup de projecteur à cet édifice. Pas eu l’occasion de me balader dans ce secteur et encore moins d’être invité à me hisser sur ce plateau. Mise en œuvre complexe apparemment. Comme le suggère Witt, pourquoi ne pas organiser un pique nique au sommet. Il nous reste deux années. C’est bien cela? Affaire à suivre… Sincèrement partant. Merci. Denis

  5. person philippe dit :

    je crois que cette tour va rouiller pendant des années avant qu’on se décide à la détruire… C’était le symbole de la modernité… inutile, ce sera désormais celui de l’absence de décision publique…
    Et, hélas, on n’aura même pas la chance qu’elle soit choisie par des islamistes pour une opération d’urbanisme radical… J’avais presque envie d’écrire « opération d’urbanisme salutaire ».. Mais j’ai peur des tourolâtres…

  6. Aubert dit :

    Quel avenir pour le tour TDF? Il est tout trouvé… Pourquoi ne pas en faire don à Poutine en cadeau Bonux de la prochaine livraison du Vladivostok! Là-bas, ils ont des tours de contrôle aveugles, des contrôleurs aériens myopes, des chasse-neiges désobeissant conduits par des moujiks qui passent faire le plein (de vodka) avant d’aller au boulot. Elle aurait belle allure la tour TDF en bordure des pistes de Vnoukhovo, non? En prime, la France, si prodigue de son génie, pourrait proposer des stages de formation aux contrôleurs aériens russes.
    Euh…. non, tous comptes faits, oublions cette dernière idée… Déjà qu’ils sont pas top question vigilance les contrôleurs russes, il manquerait plus qu’on leur inocule le virus de la grève!

  7. isabel violante dit :

    Un parfum de l’Alexandreplatz de Berlin près de Paris grâce à vous, cher Philippe. A très bientôt, IV

  8. Steven dit :

    Aoh un mystère enfin levé

  9. Banaszkiewicz dit :

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