Calligrammes sur grand écran

Calligrammes. photo: Les Soirées de ParisLes bibliophiles dits avertis ont ceci de particulier qu’ils créent de la rareté lorsque celle-ci manque ce qui est pourtant naturel. Mais quelle bonne idée la Compagnie des Typographes (voir à ce sujet une précision importante en commentaire) a eu d’éditer Calligrammes sur une hauteur de 31 centimètres, à l’opposé du format de poche paru en 1918.

Ce très beau livre imprimé fin 2014 à tirage se trouve en librairies, il ne faut pas hésiter à tenter de se le procurer tant il est jouissif de profiter de l’œuvre du soldat Apollinaire sur grand écran.

On y découvre les Calligrammes dont les premiers opus ont été publiés dans les Soirées de Paris juste avant le déclenchement de la guerre mais aussi de fameux poèmes comme l’adieu du cavalier qui professait que la guerre pouvait être « jolie avec ses chants ses longs loisirs ».

Explicité par Claude Debon, professeur émérite à la Sorbonne nouvelle, le principe d’édition a été voulu « simple et ambitieux ». La gestion de  la fidélité à la version originale est réservée aux experts comme elle puisque la question de préserver ou non les fautes et coquilles typographiques est un exercice hautement périlleux face à des lecteurs forcément aussi exigeants qu’elle. La fidélité sur les « points épineux » l’a globalement emporté  confesse-t-elle, sauf « quelques nuances sur les accents et les majuscules ». C’est dire l’exigence d’horloger (ère) qui a prévalu tout au long de ce livre sorti chez Gallimard.

Calligrammes. photo: Les Soirées de Paris

Calligrammes. Photo: Les Soirées de Paris

Le résultat est une réussite notamment due à ce choix d’un grand format offrant un confort de lecture inégalé jusqu’ici et par ailleurs accru par une qualité de papier qui donne à ce livre un toucher sensuel.

« Et je fume du tabac de Zone »,  « As-tu connu la putain de Nancy qui a foutu la vérole à toute l’artillerie », toutes ces petites choses que l’on retrouve avec plaisir et amusement au fil des pages qui contiennent surtout une poésie d’une volée comparable aux fusées qui inspiraient Apollinaire.

Y figure également une reproduction de « Case d’Armons » édité avec les moyens du bord en vingt cinq exemplaires sous le feu de l’ennemi en juin 1915. Pas un n’était semblable à celui qui le précédait ou lui succédait ce qui fait que les rares à passer sous le marteau d’un commissaire priseur s’arrachent toujours au poids de l’or (1).

« Debout les morts » y écrivait-il à l’encre violette avant de conclure que « Le tirage à 25 exemplaires des 21 poèmes de La Case d’Armons a été achevé à la batterie de tir, devant l’ennemi, 38e Régt. d’art. – 45e Batterie par les maréchaux des logis Bodard et Berthier le 17 juin 1915 ».

Les exemplaires comportaient une dédicace parfois  délectable comme un amuse-bouche. Celui vendu chez Artcurial en 2012, le numéro 2, était destiné au marchand d’art Ambroise Vollard et disait : « A Ambroise Vollard , très cordial souvenir du fond d’un hypogée situé sur le front P[erthes] B[eauséjour] et qui rappelle un peu la cave de la rue Laffitte Guillaume Apollinaire brigadier-fourrier à la 45e Batterie du 38e Rgt d’Artillerie de campagne Secteur postal 138 le 19 Août 1915 ».

Désormais on peut toujours essayer la poste restante, sait-on jamais.

Les deux enchères de 2012

Extrait du livre Calligammes paru fin 2014 chez Gallimard. Photo: Les Soirées de Paris

Extrait du livre Calligammes paru fin 2014 chez Gallimard. Photo: Les Soirées de Paris

 

 

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4 réponses à Calligrammes sur grand écran

  1. person philippe dit :

    Dans les conditions économiques actuelles, ce n’est plus « poste restante », mais le « restant de la Poste »…
    Désolé, mais je suis un nostalgique de la douce France des PTT (ou même des P et T)
    Cher Philippe, je sais bien que vous n’êtes pas un mercantile, mais vous n’avez pas précisé le prix de ce bel ouvrage…

  2. Debon dit :

    Cher Philippe, je crains pour une fois que vos lecteurs ne comprennent pas grand chose à ces éditions de Calligrammes. Car il y en a eu deux, une, hors commerce, par la Compagnie typographique, en 2012, puis sa reprise par Gallimard dans la collection Blanche en 2014. La première est par nature introuvable ou presque, la seconde devrait être normalement accessible en librairie (je ne touche aucun bénéfice…). Merci en tout cas pour ce que vous dites de la dernière édition, toute proche de la précédente, à Case d’armons près. J’en avais reproduit un autre exemplaire dans Calligrammes dans tous ses états (Calliopées, 2008). Ce sont les deux seuls entièrement reproduits dans un livre, à ma connaissance.

    • Il manquait ces précisions, merci d’avoir éclairé davantage nos lecteurs. Je comprends mieux pourquoi j’ai pu facilement m’en procurer un exemplaire en librairie. Le livre est en tout cas superbe, imprimé sur un très beau papier. PHB

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