Thierry la Fronde et bien au-delà

Le générique de Thierry la Fronde sur Iphone. Photo: PHBDans le mitan des années soixante, Jean-Claude Drouot tourne le dernier épisode de Thierry la Fronde. Et lors de son tout dernier duel, son épée se brise, juste sous le manche. Tout un symbole pour celui qui pressentait un danger d’enfermement dans ce rôle et qui dès lors embrassera une carrière cinématographique et théâtrale. L’homme vient de sortir un livre de souvenirs, « Le cerisier du pirate » aux éditions de L’archipel.

Située à quelques pas de la gare d’Evry Val de Seine, la maison de Jean-Claude Drouot va comme un gant au héros télévisé de l’unique chaîne de télévision, Thierry la Fronde. C’est une demeure ancienne, cheminée, pans de bois, où il vit avec son épouse. La pièce principale est bonne à tout faire puisque l’on y trouve un lit, un bureau, une table basse avec la presse, une planche à repasser, un rameur et un long radiateur sur lequel se prélasse un chat. Quelque cinquante plus tard, Jean-Claude Drouot fait face à l’un de ses téléspectateurs, l’un de ceux à qui on avait offert la panoplie de Thierry la Fronde pour Noël.

Dans son livre « Le cerisier du pirate », Jean-Claude Drouot relate l’incroyable engouement populaire à l’égard de cette série télévisée. Thierry la Fronde faisait partie comme l’on dirait de nos jours des éléments de langage du général de Gaulle qui disait en direction de manifestants « on va leur envoyer Thierry la Fronde » et la punition suprême pour un petit garçon, voire d’une petite fille, consistait à être privé du feuilleton. En raison de la multiplicité des chaînes aujourd’hui, il serait impossible d’atteindre un tel niveau de célébrité. « Regarde maman c’est Thierry la Fronde » raconte-t-il dans ses pages alors qu’il croisait un enfant dans la rue.

Le beau jeune homme de l’époque a un peu pris de la bouteille puisqu’il est né en Belgique en 1938. Autodidacte, celui qui parle encore le flamand aurait pu faire médecine ou même agent secret puisqu’il fut en poste dans une unité de contre-espionnage à Fontainebleau, au sein de l’Otan. « Nous étions enfermés dans un bunker, entourés de magnétophones, à écouter les conversations de cul des généraux » se remémore-t-il.

Jean-Claude Drouot arborant l'épe d'origine. Photo: PHB

Jean-Claude Drouot chez lui arborant l’épée d’origine. Photo: PHB

Depuis Thierry la Fronde, Jean-Claude Drouot suit son « étoile polaire », une influence astrale qui ne l’a jamais trompé. C’est ainsi qu’il déclarera forfait au bout de deux ans de la série à succès, estimant avec justesse le risque de claustration dans un de ces personnages que plus tard on qualifiera de récurrents tels Navarro ou Louis la Brocante. On lui a d’ailleurs rapporté que Jean-Paul Belmondo, qui présidait alors le Centre français des acteurs aurait dit de lui qu’il ne se relèverait jamais de son personnage de héros des bois.

Il s’en est pourtant remis et conserve dans ce qu’il appelle son bric-à-brac, dans la cour, l’épée qu’il portait. Après la brisure du dernier épisode, il la fera ressouder et trouvera moyen de l’employer encore dans différentes pièces de théâtre. Après avoir quasiment enchanté la France entière, il voulait enchaîner sur ce métier d’acteur qu’il avait choisi. Pour chaque rôle il remettait en question ses acquis suivant en cela son modèle, Michel Bouquet.

On le verra dans le « Bonheur » d’Agnès Varda, diriger le Centre dramatique de Reims ou le Théâtre national de Belgique. De tous ses rôles, l’un l’a beaucoup marqué : Jean Jaurès. Au point qu’à côté d’une pile du Monde et d’un numéro de Charlie Hebdo, il y a une pile de numéros de l’Humanité. « Par respect pour Jaurès » précise-t-il avant d’ajouter qu’il a même eu l’occasion de recommander à son ex-maire, un certain Manuel Valls, de s’intéresser aussi à Jaurès en plus de Clémenceau.

Jean-Claude Drouot n’est pas à la retraite. Il vient de participer à un tournage au mois de février à la demande de José Dayan pour un policier qui devrait sortir en septembre, a donné son accord pour une lecture à venir à Deauville et sera bientôt sur la scène du théâtre d’Agen. Son agenda est blindé pour deux ans.

Son livre est aussi une somme d’anecdotes. Réalisé avec l’aide de Serge Filippini « devenu un ami », son ouvrage nous révèle que le méchant Messire Florent, n’est autre que Jean-Claude Deret qui a conçu le thème, le script et les dialogues de la série. C’est la femme de ce dernier, Céline Léger, qui jouait le rôle de la belle Isabelle et les deux sont les parents de l’actrice Zabou Breitman. Ce serait dommage de tout révéler mais on y apprend également qu’il fuma un jour de l’herbe avec Yul Brynner. « J’étais stoned, admet-il en souriant, je voyais tout en bleu, c’était joli ».

« Le cerisier du pirate » révèle un homme entier, sincère, qui ne perd jamais de vue son étoile polaire et qui ne se livre pas à des calculs de carrière. Lorsqu’on le rencontre, l’histoire de sa vie sonne encore plus vrai. Comme ça il a l’air un peu libertaire et il a pris de l’embonpoint, mais Jean-Claude Drouot, qui alterne sans temps mort la pipe et les petits cigares, fait costaud.

Sa famille n’est par ailleurs pas quelque chose que l’on traite à la blague, il ne s’est dit-il, « jamais évadé de son mariage ». Très attentif à son épouse Claire, il s’en déclare la « sentinelle », un mot prononcé avec une émotion perceptible et qui semble justement ressorti du temps d’un Thierry la Fronde, lequel affrontait l’adversité avec un brio fou. Beaucoup se souviennent avoir rejoué des scènes de bataille à l’épée ou à la fronde dans la cour de l’école.

On ne brise pas comme ça un entretien de deux heures. On se lève mais on ne part pas. Cinquante ans que l’on ne s’était pas croisés. Il montre ses livres sur Apollinaire ainsi que Tolstoï et la Bible, ses deux livres de chevet du moment. Et la conversation se prolonge jusqu’au seuil de sa maison. Bien sûr que la poignée de main solide c’était celle de Thierry la Fronde. Mais croyez-le bien, Jean-Claude Drouot c’est aussi quelqu’un.

PHB

Jean-Claude Drouot, le 3 mars 2015. Photo: PHB

Jean-Claude Drouot, le 3 mars 2015. Photo: PHB

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13 réponses à Thierry la Fronde et bien au-delà

  1. legendre nathalie dit :

    Merci Philippe de nous faire revivre des scènes intenses et palpitantes de nos jeux d’enfants ! oui les filles n’étaient pas en reste pour courir dans les bois et être des héroïnes le temps d’un après midi d’été !

  2. Marie dit :

    Et la musique de Thierry la fronde ?! C etait qq chose aussi…

  3. Jackie Lipson dit :

    Ami le temps n’est plus aux chansons…
    On n’oublie même pas les paroles !

  4. person philippe dit :

    La musique de Thierry La Fronde ? Elle était signée Jacques Loussier… Le grand Jacques Loussier, jazzman, à ses heures… Auteur du mythique album – qui inspira Glenn Gould : « Play Bach »…
    Loussier qui écrivit la musique du « Dernier Train pour le Katanga »…. qu’utilise Tarantino dans Inglorious Bestards !

    Quant à Jean-Claude Drouot, son meilleur rôle au cinéma est dans « Le Bonheur » d’Agnès Varda… En lisant l’article de Philippe, on comprend bien que le mot « bonheur » va bien à Jean-Claude Drouot…
    Je l’ai vu l’année dernière aux Bouffes du Nord dans « L’Annonce faite à Marie »… Il n’a rien perdu de sa force ni de sa flamme…

  5. Steven dit :

    « 0n va leur envoyer Thierry la Fronde », c’est dire si l’idée de pouvoir compter sur lui était réconfortante. S.

  6. Bruno Sillard dit :

    Etonnant cette mémoire que l’on conserve non pas de l’histoire mais des personnages. De la musique aussi.

  7. jmc dit :

    Merci! Il reçoit tous ses anciens spectateurs? On a envie d’aller le voir aussi…

  8. Anne Archen Bernardin dit :

    Un petit retour sur nos années d’enfance… grands personnages qui nous enthousiasmaient et nous donner envie de nous battre avec rage et élégance… Thierry la Fronde, Zorro et Robin de bois… Hommes plus ou moins masqués mais si reconnaissables et envoûtants!!! Jean-Claude Drouot est le dernier du trio à projeter son âme belle et heureuse autour de lui et vers nous… A nous alors les combats à l’épée, les chevauchées échevelées et le cœur battant pour ces héros très désirables…

  9. doris panis dit :

    Je pense quant à moi, qu’il est grand temps d’oublier Thierry La Fronde: sans cesse associer et réduire J.Cl. Drouot à ce rôle, m’agace prodigieusement. D’ailleurs, lui aussi peut-être? Je viens de le voir sur scène dans Intrigue et Amour de Schiller au théâtre Varia de Bruxelles, et il y est absolument époustouflant.

  10. verriere marc dit :

    superbe photo de jean-claude Drouot tenant l’ épée de thierry la fronde , moi je ne veux
    pas oublier ce héros de mon enfance et dès que j’entends la musique de la série je frissonne , et d’ailleurs je collectionne les figurines de la série et j’espère avoir une photo dédicacée car j’habite pas très loin de limogne en quercy dans le lot ou jean-claude à une maison si quelqu’un peut me donner l’ adresse ou lui écrire merci d’ avance très cordialement Marc

  11. mireille marnay dit :

    La gazette du hibou curieux.
    Savez-vous qu’il y a un festival ; les amis de Thierry La Fronde à Mennetou sur cher.
    Le prochain sera en juillet 2017.
    Jean-Claude Drouot est un excellent acteur et je le compare aisément à Jean-Paul Belmondo ce sont des acteurs et comédiens qui savent jouer avec nos émotions.
    Bravo!

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