Klimt au temps de la Sécession viennoise

Klimt. Portrait féminin 1894. Photo: Valérie MaillardGustav Klimt n’est pas un peintre. Entendez par là qu’il n’a pas reçu de formation académique aux Beaux Arts. C’est assez pour que certains commissaires d’exposition le classent ailleurs à l’occasion. Klimt ? Celui qui a réalisé de main de maître de troublants portraits de ses contemporain(e) s, conçu des fresques monumentales, croqué avec le fusain ou fait naître sous le pinceau des corps de femmes lascives et magnifiques a, en effet, reçu une formation en arts appliqués. Celle-ci lui a été dispensée à partir de 1876 à l’Ecole des arts et métiers de Vienne.

En 1880, avec son frère Ernst et leur compagnon d’études Franz Matsch, Gustav Klimt ouvre un atelier de décors de théâtre et de peinture murale. Les commandes abondent. En cette fin de XIXème siècle ou l’historicisme est roi et la représentation artistique savante et éblouissante de précision, Klimt se situe comme un artiste académique et officiel. Jusqu’à qu’il décide de faire « Sécession » en 1897, avec une vingtaine d’autres instigateurs, pour se démarquer d’un art viennois jugé trop bourgeois, trop classique…

C’est de cet artiste complet, et complexe, à la production protéiforme, dont s’est emparé la Pinacothèque de Paris pour l’exposition « Au temps de Klimt, la Sécession à Vienne ». Un parti pris. Ceux qui ont gardé en mémoire la fabuleuse « Vienne 1880-1938 » en 1986 à Beaubourg regretteront sûrement les toiles majeures du maître autrichien qui ne figurent pas ici – à l’exception notoire de « Judith et Holopherne » (1901) et de « Salomé » (1909) –, tout comme celles d’Egon Schiele et d’Oskar Kokoschka, grandes absentes. Il s’agit d’une époque et d’une thématique autres, comprend-t-on, l’exposition de la Pinacothèque s’arrêtant à la mort de Klimt (et de Schiele), en 1918. Mais pour être tout à fait honnête, et contrairement à ce que laissent supposer la promotion et l’affiche, l’exposition ne montre pas beaucoup d’œuvres de Klimt quelles qu’elles soient. Et il faut s’arrêter souvent pour lire des panneaux explicatifs, denses en éléments de compréhension du contexte historique, sociologique et artistique ; au détriment du temps nécessaire pour admirer les œuvres.

Klimt. « Jeune fille au col en dentelle ». Photo: Valérie Maillard

Ceci posé, il y a cependant de quoi ne pas rester sur sa faim. Alfred Weidinger, commissaire d’exposition et conservateur du musée du Belvédère de Vienne, a réuni des œuvres remarquables comme la « Frise Beethoven » reconstituée (montrée pour la première fois en France) ; des croquis au fusain ou à l’encre sur papier, rares dans les expositions qui ne sont pas monographiques ; ainsi qu’une somme d’œuvres de jeunesse et des réalisations (bâtiments, meubles, céramiques) empruntées aux arts décoratifs.

A la veille du XXème, en Europe, naît partout le désir de créer un art à la jonction des différentes disciplines artistiques. « La Frise Beethoven » (réalisée en 1902 par Klimt à l’occasion de la 14ème exposition de la Sécession en hommage au compositeur allemand) en est l’illustration car elle mêle en une seule structure la peinture, la sculpture, l’architecture, la littérature et la musique. Par ailleurs, l’utilisation de la feuille d’or évoque un travail artisanal. La dilution de la frontière entre arts majeurs et arts mineurs et la notion d’« art total » (Gesamtkunstwerk) fut répandue en Autriche par Joseph Hoffmann (1870-1956), architecte et directeur des ateliers viennois. Son style épuré a eu une influence considérable sur les jeunes générations : Oskar Kokoschka (1886-1980), Egon Schiele (1890-1918), mais aussi Le Corbusier (1887-1965) se sont formés dans ces ateliers.

Klimt. "La médecine". 1903. Photo: Valérie Mailard

Klimt. « La médecine ». Version 2. 1903. Photo: Valérie Maillard

Les artistes de la Sécession ont délibérément fait entrer l’érotisme dans leur œuvre. Ils ont peint ce qui ne se ne montrait pas alors : les baisers, l’étreinte fébrile des corps, les rêves érotiques… Ainsi Klimt a fait scandale avec « La Philosophie », « La Médecine » et « La Jurisprudence » qualifiées de « pornographiques » par une Vienne conservatrice et moralisatrice ; pendant que la même « Philosophie » recevait une médaille d’or à l’Exposition universelle de 1900 à Paris.

Les études de ce cycle en trois allégories étaient destinées au plafond de l’université de Vienne qui les refusa. Elles furent détruites par le régime nazi en 1945. Il en existait, heureusement pour nous, une version 2, montrée dans l’exposition. Précisons qu’à cette époque, il y a un autre Autrichien avec lequel la prude société viennoise doit compter : Freud, celui par qui la sexualité est arrivée. C’est sans conteste après avoir pris connaissance de ses travaux que Klimt a peint sa « Judith » et Schiele son « Nu féminin se masturbant » (1914).

Névrose, psychose, angoisse, deviennent concrètes. En peinture, les artistes vont s’intéresser à nouveau au portrait pour saisir picturalement la nature personnelle et le caractère intime de celui qui pose. Le portrait, révélateur de l’âme, devient un moyen d’exploration de la conscience de soi. Déjà, l’époque se dirigeait tout doucement vers l’expressionnisme emmené par Oskar Kokoschka en Autriche et dont le portrait « Le Trésorier » (1910) clôt magnifiquement l’exposition. De là naîtra l’abstraction. Mais c’est une autre histoire.

Valérie Maillard

« Au temps de Klimt, la Sécession à Vienne », jusqu’au 21 juin. Pinacothèque II, 8 rue Vignon, Paris 9ème.

Klimt. "La frise Beethoven". Photo: Valérie Maillard

Klimt. « La frise Beethoven ». Photo: Valérie Maillard

 

L'affiche de l'exposition. Photo: LSDP

L’affiche de l’exposition. Photo: LSDP

 

 

 

 

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2 réponses à Klimt au temps de la Sécession viennoise

  1. sandgoldschmidt dit :

    Très intéressant ! Me donne envie d’aller voir

  2. Anne Archen Bernardin dit :

    L’exposition à la Pinacothèque est à voir, sans doute mais attention à bien penser à réserver à l’avance et à acheter son billet pour éviter l’attente. La queue est parfois longue et cela gâche le plaisir de voir l’exposition dorée et colorée de Klimt!

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