Le collège arménien de Sèvres proche d’une nouvelle vie

Vue partielle du collège arménien de Sèvres. Photo: LSDPUn petit piano à queue occupe le grand hall du bâtiment central. C’est un cadeau du chanteur Charles Aznavour qui a étudié ici, au collège arménien de Sèvres. Dans la modeste « galerie des photos » le jeu pourrait consister à retrouver, parmi les jeunes hommes ou les jeunes garçons, les visages de célébrités ayant pris pension dans la bâtisse comme Aznavour on l’a dit, mais aussi des personnalités comme Patrick Devedjian, président du Conseil général des Hauts de Seine. Le collège est aujourd’hui au centre d’un ambitieux projet culturel porté par l’association Sèvres 2015. Les pères Mékhitaristes, propriétaires de cette vaste propriété, prendront leur décision à l’automne, depuis leur fief vénitien, sur l’île San Lazzaro.

Aujourd’hui, l’endroit a le charme des lieux abandonnés ou presque abandonnés car l’activité scolaire n’est plus pratiquée que deux fois par semaine. Entre ces moments-là, les quelque 12000 mètres carrés ne sont plus occupés que par un représentant de la congrégation des Mékhitaristes, un gardien, la responsable de l’association Sèvres 2015 et aussi paraît-il, un écrivain d’origine arménienne qui trouve ici un calme propice à son inspiration. Le théâtre quant à lui, a été muré pour éviter les squatters.

L’intérieur du bâtiment central, dit le « Niçois » à cause du style de sa façade est pour le moins vétuste. Quelques pièces sont entretenues néanmoins pour les besoins de l’association, du logement du père ou encore l’espace de la chapelle, mais il paraît que là-haut dans les chambres vit une colonie de souris et l’ensemble pleure après un projet de rénovation qui respecterait et le lieu et l’élan donné par les pères Mékhitaristes au milieu du 18e siècle.

A l’origine, c’est un fameux cartographe de Napoléon qui habite cette maison offrant une vue parfaite sur la Seine et l’île Seguin. Son nom pouvait faire le tour du bâtiment puisqu’il s’appelait Louis-Albert-Guislain Bacler d’Albe. Le lieu abrite ensuite une école de jeunes filles jusqu’en 1890, puis une société de secours, la Croix Verte.

C’est en 1928 que s’y installe le collège arménien Samuel Moorat, le but étant toujours de porter plus loin la culture arménienne et singulièrement celle de la société savante des pères Mékhitaristes, lesquels fondent un premier collège à Padoue en 1834. L’ensemble est alors sous la protection royale de Louis-Philippe. Le collège déménagera au 12 rue Monsieur à Paris avant de trouver refuge en 1870 à Venise. Il revient à Sèvres en 1928 et ouvre de nouveau après la seconde guerre mondiale après restauration des bâtiments. Jusqu’à la fin des années quatre-vingt-dix, c’est à la fois un externat et un pensionnat.

Collège arménien Samuel Moorat. Vue actuelle. Photo: LSDP

Vue actuelle du collège. Photo: LSDP

Son devenir se pose donc aujourd’hui et l’association Sèvres 2015 porte donc un projet intitulé « Espace(s) Arménie (s) » qui vise à la transmission de la culture arménienne sans se limiter au génocide de 1915. Pour le financement, l’idée est d’implanter une activité commerciale, notamment hôtelière, sur le vaste parking désormais désert qui s’agrippe au coteau de la propriété.

Avec le projet, le site comporterait autour d’un mémorial, un musée, un espace culturel et associatif, un centre d’enseignement et un institut international pour la vérité et la justice. Il faut savoir que la communauté arménienne est sortie perdante du traité de Sèvres (signé juste à côté au sein de l’actuel musée de la céramique) au lendemain de la seconde guerre mondiale en voyant son territoire largement amputé au profit de la Turquie et avec la perte inestimable au passage des deux monts Ararat, le symbole parmi les symboles géographiques de cette toute première société de chrétiens.

Ambitieux sur le plan architectural, ce projet visant à relancer le rayonnement culturel arménien en région francilienne, est donc entre les mains des Pères Mékhitaristes qui devraient statuer à l’automne.

D’ici-là, le site vit dans une précieuse tranquillité, séparée de l’île Seguin en travaux par la Seine, la route et le tramway. Dans l’avenir une passerelle enjamberait le tout. Le grand cèdre libanais classé (une communauté arménienne vit au Liban) joue toujours les figures de proue, face à un collège Samuel Moorat qui désormais attend l’heure de sa résurrection.

PHB

Les détails du projet sur le site de l’association.

L’article des Soirées de Paris sur l’exposition consacrée au génocide.

Détail d’une peinture présentant l’île San Lazzaro dans la grande salle du bâtiment principal. Photo: LSDP

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