Un livre d’art pour les Serres d’Auteuil

Dans la collection Editions Alternatives (plus de 500 titres depuis 1975), Gallimard vient d’éditer à l’automne dernier un livre intitulé « Pour le Jardin des Serres d’Auteuil », dont les auteurs sont l’écrivaine et cavalière Sophie Nauleau, et le photographe Jean-Christophe Ballot.
Le propos de Gallimard est clair : il s’agit d’un livre en hommage au Jardin botanique des Serres d’Auteuil, chef d’œuvre architectural et paysager édifié en 1898 par le grand architecte-paysagiste Jean-Camille Formigé, l’égal en son temps de Baltard ou de son ami Eiffel.

Chacun sait que ce chef d’œuvre est en grand danger, la Fédération Française de Tennis voulant le défigurer par un stade de tennis de 5 000 places, et transformer les bâtiments inscrits monuments historiques de l’Orangerie et du Fleuriste en locaux commerciaux Roland-Garros.
Ainsi Gallimard rejoint-il les opposants à ce scandaleux projet d’extension de Roland-Garros, opposants qui tiennent tête depuis plus de cinq ans à l’une des plus riches fédérations de sport française.

Le format est modeste, presque carré (20,5 sur 19,5 cm), et sur la couverture se déploie une photo assez sombre du toit du dôme du palmarium noyé dans une mer d’arbres. Rien de clinquant, au contraire.
Une atmosphère mystérieuse et méditative, dans laquelle on peut se perdre à l’infini.
Un ouvrage très chic sous ses apparences modestes, plein de poésie et de science, comme les lieux eux-mêmes.

En guise de préface, le grand proustien Yves Tadié (responsable en 1987 de la nouvelle édition d’«A la recherche du temps perdu» dans la Pléiade) remarque que les serres sont «un trait d’époque», et que Proust a peut-être vu grandir les Serres d’Auteuil ( baptisées à l’époque «Fleuriste municipal d’Auteuil» ) «à deux pas de la maison de campagne familiale, 96 rue La Fontaine» (sur laquelle une plaque rappelle que l’écrivain y est né).

Pages intérieures du livre. Photo: LBM

Pages intérieures du livre. Photo: LBM

Puis il nous révèle (nous rappelle ?) que Proust évoquait les serres minuscules qu’on offrait à l’époque aux enfants : «La serre miniature reçue par les enfants comme étrennes au jour de l’An les enchantait à tel point que « devenus maintenant presque vieillards, ils se demandent si dans ces années fortunées l’hiver n’était pas la plus belle des saisons».

Connaissant si bien Proust, Yves Tadié poursuit : «Proust connaissait la fragilité des jardins, et que les spéculations foncières et immobilières pouvaient les détruire. Le sommeil de Paris est hanté par les fantômes des grands jardins disparus : le parc de Tivoli, dont la dernière incarnation est lotie en 1840, le Champ-de-Mars amputé au début du XXe siècle, le parc Monceau réduit de moitié en 1860, les serres de la Ville de Paris d’un tiers par le boulevard périphérique
Jean-Camille Formigé n’a pas de chance : après l’amputation de son Parc-du-Champ-de Mars, ses Serres d’Auteuil ont été rognées d’un tiers une première fois en 1968 par le périphérique, et sont à nouveau menacées…

Pour illustrer sa préface, Yves Tadié nous fait un clin d’œil avec la fameuse photo de Proust prise dans un jardin, entourés de femmes souriantes, utilisant une raquette de tennis comme une guitare…

La visite des lieux proprement dite se déroule comme un conte de fée.
Sophie Nauleau nous les fait découvrir à travers le regard de Marianne, petite orpheline élevée par sa grand-mère et son grand-père, Arsène le taciturne.
Depuis des années, elle le voit chaque matin partir en sabots et se demande bien où il va.
Mais son grand-père lui répond toujours qu’elle est encore trop petite.
Un jour, enfin, elle vient d’avoir 13 ans, quand Arsène estime qu’elle a atteint l’âge de découvrir là où il se rend chaque matin.
Après avoir lu tout en haut, sur la grille d’entrée, écrit en lettres d’or, ETABLISSEMENT HORTICOLE, Marianne pénètre enfin dans le royaume de son grand-père jardinier d’Auteuil : «A l’écart du bruissement de la ville, un gigantesque palais de verre. Une montgolfière de cristal et d’acier. Un paradis turquoise»

Le fameux «bleu Formigé» indéfinissable, entre vert et bleu, qu’il avait inventé pour ses Palais des Beaux Arts et des Arts libéraux édifiés au Champ-de-Mars, sur fond de tour Eiffel, lors de l’Exposition universelle de 1889 (détruits dès l’année suivante pour la nouvelle exposition universelle !).

Marianne va apprendre beaucoup de choses.
Elle apprend que Formigé avait été premier lauréat du concours, et qu’Eiffel n’était que troisième.
Ce que ne sait pas Arsène, c’est que d’après la légende familiale colportée par les héritiers actuels, les deux illustres architectes deviendront de grands amis, et que madame Formigé sera la première femme à monter sur la tour Eiffel.

Marianne fera la découverte du palmarium par ses vertigineux escaliers extérieurs qui courent tout le long du dôme de verre comme de ceux des autres grandes serres.
Elle grimpera sur cette montagne de verre jusqu’au lanterneau situé à 15m75, surmonté d’une girouette.
A l’intérieur, «Tout n’était que jungle, calme et luxuriance».
Ajoutons que les jardiniers d’aujourd’hui racontent que le palmarium fut édifié pour donner aux Parisiens ne voyageant pratiquement pas à l’époque l’illusion d’être transportés sur la Côte d’Azur…

Le Jardin des Serres d'Auteuil. Photo: Jean-Christophe Ballot

Serres d’Auteuil. Photo: Jean-Christophe Ballot

La visite terminée, commence le voyage photographique de Jean-Christophe Ballot, à partir de la page «trente-et-un», une des rares pages numérotées de ce livre très chic !
«Le lieu du calme éternel», nous annonce le photographe, empruntant ces lignes au poème «Hypérion» d’Hölderlin.

Il nous entraîne dans un voyage hors du temps, où nous passons de feuillages touffus à des fragments de balustrade perdus dans la végétation, de grands masques (les mascarons sortis des ateliers Rodin) rieurs ou menaçants à des fragments de piliers, de multiples feuilles déployées comme d’immenses éventails, de fragments de troncs d’arbres granuleux, le tout presque toujours en noir et blanc, choix inattendu et si judicieux, si poétique, si propice au « calme éternel » des lieux.
Il n’y a que deux ou trois photos de l’extérieur des grandes serres aériennes de Formigé, en couleur celles là, et quantité de feuillages vus de l’intérieur, se déployant contre les courbes de fer et de verre et les ferronneries, très graphiques.

Le végétal domine l’architecture, si bien que dans la vision du photographe, les bâtiments si présents sur place passent au second plan, enfouis dans le silence éternel.
Une vision très personnelle, sans aucun doute.

Lise Bloch-Morhange

Photo: Le Jardin des Serres d'Auteuil. Photo: Jean-Christophe Ballot

Serres d’Auteuil. Photo: Jean-Christophe Ballot

«Pour le Jardin des Serres d’Auteuil», Gallimard, collection Editions alternatives
Les auteurs signeront leur livre le Jeudi 3 mars à partir de 16 heures à la Librairie du Jardin des Tuileries. Tél : 01 42 60 61 61
Jean-Christophe Ballot sera également présent le 9 mars, de 17 h à 21h30, à l’inauguration de l’exposition de ses photos du jardin à la galerie 6, Mandel, 6 avenue Georges Mandel dans le 16
ème . Exposition du 10 au 26 mars. Tél : 01 42 27 27 93

Pétition Sauvons les Serres d’Auteuil

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14 réponses à Un livre d’art pour les Serres d’Auteuil

  1. Homeyer dit :

    Bonjour,
    Désireux de participer à la souscription en achetant le livre « pour les serres d’Auteuil » pouvez vous m’indiquer à qui dois-je m’adresser pour réaliser cet achat .
    Merci d’avance pour votre réponse,
    cordialement,

    Pierre Homeyer

  2. Gobert dit :

    Bonjour et comme Pierre, je désire commander ce livre, mais comment puisque même sur le site de « Sauvons les Serres d’Auteuil » de Lise Bloch-Morhange, (porte-parole du Comité de soutien des Serres d’Auteuil) n’apparait de lien !?
    Ne pouvant être présent le 3 mars, (président d’un tennis club en Hte Savoie…) est-il envisageable d’acheter ce livre avec les dédicaces des auteurs Sophie Nauleau et Jean-Christophe Ballot ?
    Là aussi, merci d’avance pour votre réponse.
    Solidairement et bien amicalement.

  3. Geneviève DROIN dit :

    Je me joins à la liste des amateurs désireux de posséder ce précieux livre qui me rappellera sans doute les jours lointains où j’aimais admirer les plantes exotiques dans ce lieu magique.
    Merci de m’indiquer comment je peux le faire livrer à Nouméa.
    Bon courage dans votre lutte pour sauver ce magnifique jardin.
    Geneviève

  4. Bonifas brigitte dit :

    Je souhaite acheter le livre  » Pour le jardin des serres d’Auteuil » pour soutenir à ma manière ce combat difficile mais très emblématique du pillage des autorités locales et nationale de notre patrimoine. Pouvez vous m’indiquer comment me procurer cet ouvrage. J’ai personnellement travailler sur le sujet des jardins botaniques avec mes étudiants de BTS Tourisme au lycée Jean Moulin de Pézenas (34) et j’espère les avoir sensibilisé à votre cause.

  5. Fabienne dit :

    Bonjour,
    Pourriez-vous me dire où est-il possible d’acheter « physiquement » ce livre sachant que j’habite dans le Gard.

    Bien cordialement
    Fabienne

  6. Mathilde dit :

    Je n’arrive pas à trouver la réponse dans l’article, est ce qu’acheter le livre permet de soutenir, notamment financièrement, le collectif « sauvons les serres d’Auteuil », qui en a bien besoin ? Ou servira t il « seulement » à enrichir Gallimard ? N’étant point très fortunée et bien qu’intéressée par le livre, ma bourse ne me permet point de faire les deux !

    • Chère madame,
      merci de votre intérêt et de votre soutien.
      A vous de voir comment vous voulez procéder: le livre Gallimard coûte 25 euros ( à commander chez votre librairie ou sur Internet), alors que vous pouvez faire un don pour la défense des Serres d’Auteuil à partir de n’importe quel montant, sachant qu’à partir de 15 euros, vous bénéficierez d’une déduction fiscale.
      Voici les modalités pratiques:
      aller sur le site de la SPPEF, l’une des sociétés nationales reconnues d’utilité publique participant aux recours (Société pour la Protection des Paysages et de l’Esthétique de la France), présidée par Alexandre Gady :
      http://www.sppef.fr/donner
      SVP cliquer sur la case Faire un don : Serres d’Auteuil. Puis revenir en haut de la page et suivre les instructions pour finaliser le don.
      Vous pouvez également envoyer un chèque à l’ordre de la SPPEF, à l’adresse suivante, en spécifiant au dos du chèque qu’il s’agit d’un don pour les Serres d’Auteuil:
      SPPEF, Don Serres d’Auteuil, 39, avenue de La Motte-Picquet 75007 Paris.
      Qu’il s’agisse d’un don en ligne ou par chèque, vous pourrez bénéficier d’une
      déduction fiscale à partir de 15 euros de don, comme vous le verrez indiqué sur le site de la SPPEF.
      Merci encore de votre soutien chère madame,
      Lise Bloch-Morhange, porte parole du Comité de soutien des Serres d’Auteuil

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