Charly 9, un roman de Pape et d’épée

Peut on faire sourire à l’évocation de l’une des plus grandes tragédies de l’histoire, en l’occurrence le massacre de la St-Barthélémy qui fit plusieurs milliers de victimes à Paris et en province dans la nuit du 24 au 25 août 1572 ?

La réponse est sans aucun doute «oui» à la lecture du dernier livre de Jean Teulé, un roman historique revisité sur fond de guerre de  religions (catholiques contre protestants) assez peu à la gloire de la papauté et de la royauté…

Le récit est documenté, ce qui n’empêche pas l’auteur de prendre d’amusantes libertés avec les annales de  l’histoire. Pour notre bon plaisir. Ainsi Jean Teulé noircit Charles IX, le dépeint comme un poltron morbide et halluciné, hanté par les corps mutilés des huguenots qu’il a fait abattre. Alors qu’en réalité l’ordre royal de tuer ne visait que les chefs militaires du clan protestant. Mais que le jeune monarque (22 ans) s’est fait déborder  par le fanatisme religieux ambiant.

Jean Teulé charge également la mère du roi, la régente Catherine de Médicis, décrite comme abusive (préférant au roi son frère cadet «Mes yeux», le futur Henri III),  superstitieuse et manipulatrice. Les historiens récents l’absolvent pourtant de toute préméditation dans le massacre. Même le pape Grégoire XIII n’échappe pas au trait pour les besoins de la cause (guerrière), offrant au roi sanguinaire une épée en remerciement. Comme si faire chanter un Te Deum et fabriquer une médaille commémorative n’étaient pas suffisants pour célébrer la victoire du camp catholique.

Jean Teulé imprime au livre sa marque de fabrique -l’humour- qui fit le succès de  son précédent ouvrage «Le Montespan». On se réjouit de  la description des lubies attribuées au souverain, enragé de vénerie, qui s’époumone à jouer du cor et chasse le cerf dans l’enceinte même du Louvre, y provoquant moult dégâts. On  jubile à la lecture de ses assauts pour culbuter sa maitresse, Marie Touchet, alors qu’il s’achemine mourant vers Vincennes. On se régale de son langage tantôt ordurier et blasphémateur (c’est bachi-bouzouk au château de Saint-Germain !), tantôt immature, quand il appelle sa mère «Mamma», cocasse allusion à l’origine florentine de cette dernière.

L’originalité de la démarche du romancier tient aussi dans la façon de traiter deux années sombres de l’histoire de France à travers des dialogues résolument contemporains. Haut en couleurs et en clameurs, le livre pourrait un jour prochain s’illustrer en bande dessinée, comme ce fut le cas pour «Le Montespan».

Petit clin d’œil au monde littéraire, Jean Teulé s’amuse d’une  rivalité, réelle ou supposée, opposant deux auteurs de la Pléiade, Jean Dorat et Pierre de Ronsard. Alors que Charles IX vient de confier au second le soin d’écrire «La Franciade», le premier -jaloux de la royale commande- en vient à regretter tout haut que son collègue ne soit point protestant… Ce qui eût  immanquablement privé l’intéressé du loisir d’inviter Mignonne à contempler la rose…

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