Les mains pleines

L’histoire du beau recueil « Les Mains libres », livre de poèmes de Paul Eluard illustré par Man Ray prend sa source durant l’été 36 à Mougins. Il existe une photo de cette bande d’amis plutôt joyeux, créatifs et émancipés, comprenant Eluard et sa femme Nusch, Man Ray bien sûr mais aussi Roland Penrose, Picasso, Dora Maar ou encore la photographe Lee Miller.

On les voit pique-niquer dans un sous-bois et l’on devine que cet été là n’était probablement pas le pire moment de leur vie. Ce recueil, « Mains libres » vient de sortir à petit prix chez Folioplus. Une aubaine.

« Recommandé pour les lycéens », il comporte une partie didactique des plus intéressantes y compris pour ceux qui ont passé l’âge de passer le bac. Mais avant tout « Les Mains libres » se découvre facilement et cette juxtaposition des dessins de Man Ray avec la poésie de Paul Eluard délivre beaucoup de plaisir raffiné.

Les dessins ont été faits d’abord et Paul Eluard s’est attelé ensuite à les accompagner de sa poésie. Ce n’est pas le sens habituel mais l’intention a été délibérée. Ce n’était pas la première fois que Eluard s’intéressait à ce type de collaboration avec des artistes et il avait déjà réalisé une plaquette intitulée « Facile » avec le photographe américain. Celui-là, « Les mains libres », a été publié chez Gallimard en 1937.

 

Le dessin de Man Ray illustrant « Couture ». Photo: LSDP

Voilà c’est sûr une bonne occasion de relire Eluard avec ces poèmes courts ou très courts. Ainsi  de « Couture » :

Mots faits de chiffres
Appel de chiffres clameur d’or
Collection des bonheurs des goûts et des couleurs
Pour une exposition de chiens
Domestiqués couchants ergotés enragés.

 

On ne connaît pas forcément le talent de Man Ray comme dessinateur. Il a en effet commencé une carrière de peintre avant de passer à la photographie. Ses nus sont oniriques ce qui n’est pas anormal dans cette époque baignée par le surréalisme. Ses deux portraits de Sade en pierre, dans la petite section du livre consacrée au marquis sont étonnants. On voit que certains contemporains comme Manara se sont peut-être sourcés chez Man Ray. Des parentés de style sont décelables sans que ce soit naturellement une preuve.

Enfin qu’il est bon de se retirer de ce monde y compris dans le métro en se plongeant dans ce petit livre qui élève sinon irrigue de ses vertus bienfaisantes notre esprit malmené par la multiplicité des messages médiocres qu’encourage la crise. Un plaisir sans date de péremption qui vaut bien les 6,50 euros demandés.

Paul Eluard, Man Ray. Les Mains libres. Texte intégral avec dossier chez Folioplus.

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