La destinée méconnue des Dolganes

Destins Dolganes. Photo: Nicolas Mingasson/Observatoire photographique des pôlesCe n’est pas forcément indispensable de le savoir sous nos latitudes mais au cas où, pour confectionner un lasso qui ne gèle pas, il faut utiliser du boyau de renne. Nicolas Mingasson est sans doute l’un des rares à le savoir puisqu’il est allé chercher cette information à l’extrême nord de la Sibérie. Son reportage photographique pour le moins dépaysant est visible jusqu’au 7 mars 2016 au Musée de l’homme.

La photo ci-dessus a été prise dans la péninsule de Taïmyr. Elle s’appelle Lioudmila Alekseïevna Antonova et observe un troupeau depuis la fenêtre de son « Balok », l’habitation traditionnelle dolgane.

C’est tout le mérite de Nicolas Mingasson que nous faire découvrir ces parfaits inconnus que sont les Dolganes. Ils ne sont que huit mille  peut-on apprendre sur les cimaises du Musée de l’homme et évoluent sur un territoire de 200.000 kilomètres carrés soit presque la moitié de la France. Ils se déplacent de haut en bas au gré des déplacements saisonniers des troupeaux de rennes, l’équivalent à chaque fois d’un Paris-Nice dans un univers que nous jugerions hostile et sans doute réciproquement si l’on y réfléchit bien.

Armé  de son Hasselblad, Nicolas Mingasson a vécu à leurs côtés, utilisant le russe pour communiquer. Pour se rendre dans le nord Taïmyr, il a dû utiliser un hélicoptère. Les Dolganes font partie des populations les plus isolées de l’Arctique russe. La plupart se sont sédentarisés mais quelques familles sont encore nomades pour se caler sur la transhumance des troupeaux. Il y a peu, aller les voir était interdit et ils sont de fait méconnus, ce qui fait l’intérêt de ce reportage au long cours.

Une famille du village de Novorybnoïe, sur les rives de la rivière Khatanga. Photo: Nicolas Mingasson/Observatoire photographique des Pôles

Une famille du village de Novorybnoïe, sur les rives de la rivière Khatanga. Photo: Nicolas Mingasson/Observatoire photographique des Pôles

Intitulée Destins Dolganes, l’exposition nous fait aller et venir entre traditions et modernités, entre le lasso fait de boyau et les communications sur Skype. Les paysages extrêmes nous font rêver tandis que l’objectif de Nicolas Mingasson éveille notre sympathie  à l’adresse de ces gens si lointains, via des clichés aussi rapprochés qu’intimes.

Cette exposition ne se limite donc pas à un catalogue de belles photographies puisqu’elle est aussi instructive, notamment lorsque cela concerne les villages dolganes le long de la rivière Khatanga dans le Taïmyr oriental. Les maisons ont été construites à l’identique et l’ensemble du village porte le style soviétique accentuant la qualité photogénique du travail de Nicolas Mingasson. Les avenues sont larges, rectilignes et bordées de maisons basses peut-on lire sur un commentaire faisant office de légende. Les gens y vivent dans la crainte de la Pourka, soit le nom d’une tempête qui les oblige à se calfeutrer chez eux et à annuler leurs déplacements.

Nous Parisiens bringuebalés dans le tohu-bohu de notre grande ville, les fracas de l’actualité ou les misères au travail, devenons subitement rêveurs devant ces belles images évocatrices d’un ailleurs aussi improbable que réel. Ce serait intéressant de demander à un photographe dolgane d’immiscer son objectif dans les sociétés complexes qui structurent Paris. Et d’aller ensuite dans une salle d’exposition de ce coin perdu pour entendre les commentaires des Dolganes devant une photo qui montrerait par exemple un parisien nomade en train de chevaucher son Vélib’. Rêveraient-ils comme ils nous font rêver? C’est une vraie question.

PHB

Musée de l’homme jusqu’au 7 mars

Eleveur de Rennes rentrant à son campement. Une famille du village de Novorybnoïe, sur les  Photo: Nicolas Mingasson/Observatoire photographique des Pôles.

Eleveur de Rennes rentrant à son campement.  Photo: Nicolas Mingasson/Observatoire photographique des Pôles.

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3 réponses à La destinée méconnue des Dolganes

  1. Aubert dit :

    Un photographe dolgane dans les rues de Paris? Voilà qui ne manquerait pas d’être instructif, surtout pour ceux des Français portés à se voir comme le nombril du monde. Grâce à Voltaire, nous devrions pourtant savoir qu’on est toujours le Huron de quelqu’un d’autre…

  2. Sélaudoux Marie-José dit :

    Grande admiratrice de Jean Malaurie et vivement intéressée par ces peuples du Grand Nord, votre article m’a passionnée et je vais courir au Musée de l’homme.

  3. Colette BLAISE dit :

    BRAVO CES PEUPLADES OUBLIEES/IGNOREES LA FASCINENT.
    MOI AUSSI JE VAIS COURIR AU MUSEE DE L HOMME ET EN RPOFITERAI POUR VISITER CE MUSEE QUI VIENT DE ROUVRIR ET QUI EST SI CHARGE D HISTOIRE AVEC GERMAINE TILLON ET SES COMPA1GNONS.

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