Rousseau à quai au Musée d’Orsay

Le parc de Saint-Cloud, le Douanier Rousseau. Photo: PHB/LSDPIl serait paraît-il «vain» de coller une étiquette au peintre Henri Rousseau ou de le confiner dans un genre. Mais tout en l’affirmant, le Musée d’Orsay qui expose l’artiste jusqu’au 17 juillet, a bien dû trouver un titre. Avec «L’innocence archaïque», Henri Rousseau dit «Le Douanier Rousseau» obtient une sorte de statut un peu tiré par les cheveux mais qui le sort néanmoins de la fosse commune des inclassables.

Le musée lui a réservé un espace trop sombre. Certaines de ses peintures sont en outre recouvertes d’une paroi vitrée, d’autres non, mais dans les deux cas, il y a un effet de luisance qui gâche un peu le plaisir. Déjà que le «Poète et sa muse» n’est pas vraiment flatteur pour Marie Laurencin et Guillaume Apollinaire que la toile représente, mais de surcroît il y a cette brillance qui ne favorise pas davantage le tableau.

Né en 1844 à Laval, le Douanier Rousseau s’était fait de bons amis au début du siècle suivant, comme Pablo Picasso ou Guillaume Apollinaire lesquels l’entouraient d’une affection parfois teintée de moquerie. Au premier Henri Rousseau avait déclaré en 1908 «Nous sommes les deux plus grands peintres de l’époque, toi dans le genre égyptien moi dans le genre moderne». Apollinaire qui lui avait écrit un très émouvant poème posthume, lui avait également adressé de son vivant de très jolis messages comme «Tu te souviens, Rousseau, du paysage aztèque, des forêts où poussaient la mangue et l’ananas, des singes répandant tout le sang des pastèques et du blond empereur qu’on fusilla là-bas. Les tableaux que tu peins tu les vis au Mexique». Les Soirées de Paris avaient du reste consacré au mois de janvier 1913 tout un numéro à l’artiste et il est dommage au passage, que cette édition n’ait pas été retenue dans la scénographie même si la revue est par ailleurs mentionnée.

Henri Rousseau. Détail des "Footballeurs". Photo: PHB/LSDP

Rousseau. Détail des « Footballeurs ». Photo: PHB/LSDP

Puisque Rousseau n’a toujours pas d’étiquette malgré sa notoriété universelle, il faut découvrir cette (riche) exposition avec détachement, curiosité et si possible sans préjugés. Il y a certes du primitif dans ses paysages exotiques réalisés depuis la France (pays qu’il n’a jamais quitté), mais aussi de l’onirisme et du symbolisme dans ces joueurs de football en suspension entre deux rangées d’arbres, un grand talent de paysagiste pour ses scènes de banlieue et un talent achevé pour ses natures mortes. Le critique d’art qu’était Apollinaire avait écrit dans l’Intransigeant en 1911 (citation pertinemment rappelée sur les parois de l’expo) : «Je l’ai vu souvent travailler et je sais quel souci il avait de tous les détails (…), il n’abandonnait rien au hasard et rien surtout de l’essentiel». A voir sa petite «Nature morte à la cafetière» qui côtoie un Cézanne, censé lui faire écho, cela semble encore aujourd’hui, une évidence. C’est un des additifs souvent bien vu de cette manifestation que d’avoir procédé à l’insertion d’autres artistes comme Picasso, Fernand Léger ou encore Carlo Carrà.

En toute fin de parcours il sera permis de stationner devant sa «Charmeuse de serpents», une œuvre commandée par la mère de Robert Delaunay à la suite d’un voyage en Inde. Envoûtante, un brin menaçante, cette figure chimérique révèle à quel point Rousseau pouvait s’affranchir des conventions du réel.

Rousseau est mort en 1910 d’une gangrène à la jambe. Une poignée d’amis l’accompagne à la fosse commune. Sa sépulture a ensuite été transférée à Laval (1) et sur sa tombe figure gravée la belle épitaphe d’Apollinaire. Toujours dans le numéro spécial des Soirées de Paris paru en 1913, il est raconté sous la plume de Maurice Raynal, le banquet (2) qui avait été organisé en son honneur dans l’atelier même de Picasso. Là-haut dans le ciel, ne doutons pas que les agapes ont repris et même, s’éternisent.

Musée d’Orsay, jusqu’au 17 juillet

PHB

(1) « Gentil Rousseau » je te salue (Par Gérard Goutierre)
(2) Un banquet de fantômes

Henri Rousseau. Détail de "La charmeuse de serpents". Photo: PHB/LSDP

Henri Rousseau. Détail de « La charmeuse de serpents ». Photo: PHB/LSDP

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