Entrez librement au musée de la police

Borne d'appel de la police. Photo: Gérard GoutierreCe n’est certainement pas le musée le plus connu de Paris. Et l’on ne s’y rend jamais par hasard : à part une banderole discrète, rien ne permet de deviner qu’au troisième étage du commissariat de police du 5e arrondissement, rue de la montagne Sainte Geneviève, se trouvent réunis les objets les plus insolites (et les plus réels) constituant autant de pièces à conviction pour des faits qui sont beaucoup plus que « divers ». Ici ce ne sont pas les grands noms de l’art que l’on vient découvrir, mais les personnalités hors du commun qui ont marqué la grande ou la petite histoire.

Depuis le régicide Ravaillac, qui connut en 1610 un long supplice public, jusqu’aux tueurs en série comme le sinistre docteur Petiot, ou l’invraisemblable Landru, on trouvera ici quelque deux mille objets, documents officiels ou privés, photographies, objets de preuves, reconstitutions, en rapport avec des événements qui ont largement défrayé la chronique et sont encore dans toutes les mémoires.

Créé en 1909 par le préfet de police Louis Lépine (celui du Concours), le musée est organisé en cinq sections qui retracent l’histoire de la police parisienne, ses différents métiers, l’avènement de la police scientifique, sans oublier le rôle de la police pendant les guerres, et, bien évidemment, les faits les plus abominables réunis dans la section « Crime et châtiment ».

Les lames du crime au musée de la police. Photo: Gérard Goutierre

Les lames du crime au musée de la police. Photo: Gérard Goutierre

Cette dernière section est peut-être la plus visitée : si le crime ne paie pas, il n’a jamais cessé de fasciner. L’imagination humaine est dans ce domaine sans limite. La liste des objets ayant servi à des meurtres parle d’elle-même : couteaux à cran d’arrêt, à virole, de boucher, de jet ; cannes, matraques, cannes hérisson, cravaches, sabres japonais, casse-tête, nerf de bœuf…

A la fin du XIXe siècle, un crime a été perpétré avec un rouleau à pâtisserie. L’auteur n’était pas une épouse humiliée, mais un jeune homme de 16 ans voulant dérober la montre en or de sa cousine. A peu près à la même époque, c’est avec un os de mouton transformé en coup de poing américain que Louis Landrillon assassina l’inspecteur Rongeat. Pour éviter d’être repéré, un criminel avait dissimulé son poignard dans un faux éventail. Parfois, les meurtriers se font inventeurs : pour tenter d’assassiner Louis-Philippe, l’aventurier Fieschi avait mis au point une machine infernale constituée d’une dizaine de fûts de carabine devant fonctionner en même temps. Il manqua son coup, mais l’attentat fit 18 morts, et l’aventurier fut guillotiné avec deux de ses complices.

Le poison est bien évidement un produit de choix. La maîtresse en ce domaine est la marquise de Brinvilliers, dont les talents d’empoisonneuse lui valurent une célébrité posthume. Mais le champion toutes catégories reste sans doute l’impayable Louis Désiré Landru, héros de deux ou trois films, dont un de Chabrol, et qui a inspiré des chansons à Charles Trenet et à Serge Gainsbourg.

Les lames du crime au musée de la police. Photo: Gérard Goutierre

Voltaire fut embastillé onze mois. Photo: Gérard Goutierre

Les héros du musée ne sont pas toujours de psychopathes ou des petites frappes. On se souviendra par exemple que Voltaire, alors âgé de 23 ans, fut emprisonné près d’une année en 1717, pour propos outrageants envers le Régent : “Me voici donc en ce lieu de détresse,
Embastillé, logé fort à l’étroit
Ne dormant pas, buvant chaud, mangeant froid
Trahi de tous, même de ma maîtresse. »

Mais la vocation du musée est aussi de retracer l’histoire de la police. Une partie est consacrée à l’inventeur de la police scientifique, Alphonse Bertillon, qui créa vers les années 1880 l’anthropométrie judiciaire ; on découvrira une reconstitution de son atelier avec sa gigantesque chambre photographique.

Le visiteur pourra aussi retrouver ces personnages de la vie parisienne que furent les « hirondelles » . Voulus en 1900 par le préfet Lépine avec leur vélo (de marque « hirondelle »), leur cape pèlerine, leur casquette, ils furent aussi indissociables au décor de la capitale que le titi parisien. Ils disparurent en 1984, victimes de l’augmentation du trafic automobile.

Quand vous sortirez, libre, du musée de la police, portez votre attention sur l’immeuble d’en face, au numéro 2 . Une plaque y rappelle que le philosophe Gaston Bachelard y vécut à partir de 1941. Ancien télégraphiste devenu l’un des plus importants penseurs de XXe siècle, Bachelard fut l’un des grands amoureux de la poésie, et son plus fin analyste. On lui doit notamment « L’eau et les rêves », « Poétique de la Rêverie », « L’air et les songes ». Après une plongée dans l’ignominie et la turpitude humaines, un peu de poésie ne sera pas superflu.

Gérard Goutierre

Hôtel de police, 4 rue de la Montagne sainte Geneviève, 75005 Paris. Du lundi au vendredi de 9 h 30 à 17 h. Entrée gratuite.

Reconstitution du premier cabinet anthropométrique de Bertillon. Photo: Gérard Goutierre

Le cabinet anthropométrique de Bertillon. Photo: Gérard Goutierre

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1 réponse à Entrez librement au musée de la police

  1. de FOS dit :

    Merci pour la visite ! Particulièrement justifiée et opportune en ces temps où le képi se trouve bien malmené…

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