Edmond et merveilles

Edmond. Photo: alain GuejerroUne parenthèse. Nous sommes bien à Paris. Il est question de théâtre. Mais sans prévenir la machine à remonter le temps nous a transporté 120 ans en arrière. Que de révolutions depuis lors, que d’eau sous les ponts. Et pourtant on y est. Pour deux heures. Les comédiens sont là, ils jouent aux comédiens. La pièce dans la pièce. C’est une féérie, au Théâtre du Palais Royal, « Edmond » nous enchante.

« Edmond », donc, c’est la pièce. Edmond, c’est Rostand. Et la pièce dans la pièce (Ah, la Mouette …), c’est Cyrano. De Bergerac, précisément. Un must, que dis-je, un monument. Cyrano naît difficilement puis bien vite, voici le processus de sa création. L’auteur, c’est Alexis Michalik. Il est dans la salle en ce soir de deuxième représentation. Au fond, dans l’ombre, sur un strapontin de côté, à l’orchestre. Il profite du spectacle, ou plutôt il doit y trouver mille imperfections, et il va y travailler ce soir tard encore. Car il n’est pas content cet auteur et metteur en scène, c’est bien le travers de ces gens-là, qu’ils soient mauvais ou excellents. C’est un artiste, il est jeune, beau et talentueux. Mais sans avoir la grosse tête, comme me l’a assuré Anne-Pauline. L’auteur nous parle ici des artistes, du métier d’artiste, de la création, il nous raconte cette belle histoire par le biais d’Edmond de Bergerac.

Alexis Michalik s’approprie la pièce de Rostand pour en révéler les dessous, les coulisses, il se l’approprie pour mieux la mettre en valeur. Il nous en donne des passages seulement, des instants de grâce pour mieux construire son « Edmond ». Et la parenthèse est si belle. Le spectateur est emporté, il rit de bon cœur, il pleure à contrecœur. On croise Méliès et la naissance du cinéma, les deux Georges, Feydeau et Courteline, une polyphonie corse, la scène du balcon, l’énième répétition que la diva espérait être enfin le filage, la fumée des canons, des portes qui claquent. Tout est savoureux, l’argument donc, le texte, le décor, la mise en scène. Et cette troupe, ces douze comédiens qui ne font qu’un, ce ballet incessant, ils vont, ils viennent. C’est vif, drôle et émouvant, un rêve de théâtre, que demande le peuple ? Le peuple qui peut se permettre le billet … mais le jeu en vaut mille fois la chandelle.

Revoici donc Alexis Michalik, toujours jeune et beau, donc, avec sa troisième pièce déjà. Et le jugement ne change pas, la magie opère encore, après « Le porteur d’Histoire » (1) et « Le cercle des illusionnistes » (2), l’auteur et metteur en scène manie avec dextérité les mêmes ficelles. Rien ne change mais tout change, car c’est la passion de présenter un tourbillon si méticuleusement agencé qui reste intacte. Edmond Rostand hier, Alexis Michalik aujourd’hui, un travail acharné et un brin de folie pour offrir une belle soirée. C’est juste un petit cadeau, mais c’est déjà beaucoup.

Byam

Courez-y, en prime le cadre est somptueux. Ceux qui auront été assis confortablement et/ou auront vu l’ouvreur sourire gratuitement sont priés de rapporter.

(1) Le porteur d’Histoire
(2) Le cercle des illusionnistes

"Edmond" au Théâtre du Palais Royal

« Edmond » au Théâtre du Palais Royal. Photo: Alain Guerrero

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5 réponses à Edmond et merveilles

  1. huiban dit :

    Merci à vous Byam, de nous faire rêver d’une pièce émouvante autant que drôle dans un décor magnifique …

    Joëlle du pays des rias riantes où le décor verdoie et la mer scintille !
    Bel automne à tous.

  2. Steven dit :

    Vous refaites surface mr.Byam? Vous travaillez dans un submarine? Heureux de vous relire. S.

    • Byam dit :

      Merci Steven, un sous-marin jaune en effet, longues et secrètes missions dans les abysses … mais l’amiral Bonnet veille à terre avec son fier et brillant équipage

  3. Ping : Elles finissent mal … en général | Les Soirées de Paris

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