Elles finissent mal … en général

Une Histoire d’Amour, donc. De celles qui finissent mal ? Motus. Certes, c’est le cas en général, n’est-ce pas ? Et comme nous le rappelle la bande-son, Plaisir d’amour ne dure qu’un moment, chagrin d’amour dure toute la vie. Alexis Michalik, à nouveau auteur et metteur en scène, comédien cette fois en prime, nous présente Une histoire d’Amour à la Scala, sur le cosmopolite Boulevard de Strasbourg. Et c’est un nouveau coup de maître. Cela fait un bien fou de revenir dans de telles conditions au théâtre après six mois d’entracte contraint. Michalik remet le couvert pour notre émerveillement. On rit, on pleure. En même temps.

Ce théâtre est un rêve, une parenthèse, on y plonge, on est emporté. Et pourtant ce n’est ici «que» la vraie vie, presque chacun d’entre nous sur scène, une histoire contemporaine d’amour, de maladie, de temps qui passe, de famille, de soucis et de joies, tout simplement.

Avec donc Alexis Michalik «pour de vrai». Bon, il est comme les autres comédiens, parfaitement sincère. Il est tout de même en supplément «sacrément bel homme» selon ma voisine ce soir-là. Lui et ses complices vont et viennent, emportant et ramenant sans cesse leurs simples éléments de décor, dans un ballet savamment orchestré mais si bien pensé et travaillé qu’il semble naturel, et tout coule de source, les courtes scènes se succèdent en toute fluidité, en un clignement d’œil on passe du salon au jardin, de la chambre d’hôtel à celle d’hôpital. Le texte, ce n’est ni Molière ni Tchékhov, c’est proche de nous, ancré dans le réel, dans notre temps, et cela aussi sonne juste. Ajouter une pincée de bonne musique sans tape à l’œil et des lumières qui font passer les comédiens eux-mêmes de la réalité au rêve (oui, il y a même un fantôme), et on obtient un parfait cocktail théâtral. Comme lorsqu’on cède à la tentation d’aller voir un spectacle de Bob Wilson ou de James Thierrée … on sait bien que c’est «toujours la même chose», mais quel plaisir renouvelé !

« Une histoire d’amour », c’est simplement magique. Comme d’habitude, je ne dirai rien de l’histoire. En réalité est-ce vraiment de l’amour ? C’est au-delà, la vie, ses tourments, ses rencontres, la fin qui arrive avant qu’on ait pu profiter pleinement du début, du meilleur. Comme le sable la vie et la pièce file entre les doigts, on en profite comme on peut mais ça s’achève toujours trop vite. Sans feu d’artifice, sans badaboum. Une histoire d’amour nous berce, on se laisse faire.

Il n’y a qu’une chose pour laquelle le prodige à la barre a manqué d’inspiration. Le titre de la pièce. « Le tourbillon de la vie « est peut-être protégé. Dommage. Une histoire d’amour, si on peut se permettre le prix du billet, ou se faire inviter, n’en est pas moins fort recommandable. Comme d’ailleurs les précédentes pièces du jeune maître, du « Cercle des illusionnistes » à « Edmond », de « Intra Muros »  au « Porteur d’Histoire », des pièces qu’on peut encore trouver à l’affiche. Profitez-en, sortez.

Avec des pièces comme « Une histoire d’amour », on oublie bien vite le masque. Sauf lorsque les larmes de joie et de peine coulent dessus. Ça gratte un peu. Mais on reste en apnée en plongée au cœur du tourbillon de la vie d’Alexis Michalik.

Byam

« Une histoire d’amour » La Scala, 13, boulevard de Strasbourg,75010 Paris

Photos: François Fonty
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