Walasse Ting érotise le musée Cernuschi

Détail d'une oeuvre de Walasse Ting. Photo: PHB/LSDPEn choisissant finalement le surnom de «  Grand voleur de fleurs » Walasse Ting n’a pas fait que suivre la tradition chinoise des surnoms poétiques. Il y a engagé sans trop de mystère toute l’énergie érotique qui détermine une large partie de son œuvre. L’exposition qui vient de débuter à son endroit au musée Cernuschi l’a d’ailleurs repris en titre. L’établissement possédait depuis 1970 une vaste collection de l’artiste. Il nous en est donné à voir plus de la moitié, jamais exposées.

Le champ d’intervention de Wallasse Ting (1928-2010) est assez vaste, ses réalisations sont suffisamment frappantes pour que jamais l’on ne s’ennuie. L’œil du visiteur va de surprise en surprise que ce soit en début de scénographie sur sa séquence « action painting » (une forme de peinture pulsionnelle) jusqu’à ses œuvres mélangeant très habilement les codes du pop art à ceux de la peinture traditionnelle asiatique en passant par les compositions collectives auxquelles il avait pris part après-guerre. Walasse Ting a préfiguré sinon pris sa part à l’essor de l’art moderne chinois. 

Quand il arrive à Paris en 1953, Walasse Sting approche les artistes du mouvement CoBra et s’implique dans des projets pluriels où chacun y va de son pinceau sur une toile donnée. Il s’y intéresse d’autant plus que ce type d’initiative existait déjà dans la Chine ancienne. A vrai dire, ce que l’on peut voir de ces expérimentations où les genres se juxtaposent, n’est pas toujours probant. Du moins n’est-on pas forcément séduit. Le projet multi-courant « One Cent Life » est sans doute le plus audacieux dont l’ambition était de réunir 28 artistes de 16 nationalités différentes avec Walasse Ting comme chef d’orchestre avec pour finalité un livre transgenres (artistiques).

Oeuvre de Walasse Ting. Photo: PHB/LSDP

Réalisation de Walasse Ting. Photo: PHB/LSDP

Il est permis de préférer Walasse Ting seul à la manœuvre. Et son travail est assez enthousiasmant. L’érotisme y tient une large part au point que le musée a cru bon d’isoler les œuvres les plus significatives dans ce domaine avec une mention d’avertissement à l’endroit des jeunes enfants. Le musée Rodin avait fait la même chose en 2012 (1) avec une chambre à part mais la distinction entre ce qui relevait du sulfureux et du montrable à tous ne sautait pas clairement aux yeux. Et c’est encore vrai pour l’exposition qui nous occupe. L’image qui montre l’atelier de Ting tapissé de représentations érotiques issues de revues olé olé ne serait pas non plus à même de choquer une âme sensible et fraîche quand on voit tout ce qui s’affiche à l’air libre sur les kiosques parisiens.

L’un des aspects les plus attachants de son œuvre se trouve dans ses réalisations qui mêlent une exécution ancienne avec un traitement moderne. Le rendu est plein de grâce. On est interpellé en douceur par ces femmes lascives, rêveuses et si finement dessinées dans un espace temporel indéfini.

C’est une vraie découverte que nous propose en l’occurrence le musée Cernuschi. On y apprend que ce natif de Wuxi dans la province du Jiangsu a d’abord posé ses valises à Paris avant de rejoindre New York et Amsterdam. Sur l’état civil son vrai nom est Ding Xiongquan, le dernier mot signifiant « source virile ». De sa peinture il disait en allusion à l’acte amoureux que l’important était le « pendant », bien plus que l’avant ou l’après. Si bien que pour retrouver le « pendant », on en déduit qu’il lui fallait continuer à peindre, de toile en toile…

 

PHB

Jusqu’au 26 février 2017

(1) Voir aussi « Cure d’indécence au musée Rodin »

Œuvre de Walasse Ting. Photo: PHB/LSDP

Œuvre de Walasse Ting. Photo: PHB/LSDP

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1 réponse à Walasse Ting érotise le musée Cernuschi

  1. J’ai visité l’expo samedi dernier et j’ai vraiment adoré. Je ne connaissais pas cet artiste, j’ai fait une très belle découverte !

Répondre à Riccrarrdo Moretti Annuler la réponse

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