Hervé di Rosa en toute compagnie

Exprimée par Hervé di Rosa, l’apocalypse mériterait une chaise longue et au moins quinze minutes d’observation pour profiter de chaque détail plus ou moins anthropomorphe. Ce n’est même pas hallucinant puisque tout est bien là, devant nous, à nous crever les yeux. Cette toile dont on voit ci-contre un aspect central nous épargne d’avoir recours à des drogues. Sortie de l’imagination de l’auteur, plaquée de personnages maléfiques, l’œuvre nous irise de toute sa force prolifique. C’est du Jérôme Bosch revisité par un enfant du siècle et visible à la Maison Rouge jusqu’au 22 janvier.

De la même façon que Serge Gainsbourg qualifiait sa musique d’art « mineur », Hervé di Rosa se situe dans « l’art modeste » et même faussement modeste. Il se dit proche d’un ensemble qui amalgamerait « l’art populaire, l’art primitif et l’art brut » sans toutefois s’y réduire. Il en a même fait une carte topographique comme celles datant de Christophe Colomb, où se dévoilent de nouveaux continents, de nouvelles terres arables et des zones d’influences inédites qui interagissent. Après un tel pronunciamiento, l’artiste semble s’être attribué toute licence pour laisser libre cours à son inspiration débridée.

Hervé di Rosa, fait partie de ces artistes qui n’abolit pas les limites de l’art à proprement parler mais qui les a quand même bien repoussées. L’une de ses idées créatrices est notamment de procéder par assemblage. Ainsi il peut répliquer des boîtes de jouet plutôt vulgaires prises à part et élaborer une sorte d’homme nouveau, de robot plastifié qui tend ses bras vers le haut sans que l’on puisse deviner les sentiments qui l’animent. Notons aussi ce cyclope sans tronc qui semble garder avec une malveillance réjouissante l’accès à l’escalier conduisant vers le sous-sol.

Réalisation d’Hervé di Rosa exposée à la Maison Rouge

Des jouets et autres objets qu’il collectionne, il s’applique à en faire des ensembles cohérents qui déterminent un résultat artistique convaincant. Il en va ainsi de ses collections de petites voitures ou d’avions à échelle réduite. A côté desquels on trouve également ses « Deux nigauds en voiture », un jouet en résine de polyester peinte, qui évoque fortement le monde des films d’animation dans un style heureusement déviant.

On comprend pourquoi cette exposition s’intitule « Plus jamais seul » et non pas « mal accompagné ». Hervé di Rosa a déployé tout un monde autour de lui qui emprunte aux codes de l’enfance et à ceux de l’adolescence incluant dans ce dernier cas ses rêveries proprement stupéfiantes. Il est par ailleurs le président d’un mouvement des « arts modestes » qui a trouvé à s’abriter dans un musée du même nom à Sète. Cette « figuration libre » avait même donné lieu à une exposition spécifique au musée Paul Valéry à Sète (1) où figuraient certains de ses amis tous issus de la même pensée éprise de liberté.

« Plus jamais seul » aurait également pu convenir à ce buste en plâtre de lui-même où l’on décèle une de ces amertumes qui conduit, suit et scelle fondamentalement la destinée d’un homme. A cet égard, une fois que l’on a bien compris le concept, son exposition à la Maison Rouge nous surprend, nous amuse et nous interpelle pour le moins.

PHB

(1) L’exposition de 2015 à Sète

« Plus jamais seul ». Exposition autour de Hervé di Rosa
Maison Rouge, 10 bd de la Bastille jusqu’au 22 janvier 2017

« Plus jamais seul ». Aspect de l’exposition

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