De l’ombre a la lumière. Quand le secret est levé

Ils nous ont fait vibrer, fantasmer à travers le cinéma et la littérature. Ils sont nos héros, ils sont devenus des mythes. Mais il est impossible de les approcher dans la réalité. Et pour cause, ils sont secrets, spéciaux, classés « secret défense ». C’est cette double approche entre la réalité et la fiction qu’a choisi le musée de l’Armée pour son exposition « Guerres secrètes ». Les héros de fiction -y compris notre Jean Dujardin national- sont présents et confrontés aux vrais hommes de l’ombre, aux vrais espions.

On y apprend que c’est en France, le Second Empire qui invente les services secrets ou plus précisément met en place les premières institutions d’Etat consacrées au renseignement et au contre espionnage.

Les documents mis à disposition du public et donc « déclassés » couvrent essentiellement la seconde guerre mondiale et la guerre froide pour s’arrêter à la chute de l’union soviétique en 1991. L’histoire plus récente bien sûr ne peut s’exposer au grand jour pour de nombreuses raisons dont le devoir de ne pas faire courir de risques aux « sources » dont la protection est une obligation légale.

A propos de « source« , les agents secrets ne parlent pas comme nous. Ils utilisent des codes bien sûr mais aussi un vocabulaire qui leur est propre : « L’honorable correspondant » est un patriote, collaborateur bénévole. Le terme « Légende » est une fausse biographie qui sert de couverture. Les « Exploitants » sont dans la terminologie de la DGSE, les analystes qui exploitent les informations collectées.Une « Déception » est une technique consistant à induire l’ennemi en erreur.

Parmi les 400 objets présentés, on s’amuse du matériel de postiches et de fausses moustaches destinés au « desilhouettage » et qui ont pour nous rétrospectivement un côté artisanal voire amateur. On tremble devant le vrai « parapluie bulgare » utilisé en 1978 à Londres contre l’écrivain bulgare dissident Georgi Markov: un minuscule plomb de ricine intégré à l’extrémité du parapluie est injecté discrètement dans le corps de la victime. La victime ne se doute de rien. La mort ne survient que quelques jours plus tard. Certains objets semblent sortis du bureau du Mr « Q » inventeur des gadgets de James Bond, personnage inspiré directement de Charles Bovill du SOE britannique (Special Operations Executive). Et pourtant la réalité est bien là, qui dépasse la fiction, comme le rouge à lèvres « Baiser de la mort » dissimulant un pistolet a 1 coup de calibre 6 et de fabrication britannique ou aussi la chevalière a chaton mobile destinée à dissimuler une pilule de cyanure à avaler en cas de pépin.

Photo: MPS

Nous découvrons les visages du courage. Parmi les stars tels Bob Denard, Albert Londres ou Joséphine Baker, voici ces héros anonymes : Georges-Jean Painvin (1886-1980) polytechnicien et génial casseur de codes pendant la guerre de 14/18 ou encore Jeanne Bohec (1919-2010), déjà « une fille de Brest » au doux sourire, est une chimiste spécialiste du sabotage engagée au sein des Forces Françaises Libres à Londres, des FFI et du maquis Saint Marcel à Paris.

Nous voici donc confrontés au principe de réalité, une réalité d’hommes et de femmes qui travaillent dur, au péril de leur vie, dans l’abnégation, à des travaux quotidiens parfois modestes et parfois héroïques, loin des clichés et des rares affaires qui sortent dans la presse. Car les médias se font l’écho auprès de l’opinion publique de ratages retentissants comme celui du « Rainbow Warrior » pour les français, des « 5 de Cambridge » pour les Britanniques ou de l’affaire de « la Baie des cochons » pour les américains.

On connaît moins bien les succès de décodage « Ultra » pour les britanniques ou « Venona » pour les américains ou enfin l’affaire « Farewell » pour les français: Avec son « retournement » en 1980, l’officier du KGB Vetrov alias « Farewell » va livrer à la DST et à la CIA de plus de 3000 documents sur micro-films révélant notamment la liste des agents soviétiques infiltrés dans le monde. Il sera à l’origine de l’expulsion de 47 diplomates soviétiques du territoire français.Identifié par le KGB, il sera exécuté en 1985.

Une histoire qui nous semble bien lointaine, et pourtant si proche.

Marie-Pierre Sensey

Exposition « Guerres secrètes ». Photo: MPS

« Guerres secrètes », Musée de l’Armée, Hôtel des Invalides, jusqu’au 29 janvier 2017.

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2 réponses à De l’ombre a la lumière. Quand le secret est levé

  1. Sans oublier le récent film de Morten Tydum, « Imitation Game »,’ ou l’histoire du jeune mathématicien de génie anglais Alan Turing qui parvint à « casser » le code secret des Allemand, « Enigma », bien avant l’invention de l’ordinateur. Il fut recruté en grand secret par le gouvernement anglais dès 1939, et vécut si mal son homosexualité qu’il finit par se suicider en mangeant une pomme empoisonnée! Il est interprété dans le film par le merveilleux Benedict Cumberbatch, alias Sherlock himself!

  2. philippe person dit :

    Cher Lise,
    ce pauvre Alan Turing n’a pas « vécu si mal son homosexualité que »… Il a surtout été victime d’une « castration chimique » ordonnée par la bonne justice britannique… Ce n’est pas tout à fait pareil…

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