La musique rend plus intelligent

Ce n’est pas une plaisanterie ! C’est prouvé ! C’est scientifique : la musique rend plus intelligent. Cette affirmation est le fruit d’une trentaine d’années de recherches effectuées par la très savante Isabelle Peretz, titulaire d’une chaire en neurocognition de la musique à l’Université de Montréal. Si cette dame a pu faire de cette ville la capitale mondiale de l’étude du cerveau musical, elle le doit notamment aux fulgurants progrès réalisés dans ce domaine grâce à l’IRMN (Imagerie par résonance magnétique nucléaire). Jusque-là, on ne savait à peu près rien du fonctionnement infiniment complexe du cerveau. Mais quand on sait désormais, grâce à l’IRMN, que le poulain galope dans le ventre de sa mère, histoire de s’entraîner, on ne s’étonne plus d’apprendre que la musique peut rendre plus intelligent !

Dans ce livre de vulgarisation demeurant néanmoins assez pointu, la neuroscientifique veut tordre le coup à quantité de fausses idées sur la musique. On vous a peut-être dit que vous chantiez faux quand vous étiez jeune (c’est mon cas et c’était faux), que vous êtes incapable de chanter, que l’oreille absolue est le fin du fin, que les mathématiciens sont doués pour la musique, qu’il faut être jeune pour apprendre à jouer d’un instrument, etc, etc. Que des idées fausses. Comme celle de croire «qu’on a la musique dans le sang ou qu’on ne l’a pas». Eh bien ce n’est pas une question de gêne ni de génie, c’est une question de travail. A condition de travailler suffisamment un instrument, la très grande majorité des gens peut atteindre un niveau professionnel, soit 95% d’entre nous. «Ce simple constat devrait encourager tout le monde à apprendre la musique» estime la dame de Montréal, précisant que seulement «2,5% de la population peut être considérée comme douée musicalement», les 2,5% restants étant des «amusiques», génétiquement imperméables aux sons.

En fait, tout se ramène au berceau et même au ventre de la mère. Car nous naissons tous égaux sur ce plan : le bébé «naît avec un cerveau musical qui lui permet d’absorber toutes les musiques du monde.» Et les progrès de la science du cerveau ont permis de comprendre depuis peu, par des expériences très fines, que le cerveau du nouveau-né est «précâblé» pour la musique comme pour la parole, probablement même in utero : «Le fœtus perçoit l’environnement sonore durant le dernier trimestre de gestation.» Et quand le cerveau de l’enfant est-il à son meilleur pour apprendre à «faire de la musique» ? Eh bien dès 6 mois !
Car il ne suffit pas d’écouter de la musique pour devenir plus intelligent ! Les études récentes sur le bébé de six mois le prouvent, comme celles plus connues sur les enfants de 6 ans : «Les enfants de six ans qui reçoivent des cours de piano ou de chant pendant un an prennent quelques points de plus à l’échelle de mesure de l’intelligence.» Les cours de théâtre, par exemple, n’ont pas cet effet.
Non seulement les jeunes musiciens sont «plus intelligents» que les autres, mais on sait maintenant que «faire de la musique sculpte le cerveau». «Cette plasticité cérébrale à l’exercice soutenu d’un instrument de musique est assurément la découverte la plus spectaculaire de la neuroscience de ces vingt dernières années.», souligne Isabelle Peretz , qui fait illustrer ses affirmations tout au long du livre par de petits dessins humoristiques où le chat remplace l’homme.

Fascinantes découvertes, en effet, permettant de suivre ce qui se passe à l’intérieur du cerveau d’un musicien professionnel, la multiplicité des zones mobilisées, celles qui se développent, la théorie génique apportant sa contribution. Ainsi apprend-on que dans le «cortex auditif humain, des changements dans l’organisation des neurones et de leur connectivité continuent à se produire jusqu’à l’âge de 18 ans.»
Pour un musicien professionnel, insiste l’auteure, si l’âge de 6-7 ans demeure idéal pour l’apprentissage, pour nous tous la pratique musicale n’a pas d’âge, et se rattache au plaisir de chanter ou de danser. Ne pas s’en priver, puisque si l’on ne sait pas encore exactement comment la musique agit sur le cerveau, on sait qu’elle peut provoquer des «montées de plaisir … aussi puissantes et grisantes que celles provoquées par les drogues», suscitant des apports de dopamine dans les circuits cérébraux de la récompense.

Que de bonnes raisons pour aller célébrer la venue du printemps en vous rendant le week-end prochain aux onzième Musicales de Bagatelle, qui donnent le coup d’envoi en ce lieu des festivals d’été qui vont s’y succéder. Tout sera réuni pour donner raison aux dernières recherches de la science musicale, et même au-delà : un superbe jardin, l’Orangerie comme cadre de musique, et de jeunes musiciens en phase d’épanouissement. Les preuves des Banques Populaires ne sont plus à faire dans ce domaine, et depuis 1992, la longue liste des lauréats de sa fondation témoigne de son flair pour soutenir bien des stars de demain (quelque 250 instrumentistes, une trentaine de compositeurs, et plus de 400 personnes en situation de handicap).
Programmation particulièrement éclectique :
Vendredi soir «Cellissimo» célèbrera de jeunes violoncellistes. Samedi après-midi «Ensemble et c’est tout» fera notamment entendre un jeune trio de marimbas «Trio SR9». Puis on passera au «Classiquement jazz» avec la chanteuse Isabelle Georges le soir.
Et dimanche, pour devenir plus intelligent à partir de 7 ans, «Fantaisies pour grandes et petites oreilles».
 «Musicales de Bagatelle», du vendredi 25 au dimanche 27 mai

Si vous vous trouvez assez intelligents comme ça, vous pourrez préférer à l’Orangerie de Bagatelle l’Auditorium de Radio France dimanche après midi, pour ne pas rater le récital d’un formidable pianiste français trop rare à Paris, Jean-Efflam Bavouzet. Son passé de percussionniste donne à son toucher quelque chose d’électrisant.
A ce propos, les neurosciences musicales ne semblent pas nous donner encore de piste pour expliquer pourquoi nous sommes sensibles au toucher de tel musicien et pas à celui de tel autre…

Lise Bloch-Morhange

Auditorium de Radio-France, Récital Bavouzet, dimanche 27 mai, 18h

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1 réponse à La musique rend plus intelligent

  1. Marie-Hélène Fauveau dit :

    Bonjour Lise
    merci pour cet article
    nous venons de découvrir qu’une de nos petite fille est « douée « pour la musique
    dixit un professeur de Masterclass…
    quand elle était petite et que je la gardais je lui faisais écouter Satie parce que c’était mon musicien du moment
    En dehors des neuro-sciences qui cherchent des crédits, la grand -mère y est peut-être pour quelque chose ! en tous cas les humbles professeurs de musique des écoles sûrement il faut leur rendre hommage
    bien amicalement

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