Atout coeur

Discrètement niché derrière une paroi en verre, ce médaillon en forme de cœur émeut gentiment le visiteur qui passe. Il contient les cheveux de Maurice Sand, petit fils de George Sand (voir commentaire lecteur plus bas). Il a été réalisé en 1863 par un auteur inconnu et s’inscrit dans le cadre de l’exposition « Cœurs » lancée par le Musée de la Vie romantique, concomitamment avec le jour de la Saint-Valentin. Ce faisant, ce discret tout autant que charmant établissement du neuvième arrondissement, espère élargir à la vie contemporaine son fonds de commerce bloqué dans le 19e siècle. L’origine de la Saint-Valentin remontant au 14e siècle on pourrait au contraire penser à une marche à rebours mais les pièces proposées ici jusqu’au 12 juillet sont effectivement modernes, presque toutes postérieures à l’an 2000. Cependant que toute occasion d’aller faire un tour à l’hôtel Schetter-Renan est bonne à saisir.

Afin d’appâter le chaland, le musée a réuni une quarantaine d’œuvres contemporaines et presque autant d’artistes autour de la thématique du sentiment amoureux, avec le cœur battant (plutôt que brisé), comme symbole indélogeable. « Et toi mon cœur pourquoi bats-tu » interrogeait Guillaume Apollinaire avant d’avouer qu’il n’était qu’un « guetteur mélancolique observant la vie et la mort ». Mais au contraire de cette mélancolie, le musée nous inviterait au contraire à une « découverte esthétique » de l’organe en question, mieux connu pour ses émulsions amoureuses. En l’occurrence, la maison de la vie romantique ne s’est pas égarée. Tout ce qui nous est présenté a un rapport direct avec le muscle cardiaque et ce qu’il en découle en dehors de sa fonction de base, le transport sanguin. La scénographie ne tourne pas autour du pot et qu’il s’agisse de Jean-Michel Othoniel, Pierre et Gilles, Annette Messager (qui fait l’affiche), Sophie Calle ou encore la sculpture en froufrous roses de Agatha Ruiz de la Prada, tout n’est ici que cœur, cœur-panique et atout cœur, au risque d’un possible écœurement. Heureusement qu’après les salles dédiées, les autres s’inscrivent dans le parcours ordinaire des collections permanentes, procurant en cela, une distraction salutaire.

Une exposition qui nous permet de mesurer la distance entre le cœur gravé sur la pierre ou sur l’écorce d’un arbre par rapport à tous ces « like » en forme de palpitant que les réseaux sociaux distribuent à tout va, au point de déprimer ceux qui n’en récoltent pas assez. « Le cœur a la forme d’une urne, c’est un vase sacré tout rempli de secrets », écrivait Alfred de Vigny (1797-1863) qui ne pouvait sans doute imaginer à quel point il allait être décliné, comme ce beau cœur de Niki de Saint-Phalle ou à travers cette œuvre peinte à l’huile (ci-contre) de Françoise Petrovitch tendant à illustrer les premiers émois et possiblement, les premiers chagrins.

On a donc bien compris qu’en l’occurrence, le Musée de la Vie romantique innove afin de desserrer l’étau passéiste qui le corsetait. C’est une tendance générale à réduire le passé, laquelle s’introduit à peu près partout de la Maison de Balzac jusqu’au musée Antoine Bourdelle. Dans ce neuvième arrondissement néanmoins, il y a encore juste à côté le musée Gustave Moreau (1826-1898). Un lieu de résistance qui refuse de céder aux sirènes de la modernité. Et c’est sans doute la raison d’un succès qui ne se dément pas, notamment en provenance des nombreux amateurs japonais.

PHB

« Cœurs, du romantisme dans l’art contemporain », Musée de la Vie romantique 16 rue Chaptal 75009 Paris. Jusqu’au 12 juillet 2020

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2 réponses à Atout coeur

  1. Claude MASSON dit :

    Monsieur Bonnet,
    Votre article Atout Coeur a fait battre anarchiquement mon… cœur et, bien vite, pour le calmer, c’est de bon cœur que je cours vers vous pour remettre la généalogie de la baronne Dudevant, alias George Sand, en bon ordre de marche.
    Si le prénom Maurice palpita durant trois générations, de l’arrière-grand-père de la romancière, Maurice de Saxe, jusqu’à son propre fils Maurice Dudevant, en passant par le père de la Dame de Nohant, Maurice Dupin de Francueil; son unique petit-fils (fils de Maurice) se prénomma, quant à lui, Marc-Antoine. Donc… le cœur du musée de la Vie Romantique contient sans doute une mèche des cheveux de son cher fils et non quelques cheveux de son petit-fils, même si ce dernier mourut à peine âgé d’un an ! L’information, par vous donnée, Monsieur, doit sortir d’un cœur que la raison ne connaît pas !!
    Claude Masson

    • Cher Monsieur et lecteur,
      Je vous remercie de toutes ces précisions. N’étant pas un spécialiste de la généalogie de George Sand et en revanche très doué pour m’égarer dans les arborescences familiales, l’erreur fatale m’attendait dès le premier virage. Grâce à vous tout est rétabli. Merci encore. PHB

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