Valence (Espagne) : une pépite verte

En ces temps de confinement, rien de tel pour se changer les idées qu’une petite escapade virtuelle dans une ville espagnole pleine d’agréables surprises. À deux heures d’avion de Paris, Valence est une destination de choix. Moins courue par les touristes que Barcelone, et d’autant plus appréciable, la belle Ibérique a largement de quoi tenir la comparaison. Un centre historique, mais aussi une architecture moderniste et des bâtiments contemporains spectaculaires, des bars à tapas qui s’animent dès le coucher du soleil, d’immenses plages en pleine ville et une douceur de vivre inimitable. Cerise sur le gâteau, Valence possède une pépite verte exceptionnelle qui fait tirer la langue à ses rivales : une promenade plantée de 10 km, les jardins du Turia, qui traverse la ville de bout en bout. Et ce sont précisément les jardins du Turia, inaugurés en 1986, et les constructions futuristes développées dans la lignée qui ont redonné ses lettres de noblesse à Valence.

Rappelons que des inondations meurtrières ravagèrent Valence en 1957, épargnant heureusement le centre historique construit sur un promontoire. Pour éviter que ce cataclysme ne se reproduise, une décision irrévocable était prise par le gouvernement : détourner le fleuve Turia de son lit. Pendant des décennies, une tranchée marécageuse avait séparé les différents quartiers. Puis le gouvernement avait tenté d’imposer une idée tonitruante, transformer le lit asséché du fleuve en une rutilante quatre-voies. Mais la municipalité et les Valenciens ne l’entendaient pas de cette oreille. Ils y opposèrent un refus net en organisant le mouvement de protestation « Queremos un rio verde » (ou Nous voulons un fleuve vert). Enfin après une consultation publique, l’idée d’un grand parc vit le jour et les Jardins du Turia furent inaugurés en 1986. D’une superficie de 110 hectares, il s’agit du plus grand espace vert citadin d’Espagne.

À l’abri de la circulation et de la frénésie urbaine, le poumon vert de Valence est grandiose. C’est un vrai plaisir de le parcourir à pied ou à vélo, le mollet sportif ou l’âme baladeuse. Il est jalonné de 18 ponts qui constituent pratiquement autant de possibilités d’accès aux jardins. Les ponts les plus anciens datent du XVe siècle et le plus récent, le pont Assut de l’Or, une gracieuse harpe de 120 mètres de haut, a été inauguré en 2008. A l’extrémité sud-est des jardins du Turia, ce pont marque l’entrée de la cité des Arts et des sciences. La majorité des monuments de ce complexe culturel spectaculaire, conçus par le grand architecte valencien Santiago Calatrava, sont devenus symboliques de Valence. Le premier bâtiment, l’Hemisfèric (image d’ouverture), un planétarium doublé d’une salle imax, ouvrait au public en 1998. Deux ans plus tard, c’était le tour de la cité des sciences Príncipe Felipe. Puis, pour ne citer que les bâtiments les plus connus, l’impressionnant palais des Arts Reina Sofia, en forme de bateau, était inauguré en 2005. On est saisi par cette architecture futuriste imposante, mise en valeur par les bassins d’eau qui l’entourent et l’écrin de verdure que constituent les jardins du Turia. Le projet a pourtant suscité de nombreuses controverses non pas tant en raison de son esthétique que de son coût.

Autre quartier, autre temps. Parmi les nombreux sites remarquables du centre historique, trois édifices ont particulièrement retenu notre attention.
Tapie au fond d’une cour, l’église de Saint Jean l’hospitalier (5 rue Trinquete de caballeros) appartenait comme son nom l’indique aux chevaliers de l’ordre éponyme. Classée monument historique, elle est la plus ancienne église de Valence, la première érigée après la reconquête vers 1238. Cette petite église de toute beauté, négligée par les touristes, est propice au recueillement.
L’âme en repos, on peut se diriger vers le marché central, bâti au début du XXe siècle en plein cœur de la vieille ville. Sitôt la porte franchie, on est plongé dans une animation qui ne semble jamais tarir. Les produits sont d’une telle qualité et les étals si bien présentés qu’on dévore tout des yeux quand on ne cède pas à la tentation en s’attablant aux stands de dégustation.
En face du marché central, la Lonja (image ci-dessus), l’ancienne bourse de la soie et des marchandises, est sans doute l’une des plus élégantes constructions gothiques séculières du XVe siècle. Avec ses piliers torsadés de 17 mètres de haut qui s’élèvent avec majesté vers une voûte en étoile et ses immenses fenêtres gothiques ouvragées, la salle de Contractacion laisse une impression profonde.
La soie a été longtemps une activité importante de Valence. Le petit musée de la soie (7 carrer de l’Hospital) lui rend hommage. Installé dans l’ancien siège du Collège de l’Art Majeur de la Soie, un bâtiment du XVe, il comprend également des ateliers de tissage. Son charme est rehaussé par le gastro-bar qui lui est annexé. Avec sa grande terrasse ensoleillée, protégée par un muret, il est un havre de quiétude où se poser pour rêver.

À Valence, les gourmets ne resteront pas sur leur faim comme le prouvent les nombreux restaurants, du bar à tapas au restaurant gastronomique, où l’on se régale. Pour les fruits de mer, les tavernes historiques du vieux quartier des pêcheurs, El Cabanyal, sont une bonne adresse. À l’est de la ville, ses rues étroites qui entremêlent petites maisons décaties et pimpantes ne manquent pas de caractère. On peut préférer un repas en bord de mer, à côté d’El Cabanyal, dans l’un des restaurants qui bordent les immenses plages de sable blanc. Ces derniers, plus touristiques, offrent fruits de mer et paella dont Valence est le berceau. Avec un peu de chance, vous tomberez sur une authentique paella valencienne concoctée avec la bomba, la seule et unique variété de riz qui devrait être utilisée pour ce plat. La bomba est toujours cultivée dans les rizières du parc de l’Albufera, qui est aussi une réserve ornithologique (et un autre but de visite), à 10 kilomètres de la ville.

Centre ville de Valence

Les plages de Valence, agréablement balayées par le soleil, étaient désertes au début de l’année. Alors que l’effervescence des terrasses et des bars des quartiers de Russafa et du Barrio del Carmen était déjà à son comble dès la tombée du jour. L’animation reviendra. En attendant, rêvons d’évasion !

Lottie Brickert

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11 réponses à Valence (Espagne) : une pépite verte

  1. Catherine Boccaccio dit :

    Merci Lottie de nous faire rêver.

  2. Silvana dit :

    En te lisant j’ai eu l’envie d’une balade dans les jardins du Turia, le mercado central, et les quartiers de Russafa… qu’est ce que c’etait bien. Merci Lottie de m’avoir fait revivre pleinement mes souvenirs de Valence de l’été dernier , ç’est comme si c’était hier.

    Bonne journée de confinement

  3. thierry dit :

    Encore une destination que tu nous donnes envie de visiter. La question demeure : cette alléchante visite virtuelle apaise-t-elle les contraintes du confinement ou les rend-elle plus pensantes ? Merci quand même !

  4. Lenys dit :

    Merci pour ce partage , de ma ville de cœur espagnole , à l’image de Porto, au Portugal.

  5. ROMERO LLORENTE Agnès dit :

    Merci Lottie pour ce magnifique voyage.

  6. Raymond dit :

    Quelle belle proposition d’évasion…
    Mais au secours ! Mon « âme baladeuse «  ne subit-elle pas les effets du confinement ? Car la photo de l’Hemisféric me fait penser à un casque de protection contre la chauve-souris de mauvaise réputation qui figure sur le blason de la ville…
    (et qui aurait averti Jacques 1er d’Aragon de l’approche des musulmans)

  7. Astrid dit :

    Nous avons aussi découvert Valence l’an dernier et ce fut un vrai coup de coeur. Comme tu le dis si bien, c’est une pépite encore préservée du tourisme de masse international. Cela devrait durer encore quelques temps!

  8. PIERRE DERENNE dit :

    Horum omnium fortissimi sunt Belgae (De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves) Mais « il » aurait pu ajouter : de l’Empire ceux qui savent le mieux faire la fête sont les Espagnols. Découvrir les Fallas à Valencia est un moment unique. Gageons que l’an prochain se sera de nouveau possible. C’est une des plus belles et authentiques fêtes d’Europe.

  9. Deregnieaux dit :

    Merci de faire briller ainsi cette pépite

  10. lottie dit :

    Merci à toutes et à tous de vos commentaires sur cette escapade à plus d’un titre. Toujours heureuse de partager mes coups de coeur avec vous !

  11. Candice dit :

    Merci Lottie pour cette évocation de Valence encore plus vive que dans mes souvenirs ! Tu sais pointer tout ce qui fait le charme inimitable de cette ville. 🙂 🙂

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