Temari et Mizuhiki, l’art du cadeau au Japon

Les arts populaires traditionnels japonais se sont développés ces dernières décennies en Occident où les mangas, l’ikebana (art floral), l’origami (art du papier plié) ou le kirigami (art du papier découpé) ont leurs adeptes. On connaît moins le Temari et le Mizuhiki, deux autres formes d’artisanat traditionnel, que l’on peut découvrir au «Shinise Memorial Hall» de Kanazawa, un petit bijou de musée (ci-contre).
Kanazawa, 470 000 habitants, capitale de de la préfecture d’Ishikawa (nord de l’île de Honshu), a été un shogunat riche et puissant. Le «Shinise Memorial Hall»  se trouve dans son magnifique quartier historique Nagamashi, qui regroupe d’anciennes résidences de samouraïs ainsi que des maisons de commerce et propriétés de grandes familles influentes.

C’est là que la famille Nakaya, des pharmaciens de génération en génération, a établi sa première officine de médecine chinoise (d’où le nom de «Shinise Hall») en 1579. En 1987, Yoshiharu Nakaya a offert à la ville le bâtiment de l’ancienne pharmacie du XVIIIe siècle. Elle l’a transformée en musée des arts populaires urbains de la région de Kanazawa tout en conservant la structure de la maison de commerce d’origine. A l’avant, se trouve la pharmacie, reconstituée, qui donne sur rue. À l’arrière, les pièces d’habitation de la famille, dont le living-room ouvrant sur un beau jardin classique et les chambres, sont devenus salles d’exposition.

L’une des pièces abrite une collection de temari. Les temari ce sont des balles de soie tissées qui ont la taille d’une balle de tennis. On date leur apparition d’il y a cinq siècles environ. À l’origine, on utilisait des chutes de vieux kimonos qu’on nouait en boule et maintenait grâce à des fils pour fabriquer des jouets pour enfants. Puis un beau jour, des jeunes-filles de familles aisées se sont piquées de temari, peut-être en voyant les enfants de leurs domestiques jouer avec ces vulgaires balles de chiffon. Elles ont commencé à rivaliser en brodant des motifs géométriques de plus en plus complexes et colorés avec des fils de soie extrêmement coûteux. Et c’est ainsi que d’utilitaires, les temari sont devenus une forme d’artisanat raffiné réservé aux jeunes-filles nobles. Par la suite, cette mode s’est à nouveau démocratisée avec le développement de l’industrie du coton.

À Kanazawa une coutume voulait qu’une mère confectionne un temari pour le remettre à sa fille comme porte-bonheur à l’occasion de son mariage. Lors de la réalisation, des mères inséraient entre les fils de soie un message sur papier, sorte d’amulette, contenant des vœux pour leur fille. Les temari de la région de Kanazawa sont réputés dans tout le Japon pour leur qualité et leurs motifs géométriques alambiqués Aujourd’hui encore, les temari sont censés apporter chance et bonheur. On offre donc ce bel objet décoratif quand on veut témoigner une attention particulière à une personne chère.

Une autre pièce du musée regroupe une collection de «mizuhiki» (ci-contre). Ces paquets cadeaux sophistiqués, savamment ficelés avec des rubans aux extrémités tissés en formes de fleurs ou d’animaux, ne manquent pas de flatter l’œil ni d’intriguer. D’autant plus que le tout est d’une sobriété exquise. Le mizuhiki-orikata est un art cérémoniel séculaire qui a trait à l’emballage des cadeaux (orikata) et à leur ornement avec des rubans de papier artisanal (mizuhiki). Il s’agit à la fois de respecter l’étiquette et de faire impression par la perfection du pliage et le raffinement des matériaux et des ornements. La tradition de l’emballage des cadeaux date de plusieurs centaines d’années. Imaginée par les samouraïs qui transmettaient ainsi leur respect ou bienveillance à leur destinataire, elle a été codifiée au XVIe siècle.

Les exemples de Mizuhiki présentés au musée de Kanazawa sont des cadeaux que les familles échangent pendant les cérémonies traditionnelles de fiançailles. Le cadeau est une obligation incontournable au pays des signes et son emballage ne se fait pas à la légère. Il est hautement symbolique et les nœuds ont diverses significations. Ils seront plus ou moins serrés, les plis du papier, à droite ou à gauche, seront plus ou moins ouverts, et les extrémités tressées représenteront tel ou tel animal ou figure suivant qu’il s’agit d’apporter bonheur, chance… ou de transmettre des condoléances. Autant dire qu’il suffit d’un pli malvenu du papier ou d’une petite déformation du nœud pour que le paquet soit raté. S’agissant de faire bonne impression, l’apparence est primordiale.

Une autre tradition veut qu’au pays du soleil levant on n‘ouvre pas le cadeau reçu devant celui qui l’a offert. Cela pourrait l’embarrasser s’il voit que son cadeau ne vous plaît pas ou est trop modeste. Devant la sophistication de l’emballage des cadeaux, on ne peut que se réjouir de cette coutume qui retarde le moment où ces œuvres d’art seront défaites.

Lottie Brickert

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5 réponses à Temari et Mizuhiki, l’art du cadeau au Japon

  1. Jacques Ibanès dit :

    Merci pour ce bel article, témoin d’un étonnant art de vivre. Pour les amoureux de ce pays, je signale une magnifique revue trimestrielle, « Tempura » (4 numéros parus) entièrement dédiée à la culture japonaise.

  2. Chantal dit :

    Merci Lottie pour ce beau voyage au pays des cadeaux du soleil levant, de très bonnes fêtes à toi aussi et pou nous tous et toutes une nouvelle année au soleil levant si possible……?

  3. Raymond dit :

    Le comble du raffinement : offrir un temari emballé dans un mizuhiki ???

  4. alain BOUTRY dit :

    Ces 2 formes d’artisanat peuvent probablement etre reliées à l’artisanat populaire japonais dit « mingei »qui a fait l’objet d’un très beau livre par Skira consacré à la collection Montgomery en 2002.Alors que les collectionneurs traditionnels de la fin du XIXéme siècle et de la 1ère moitié du XXéme s’intéressaient surtout aux sabres ,à leurs ornements,aux estampes et aux inro et netsuke,certains à partir des années 50,ont découvert l’art de vivre japonais,les tissus,les meubles,les objets utilitaires,l’Ikebana..etc .Et il y a des choses splendides.
    Par ailleurs Kanazawa était la capitale d’un des plus puissants clans de Daimyo,les Maeda,ralliés aux Shogun Tokugawa qui résidaient à Edo,juste avant la bataille décisive de Sekigahara qui allait décider de l’avenir du Japon pour 2 siècles et demi et ils allaient faire de leur capitale régionale un centre d’art important.

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