Illustres et illustres inconnus

À ceux qui, comme moi, s’intéressent à la personnalité des auteurs, artistes, scientifiques, politiciens et autres hommes et femmes qui ont marqué l’Histoire, Notre Histoire, et leurs lieux de vie, je recommande le «Guide des Maisons des Illustres», dont la troisième édition est parue cet été. Pas moins de 244 maisons, dans toute la France et ailleurs, y sont répertoriées. Pour chacune une présentation bien faite, un petit rappel -ou une découverte- d’une quinzaine de lignes sur la personne ayant occupé les lieux, qui illustre bien le personnage, son apport à notre Histoire, et le rôle de la «maison» en question, quelques photos bien choisies, puis des informations pour s’y rendre. Un régal, rien qu’à lire, avant de se lancer sur les routes ou dans le TGV, voire le métro ou avec ses jambes.

Le label « Maison des Illustres» a semble-t-il été créé en 2011 par Frédéric Mitterrand, alors ministre de la Culture, même si le nom du ministre est sobrement escamoté dans la préface du guide. Il permet de mettre en valeur une maison (qui peut être un château ou un appartement) dont l’intérêt n’est pas lié forcément à son architecture (rôle du classement en tant que monument historique) mais à celle, celui ou ceux qui l’ont occupée et rendue ainsi célèbre.

La liste va de personnalités telles que Antoine d’Abbadie, qui fut président de l’Académie des sciences en 1897, ou Jeanne d’Albret (1528-1572), Souveraine de Béarn et Reine de Navarre, mère du futur Henri IV, jusqu’à des célébrités plus proches et populaires telles Raymond Devos à Saint-Rémy-lès-Chevreuse et Charles Trenet à Narbonne, ou encore Yves Saint-Laurent en son musée rue Marceau à Paris et dans sa villa de Marrakech. En Dordogne, on peut visiter le Château des Milandes, construit en 1489, propriété de Joséphine Baker, prochainement panthéonisée, qui abrita ses douze enfants adoptés, de neuf nationalités différentes. D’autres «illustres» sont beaucoup moins connus, mais c’est une occasion d’en faire la connaissance.

On y trouvera peut-être dans une prochaine édition du guide la maison de Serge Gainsbourg rue de Verneuil (Paris 7e), bientôt ouverte au public par sa fille Charlotte. Toutefois le «cahier des charges» pour être labellisé peut en refroidir certains, avec quelques obligations, dont l’ouverture au public 40 jours par an… Pour ma part je regrette que «La Roulotte», maison du peintre Pierre Bonnard entre 1912 et 1938, située sur le bord de la Seine à Vernonnet (Eure), que l’on voit dans nombre de ses tableaux, ait été recalée parce qu’elle a été partiellement remaniée (agrandie) par un des propriétaires, sans pourtant en changer ni le caractère ni le charme.

Vézelay compte pas moins de trois maisons labellisées : la Maison de Jules Roy qui, officier militaire, quitta l’armée pour protester contre les méthodes employées pendant la guerre d’Indochine, et devint écrivain, publiant un pamphlet sur la guerre d’Algérie. Le Musée Romain Rolland, prix Nobel de littérature de 1915, est installé dans sa maison où l’on peut voir son bureau. Il abrite les archives et la collection d’œuvres de Christian Zervos, l’éditeur des fameux «Cahiers d’Art» et du remarquable catalogue raisonné de l’œuvre de Picasso (pas moins de 33 volumes, récemment réédité), léguées par lui à la ville. Cet été et jusqu’au 19 septembre y est présentée une exposition montrant la relation entre le peintre et l’éditeur.

Un peu plus loin, dans la campagne, on peut visiter «La Goulotte», la maison de Christian et Yvonne Zervos, maison modeste mais néanmoins chargée d’histoire. Elle fut revisitée par l’architecte Jean Badovici dans le style des années 30, avec fenêtres en bandeaux et mezzanines, alors au top de la modernité. Les Zervos y abritèrent pendant la dernière guerre des amis résistants, tels que Paul Eluard et sa femme Nusch, coupables du poème «Liberté», dont des copies furent larguées par les avions britanniques sur la France occupée. Coupables car en fait le poème fut à l’origine écrit par Paul pour célébrer son épouse et muse, et habilement remanié pour en faire cet ode à la liberté. La maison, gérée par une fondation, accueille des artistes en résidence. Cet été c’était le tour de Clémentine Lecointe qui présentait des œuvres très colorées, utilisant des tissus ou des matières plastiques, pour des effets originaux et réjouissants.

Si vous voulez vous procurer ce guide, faites attention, les éditions successives ne se distinguent pas sur la couverture et, pour un prix réduit vous risquez d’atterrir avec une ancienne édition (y compris sur le site culture.gouv.fr !). Espérons que les «Éditions du Patrimoine» sauront à l’avenir corriger cela, ne serait-ce qu’en changeant l’image de couverture. Sinon il est disponible en français, anglais, espagnol, chinois et japonais, ce qui permettra à nos amis touristes des quatre coins de monde de revenir prochainement visiter nos richesses.

 

Yves Brocard

«Guide des Maisons des Illustres» Ministère de la Culture – Éditions du Patrimoine, 2021, 16 euros

Photo ci-dessus: intérieur de la maison des Rimbaud à Charleville (©PHB)
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3 réponses à Illustres et illustres inconnus

  1. Fauvel dit :

    Merci pour cette riche idée. J’imagine que la Villa Arnaga, somptueuse demeure qu’Edmond Rostand fit construire à Cambo les Bains avec une passion digne d’un Louis II de Bavière, y est mentionnée. Je l’ai découverte cet été et elle vaut largement le voyage.

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