Plus on s’éloigne des cercles avertis, plus la notoriété d’Urbain Le Verrier diminue. D’une façon générale pour les scientifiques et sauf erreur, ce principe, presque une loi, n’a pas encore été déposé. La statue du monsieur figure face à l’Observatoire de Paris et opportunément, une plaque à l’entrée de la grille précise que l’on doit à cet homme (né à Saint-Lô dans la Manche en 1811 et mort à Paris en 1877), la découverte de la planète Neptune. Ce qui n’est pas tout à fait exact. Galilée entre autres (1564-1642) l’avait discernée avant, mais sans avoir les moyens d’attester qu’il s’agissait d’une planète. Urbain Le Verrier lui, a déterminé l’objet astral et sa position en fonction des perturbations qu’il occasionnait à Uranus. Par approximations successives puis par déductions progressives, il a pu certifier l’existence de Neptune. Ayant adressé les coordonnées de la chose à un collègue de Berlin, Johann Gottfried Galle. Celui-ci a pu l’observer presque aussi bien que la sonde Voyager 2 en 1989, laquelle passant juste à côté, ne s’est pas privée de prendre un cliché. La vie moderne étant ce qu’elle est, en 2025 et en trois clics sur un téléphone, on obtient en temps réel, la distance qui nous sépare de Neptune, soit un peu plus de quatre milliards de kilomètres.
La plaque rappelant ce haut fait mentionne aussi le Danois Römer lequel en 1676, détermina la vitesse de la lumière ce qui fait que par calcul mental ou une demande discrète au téléphone, on comprend qu’un appel de phares depuis la Terre mettra quatre minutes et une poignée de secondes avant de rejoindre Neptune, qu’entre parenthèses et pour rappel, Brad Pitt, nous a déjà fait visiter sa périphérie dans le film « Astra ».
Il n’empêche que si Internet nous fournit autant d’informations, c’est non seulement grâce à Römer puis à Le Verrier, mais aussi par l’entremise de Newton (1643-1627) qui comprit à ce point les lois de la gravité que son nom est devenu une unité de mesure. Heureusement au passage, qu’il ne s’appelait coquin ou pire.
Et c’est une leçon: s’il est vrai que l’information délivrée par Google sur Neptune est instantanée, il aura fallu pour cela une inspiration, une intuition et une certaine curiosité, qualités qu’a priori aucun calculateur même baptisé IA n’a encore conquises. C’est avec une craie ou un quelconque instrument d’écriture que Le Verrier, en partant de la loi sur la gravitation de son aîné, a mis dans un shaker (F) la force gravitationnelle, (la constante de la gravitation (G), les masses des corps (m) et la distance entre eux (r) plus quelques manœuvres, seules connues des artisans du genre, afin d’obtenir un résultat dont on peut être pantois.
Nous sommes donc passés de nos jours, du professeur au processeur. Ce dernier nous a livré avec beaucoup de simplicité, d’abord la position de la statue de Le Verrier au sein de cet observatoire toujours en service depuis le 17e siècle grâce à Colbert, soit 48,836 nord et 2,336 est. Et tant qu’à faire nous avons demandé à Google Map de nous indiquer la tombe de l’astronome à Montparnasse. Celui ou celle qui n’a jamais ramé pour retrouver une tombe, tel André Billy à la recherche de celle d’Apollinaire au Père Lachaise, que celui-là nous jette la première pierre. Et nous fûmes donc, avec la précision d’un missile téléguidé, au pied de cette sépulture surmontée d’une planète et récemment rénovée. Prise à sa gauche, la photo montre une perspective circulaire à l’opposé, formée par un jeu de branches. Comme s’il s’agissait d’un angle de tir ou à tout le moins une route à suivre vers Neptune.Penchée, la sphère a l’air sur le départ.
Cet observatoire est un lieu épatant, rarement accessible au public sauf une partie de son jardin donnant sur le boulevard Arago. Il y a là de quoi faire rêver les astronomes en culotte courte et rêver encore, ceux ayant endossé (contre leur gré) la pèlerine de l’âge. L’Observatoire est à l’abri des tumultes. Ses observateurs fermant un œil chacun leur tour sur la lentille de la grande lunette, ont beaucoup de pain sur la planche avec des milliards d’étoiles à repérer et à baptiser, comme le fut un jour un astéroïde (1) ayant pris le nom d’Apollinaire. Chouette métier que celui d’astrophysicien. Et nul doute que lorsque l’un d’entre eux fait savoir qu’il est « sur un coup », chacun a une pensée pour Urbain Le Verrier, le fort en maths et enquêteur astral obstiné.
PHB