Passé le second voyage et le second alunissage, le soufflé était déjà retombé. Progressivement, la Nasa laissa tomber le programme et dut licencier en masse. Notamment les informaticiens qui travaillèrent sur le premier vol en 1969. Lesquels éparpillés par la suite dans le monde industriel et de la recherche, contribuèrent aux progrès qui devaient advenir, l’intelligence artificielle en étant le dernier avatar. Depuis le début du mois de janvier, Arte rediffuse les trois gros épisodes racontant la « conquête de la Lune », le premier et bref séjour au bord de la mer de la Tranquillité (ci-contre). Force est de constater que l’émotion en serait presque revenue après une longue pause. Il faut bien dire aussi que l’Amérique en ce moment ne donne pas vraiment envie d’applaudir. Qui plus est, partis là-haut avec un message de paix et revenus sur Terre avec une mise en garde sur la préservation de notre astre, les cosmonautes convenons-en, parlèrent finalement dans l’équivalent du vide spatial qu’ils venaient de traverser. La chanson signée Bart Howard en 1964, « Fly me to the moon », interprétée par Sinatra, continue de résonner en vain parmi les conflits terrestres.
« C’était bien, c’était chouette », chantait Michel Delpech à une époque (1965), où il était encore permis de le dire sans se prendre un tomahawk sur le crâne. Le dernier épisode (le troisième) qui narre le départ et l’arrivée, dans ce module lunaire piloté à la main par Neil Amstrong, avec ses couleurs totalement vintage, reste fascinant même si l’on sait que Eagle va bien se poser sur la mer de la Tranquillité après un trajet de trois jours et que le retour sur Terre se fera en douceur avec vingt kilos d’échantillons détaxés dans le coffre. Sans compter un séjour de deux heures et trente minutes, immortalisé par des photos stupéfiantes.
C’est au début du mois de février prochain que les Terriens vont remettre ça ou presque avec un vol orbital autour de la Lune et cinq astronautes à bord. Cette boucle est destinée à renvoyer sur le sol lunaire des humains dont une femme, en 2028. Ils y séjourneront six jours cette fois, dans l’idée de préparer d’autres vols plus lointains avec installation au sol.
Réussiront-ils à nous faire rêver, seulement à nous distraire, là est la question. Ce pourquoi un jour, quand ce sera moins cher, il sera peut-être intéressant comme dans l’armée, d’emmener un artiste à bord. Sachant que les réalisateurs de films ont déjà fait des choses extraordinaires dans ce domaine. Et que les photos expédiées depuis Mars par les robots, commencent à fatiguer les amateurs les plus robustes. C’était mieux (là encore) avec Matt Damon et Jessica Chastain.
Non ce qui pourrait réveiller l’intérêt astral c’est DragonFly, une libellule robotisée qui partira elle aussi en 2028 afin de rejoindre Titan, un satellite paraît-il très prometteur de Saturne. Mais il faudra patienter 7 ans. Et nous compterons quatre-vingts minutes pour réceptionner les images, au lieu de douze depuis Mars. On aura peut-être là aussi, de meilleures photos que celles faites par la sonde Huygens, arrivées sur le sol titanesque en 2005 via les bons soins de l’Agence Spatiale Européenne.
« I am going to be aweary of the sun » (je commence à être las du soleil) écrivait sur un de ses cahiers d’enfance Guillaume Apollinaire, d’après sans nul doute, une lecture de Lady MacBeth. Une idée peut-on le supposer, que le poète redéveloppera plus tard en exorde de son poème « Zone » où il était écrit qu’à la fin, il était « las de ce monde ancien ».
On sait désormais qu’Apollinaire est parti très loin. Selon sa position orbitale et compte tenu de son écliptique, devenu esprit géocroiseur, ses messages certains jours, mettent plus d’un mois à nous parvenir. Parfois le visage grave, parfois rieur, il file entre les mondes inconnus.
PHB